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L'ONU craint que les Syriens, enlisés dans la guerre, "perdent espoir"

25/12/2012 10:52 EST | Actualisé 24/02/2013 05:12 EST

Avec la poursuite de la guerre et une aide humanitaire fragile, les Syriens "perdent espoir", ont mis en garde mardi les Nations unies, au lendemain d'une rencontre infructueuse entre l'émissaire international Lakhdar Brahimi et Bachar al-Assad.

Il n'y a aucun signe d'une volonté de négocier, ont affirmé des diplomates après de nouveaux entretiens lundi à Damas entre M. Brahimi et le président syrien.

Et sur le terrain, la situation humanitaire empire. Les Nations unies ont dû réduire les rations alimentaires distribuées à 1,5 million de Syriens en raison d'un manque de fonds.

"Les organisations humanitaires en Syrie ont du mal", a confié John Ging, directeur des opérations pour le Bureau des Nations unies pour la coordination des questions humanitaires (Ocha).

Quatre millions de personnes ont besoin d'une aide humanitaire d'urgence dans le pays ainsi que plus de 500.000 réfugiés dans les pays alentours, selon l'ONU.

"Cela devient de plus en plus difficile d'assurer simplement les choses les plus élémentaires pour aider les gens à survivre", observe le patron d'Ocha, selon qui "les gens perdent espoir parce qu'ils voient davantage de violence à l'horizon et encore une dégradation de la situation".

Les besoins financiers présentés par l'ONU depuis le début de la crise en mars 2011 ont été couverts à peine à moitié, conduisant l'organisation internationale à passer le 19 décembre un nouvel appel pour lever 1,5 milliard de dollars.

La perspective d'une sortie du conflit, qui a déjà fait plus de 44.000 morts, selon une ONG syrienne, semble nulle alors qu'un hiver rigoureux s'installe dans le pays.

Le secrétaire général de l'ONU n'a pas caché son scepticisme sur les chances de succès de l'émissaire international avant l'arrivée à Damas de Lakhdar Brahimi. "Nous ne voyons pas de perspective d'une fin des violences ou d'un début de dialogue politique", a déclaré Ban Ki-moon.

Selon un diplomate du Conseil de sécurité, "Assad semble avoir à nouveau fait obstruction à Brahimi, le Conseil de sécurité est loin de lui montrer le soutien nécessaire et les rebelles, maintenant, ne vont plus faire de compromis".

L'enlisement du conflit risque de voir la situation dégénérer en "atrocités confessionnelles", met en garde Ban Ki-moon.

Pour Adama Dieng, représentant spécial de l'ONU pour la prévention des génocides, "il existe un risque croissant que les minorités, dont les Alaouites, perçues comme proches du régime, de ses forces de sécurité et de ses milices, soient la cible de représailles".

Les discussions étant dans l'impasse, Lakhdar Brahimi va devoir penser à des plans alternatifs, juge de son côté Richard Gowan, membre du Centre sur la coopération internationale à la New York University.

Qu'Assad reconnaisse sa défaite et que l'émissaire de l'ONU négocie son départ serait à ses yeux "le meilleur scénario", mais il est "improbable". L'ONU travaille néanmoins sur l'envoi d'une force de maintien de la paix si cela devait se produire.

"Si, comme il semble plus probable, Assad et ses proches se battent jusqu'à la mort", Brahimi devra convaincre les forces de l'opposition de faire preuve de retenue dans la victoire et rapidement mettre sur pied des discussions politiques et un soutien humanitaire, comme cela avait été fait en Afghanistan après 2001.

La dernière possibilité est le "scénario somalien", explique-t-il. "Si un effondrement général se produit, les priorités (de Brahimi) seront de convaincre toutes les forces en présences d'accepter l'aide humanitaire tout en minimisant les risques liés au armes chimiques et en créant des canaux de communication pour un éventuel accord de paix".

Selon Richard Gowan, "plus il a de plans B, mieux ça vaudra".

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