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Israël: les juifs ultra-orthodoxes comptent peser dans le futur gouvernement

14/01/2013 05:44 EST | Actualisé 16/03/2013 05:12 EDT

Le nombre d'électeurs juifs ultra-orthodoxes ne cessant d'augmenter pour des raisons démographiques, ils espèrent gagner en influence et peser sur la formation du prochain gouvernement israélien.

Membres de la coalition sortante du Premier ministre de droite Benjamin Netanyahu, les partis ultra-orthodoxes Shass (sépharade, 11 sièges) et Judaïsme Unifié de la Torah (ashkénaze, 5 sièges) comptent se renforcer lors des élections législatives du 22 janvier.

Les deux formations veulent surtout empêcher le prochain gouvernement de faire voter une loi obligeant les jeunes ultra-orthodoxes à effectuer un service militaire, une des priorités d'Avigdor Lieberman, le principal allié de M. Netanyahu, avec lequel il a formé une liste électorale commune.

Le chef spirituel du Shass, le rabbin Ovadia Yossef, 92 ans, brièvement hospitalisé ce week-end, a même menacé de conseiller à ses jeunes fidèles de quitter Israël si une loi devait empêcher les élèves des yechivot (instituts talmudiques) de poursuivre leurs études.

Le système actuel accorde à ces étudiants --des dizaines de milliers-- un report de leur incorporation tant qu'ils s'engagent à ne pas travailler mais seulement étudier.

Plusieurs partis proposent une réforme qui obligerait le gouvernement à voter une loi pour enrôler les ultra-orthodoxes, soit dans l'armée soit dans un service civil.

Mais aujourd'hui, les partis ultra-orthodoxes sont confrontés à d'autres défis.

Malgré sa présence au gouvernement, le Shass, avocat traditionnel des plus défavorisés, n'a pas réussi à empêcher les hausses des denrées de base qui ont frappé depuis quatre ans les populations les plus pauvres.

Certains de ses électeurs risquent de se tourner vers le Parti travailliste (centre gauche) qui surfe sur l'énorme vague de contestation sociale de l'été 2011, tandis que d'autres pourraient se tourner vers le parti nationaliste religieux Foyer juif.

En outre, selon les sondages, l'électorat ultra-orthodoxe est stable malgré la croissance démographique de la communauté, qui compte environ 900.000 membres, soit un Israélien juif sur six, mais seulement la moitié en âge de voter.

"Une grande partie de la population ultra-orthodoxe ne vote plus pour les partis censés les représenter pour diverses raisons", explique à l'AFP Meny Schwartz, directeur de la radio communautaire "Hakol Haredi".

Des milliers de "harédim" ("craignant-Dieu") s'abstiennent par antisionisme virulent ou par désenchantement politique, ou bien choisissent des partis non religieux, notamment le Likoud (droite) de M. Netanyahu, souligne-t-il.

Lors de la dernière primaire du Likoud, des "hommes en noir" ont voté par centaines, montrant une évolution des mentalités de ce milieu pourtant très traditionaliste.

Pour gagner des voix, les partis ultra-orthodoxes n'hésitent plus à faire campagne auprès de l'électorat laïque.

Le dirigeant du Judaïsme unifié de la Torah, Yaakov Litzman, vice-ministre de la Santé, s'est ainsi attribué le mérite de la loi récente offrant des soins dentaires gratuits aux enfants de moins de 12 ans.

Quant au Shass, qui dirige le ministère de l'Habitat, il se vante dans ses clips de campagne d'avoir bâti des milliers de logements.

Au final, leur avenir politique dépend de "Bibi" Netanyahu, quasiment certain, selon les sondages, de former le futur gouvernement.

S'il est reconduit, M. Netanyahu aura deux options: soit former une coalition avec les partis ultra-orthodoxes et le Foyer juif, s'assurant une majorité de 65 à 70 députés (sur 120), soit avec les partis centristes, qui donneront une couleur moins extrême au gouvernement mais exigeront une reprise des négociations avec les Palestiniens.

"Rien n'est joué avant les négociations pour former le prochain gouvernement", prédit Meny Schwartz.

mib-agr/sst/sw

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