KITIMAT, C.-B. - Pendant l'entrevue, Gerald Amos prend sa petite fille de trois ans dans ses bras. Alors qu'il continue à répondre aux questions, il lui donne des bleuets.

Cette scène illustre bien pour quelle raison le membre de la Première Nation Haisla et ancien chef n'a pas besoin de mots pour expliquer son opposition au projet d'oléoduc Northern Gateway: il est de son devoir, affirmera-t-il, de protéger ce territoire pour sa petite-fille et pour les prochaines générations.

L'oléoduc Northern Gateway doit permettre de transporter du pétrole des sables bitumineux albertains à un port situé en territoire Haisla.

«Certaines personnes sont très pauvres. Elles n'ont que de l'argent», souffle M. Amos.

Le port de Kitimat, terminal maritime envisagé pour ce projet pétrolier, est visible au loin. Quelques voiliers voguent non loin de là.

Le projet Northern Gateway, défendu par l'entreprise Enbridge, n'est cependant qu'un seul projet. Mais si Northern Gateway est rejeté, d'autres seront présentés.

«Il s'agit d'un projet hautement stratégique pour le Canada, l'un des pays du G8 qui dépendent le plus du commerce, et le pétrole est notre plus important produit d'exportation», affirme John Carruthers, président d'Enbridge Northern Gateway Pipelines.

La demande américaine est en décroissance, et la production augmente, ajoute-t-il.

«Il est très important que le Canada ait accès au marché littoral du Pacifique, ce qui doublerait la taille de notre marché.»

Les côtes de la Colombie-Britannique sont à environ 8000 kilomètres de l'insatiable marché énergétique chinois. L'accès à ce marché pourrait entraîner une croissance de 270 milliards $ sur 30 ans du PIB canadien, en plus de revenus fiscaux de 2,6 milliards $ pour les différents paliers de gouvernement.

Si ce projet reçoit le feu vert à la suite d'un rigoureux projet d'évaluation qui se poursuivra l'an prochain, environ 3,5 millions de barils de pétrole devraient être produits sur une base quotidienne dans les sables bitumineux albertains, d'ici 2020.

Le pétrole est là: le Canada se classe en deuxième position, derrière l'Arabie Saoudite, en ce qui a trait aux réserves pétrolières confirmées, avec environ 175 milliards de barils pouvant être extraits. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent de ces réserves se situent dans les sables bitumineux albertains.

La production a toutefois dépassé les capacités de transport par oléoduc, et les producteurs canadiens perdent environ 30 $ par baril parce qu'ils doivent obligatoirement vendre à des raffineries dans le Midwest américain. La force de l'argument économique pour bâtir un oléoduc afin de s'ouvrir au marché asiatique est donc bien réelle.

Mais selon Nathan Lemphers, de l'Institut Pembina, un groupe de réflexion sur les politiques de développement durable, d'autres facteurs en jeu dans le cadre du débat sur Northern Gateway vont toutefois continuer à avoir un impact.

«En ce moment, je ne peux pas dire que (cet oléoduc) est inévitable. Plusieurs personnes croyaient que cela serait inévitable il y a cinq ans, mais nous constatons une forte opposition de la part de Britanno-Colombiens et de Canadiens inquiets à propos de ces projets et du trafic des pétroliers.»

Plusieurs alternatives ont été considérées, certaines étant plus viables que d'autres. Des oléoducs vers le nord, le sud, l'est et l'ouest ont été suggérés. Mais le projet Keystone XL est suspendu du côté des États-Unis, et les projets d'un oléoduc vers le nord sont — au minimum — très complexes.