Réforme de l'assurance-emploi: un sujet controversé en 2012 à Ottawa, qui risque de le rester en 2013

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OTTAWA - Cible de dures critiques envers le gouvernement Harper cette année, la controversée réforme de l'assurance-emploi — qui va faire la vie plus dure aux chômeurs — risque fort d'être un boulet que les conservateurs devront traîner en 2013.

Si certains dossiers chauds sont morts avec l'année 2012, celui-ci promet encore de faire des étincelles, en plus d'avoir le potentiel de créer un autre affrontement Québec-Ottawa.

Car l'épineux dossier de l'assurance-emploi défraie les manchettes depuis des mois, et, si l'on en croit les chômeurs, ils ne seront pas plus silencieux en 2013.

«On ne lâche pas», affirme haut et fort Daniel Légère. «C'est notre slogan», précise le président du Syndicat canadien de la fonction publique du Nouveau-Brunswick, une province qui sera durement touchée.

«Le chaudron commence à mijoter et bien vite, il va bouillir», prévient-il.

Car les chômeurs sont en colère. Ils n'acceptent pas ce qu'ils qualifient de «nouvelle attaque» contre un régime qui vise à aider ceux qui ont perdu leur emploi, souvent uniquement parce que l'économie va mal.

«On s'attend à ce que 2013 soit une bataille sanglante pour le gouvernement fédéral», a lancé Gaétan Cousineau, coordonnateur au Mouvement Action-Chômage Pabok, en Gaspésie, alors qu'il était en train de lire, à la mi-décembre, le règlement de mise en oeuvre de la réforme.

Selon cet homme qui défend les droits des travailleurs depuis 22 ans, «ça pourrait bien être la pire des réformes de l'assurance-emploi».

Cette réforme fait en sorte que les chômeurs doivent accepter tout «emploi raisonnable», parfois à une heure de route de leur maison ou dans un domaine d'emploi qui leur est étranger, sinon ils risquent de perdre leurs prestations. Les «utilisateurs fréquents» du système seront les plus touchés. Les travailleurs devront aussi accepter des emplois à 70 ou 80 pour cent du salaire de l'emploi perdu.

M. Cousineau demande au gouvernement d'abandonner son plan, et rappelle que le gouvernement ne paie pas les prestations de ses coffres car le régime est financé par les travailleurs eux-mêmes.

Et le «trou noir» — une période où les prestations de certains chômeurs vont cesser avant que le travail ne reprenne — est prévu pour le printemps 2013: il risque de ramener la critiquée réforme à l'avant-plan.

La mobilisation des citoyens s'intensifie

Le gouvernement du Québec s'est d'ailleurs ajouté à la liste des protestataires. Fin décembre, la ministre québécoise du travail, Agnès Maltais, a dit déplorer — une fois de plus — que le gouvernement fédéral ignore les réalités des régions du Québec.

L'Assemblée nationale a adopté deux motions unanimes pour exiger qu'Ottawa renonce à apporter des modifications à l'assurance-emploi qui vont affecter les Québécois.

Car pour les provinces aussi la réforme risque de faire mal. Les chômeurs qui n'auront plus droit à l'assurance-emploi vont se tourner vers l'aide sociale, fournie par les provinces qui vont ramasser la facture.

«Ils pellettent dans la cour des provinces», a condamné en entrevue la porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) en matière de travail, Anne-Marie Day.

La dernière intervention de la ministre Maltais auprès d'Ottawa — pour faire reporter un vote sur un projet de loi touchant au travail — est restée lettre morte. La tension pourrait ainsi augmenter entre les deux gouvernements.

Mais tant pis pour les cris et les protestations: le gouvernement conservateur va de l'avant et les nouvelles règles seront en vigueur dès le 6 janvier.

Et avec elles, environ 8000 prestataires de moins, prévoit le gouvernement lui-même, dans son étude d’impact publiée avec la réglementation fin décembre.

Pour les citoyens, c'est l'un des dossiers de la politique fédérale qui a le plus retenu l'attention en 2012, souligne le chef du Bloc québécois, Daniel Paillé. Car tout le monde est susceptible, un jour ou l'autre, de se retrouver sans emploi.

Les provinces qui comptent beaucoup d'emploi saisonniers — comme le secteur des pêches, de la forêt et du tourisme — sont particulièrement touchées. C'est pourquoi les travailleurs du Québec et des provinces de l'Atlantique sont très mobilisés. Environ 40 pour cent des travailleurs touchés par les changements législatifs seraient au Québec, affirme le gouvernement de Pauline Marois.

Au Parlement, la bataille a déjà fait rage en 2012, dès que les changements ont été annoncés, dans l'imposant projet de loi omnibus C-38 en avril.

La ministre du travail Diane Finley, y a subi à répétition les attaques des partis d'opposition.

Mais elle a défendu avec aplomb les changements pendant des mois, expliquant comment ils allaient bénéficier aux chômeurs. Sa réforme vise notamment à éliminer les mesures tendant à décourager l'emploi, une bonne chose pour le pays qui connaît des pénuries de travailleurs dans plusieurs secteurs économiques, soutient-elle. Un système d'«alertes-emploi» bonifié va permettre de connecter les travailleurs aux emplois disponibles.

Les partis d'opposition promettent d'en remettre avec 2013.

Car les gens sont de plus en plus touchés, relève Anne-Marie Day. Et les conséquences sont inacceptables, surtout pour les régions où les emplois saisonniers sont nombreux, fait valoir le chef du NPD, Thomas Mulcair.

«Ils sont en train de vider ces régions-là», a dit M. Mulcair, lors de son bilan de fin d'année. Il promet que son parti va continuer à s'attaquer à la réforme en 2013, tout comme le chef par intérim du Parti libéral, Bob Rae et celui du Bloc québécois, Daniel Paillé, qui ont tenu des propos semblables lors de leurs bilans respectifs de fin d'année.

Des manifestations ont été organisées au Québec et dans les provinces de l'Atlantique, même dans les derniers jours de décembre.

Une Table de concertation vient d'être créée en Gaspésie: tous les maires, les chambres de commerce locales et les associations touristiques en font partie. Ses représentants vont demander en 2013 à rencontrer Stephen Harper.

Quant à Gaétan Cousineau, il promet «une offensive que l'on n'a pas vue depuis longtemps», tout en restant secret sur les plans des groupes de chômeurs.

Mais puisque la réforme va entrer en vigueur dans quelques jours, est-il trop tard pour eux?

Non, rétorque M. Cousineau. «La pression populaire a ses effets et c'est un peu là-dessus que l'on compte pour faire reculer la ministre (Finley)». Même si la réforme est appliquée un certain temps, «peut-être qu'on viendra à bout de ses nerfs», espère-t-il.

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