Peu de dirigeants américains se sont rendus dans le palais de Bachar al-Assad en Syrie et dans la bande de Gaza. Mais John Kerry, successeur désigné d'Hillary Clinton comme chef de la diplomatie américaine, a accumulé au Sénat une solide expérience internationale.

Depuis son élection à la tête de la commission des Affaires étrangères du Sénat, fin 2008, John Kerry s'est rendu en Afghanistan, au Pakistan, en Egypte, en Israël, à Gaza, en Syrie, en Jordanie, au Darfour, à Pékin...

Elu au Sénat en 1984, il se fait connaître de la plupart des Américains en portant les couleurs démocrates à la présidentielle de 2004. Face au président George W. Bush, il dénonce les mauvais renseignements ayant conduit au déclenchement de la guerre en Irak et fait du rétablissement du prestige américain une priorité de sa campagne. Le président sortant, qui sera réélu, rappelle au sénateur Kerry qu'il avait voté pour la guerre, comme nombre de ses collègues.

Dans la chambre haute du Congrès, il compte parmi ses amis nombre d'élus de l'autre bord --à commencer par John McCain, le "tombeur" de celle qui devait initialement remplacer Hillary Clinton, Susan Rice.

Depuis septembre, John McCain et ses alliés républicains avaient levé un mur de barrage contre Susan Rice, l'accusant d'avoir trompé les Américains sur son compte-rendu de l'attaque meurtrière du consulat de Benghazi, en Libye. Incidemment, ils étaient nombreux à suggérer le nom de John Kerry comme un choix préférable.

"M. le Secrétaire d'Etat", s'était même permis John McCain pour désigner John Kerry lors d'une conférence de presse commune sur un autre sujet. "M. le président", avait riposté, pince-sans-rire, John Kerry. M. McCain a lui aussi perdu une présidentielle, en 2008.

"Voilà ce qui arrive quand vous mettez deux perdants ensemble!" avait-il ajouté, cette fois en éclatant de rire.

Catholique, marié à l'héritière Heinz, Teresa, John Kerry est le fils d'un pilote de la Seconde Guerre Mondiale et diplomate. Il raconte s'être aventuré en vélo dans Berlin-Est, à l'époque où son père était en poste en Allemagne. Après des études à l'Université Yale, il s'engage dans l'armée et se bat au Vietnam --comme John McCain-- avant de dénoncer la guerre publiquement à son retour en 1971.

Au Sénat, il défend en vain un projet de loi sur la réduction des émissions à effet de serre, un dossier sur lequel il est très engagé.

Après l'élection de Barack Obama, il est envoyé en émissaire sur les dossiers chauds de la diplomatie, notamment au Moyen-Orient. C'est lui que le président dépêche à Islamabad pour tenter d'apaiser en mai 2011 les alliés pakistanais, qui n'avaient pas été informés par Washington du raid contre Oussama ben Laden, le chef d'Al-Qaïda, sur leur territoire.

En février 2009, il est l'un des trois parlementaires américains à visiter la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas, que les Etats-Unis considèrent comme un groupe terroriste.

Il rencontre plusieurs fois le président syrien en 2010, avant le déclenchement de la rébellion dans le pays.

Mais John Kerry connaît aussi l'Europe et la France, où ses parents passaient de nombreux étés. Le sénateur parle très bien français.

L'un de ses cousins germains s'appelle Brice Lalonde, l'écologiste français à la tête de la conférence des Nations unies sur le développement durable (Rio+20).

John Kerry devra recueillir une supermajorité parmi ses collègues du Sénat pour entrer en fonction, un vote qui devrait se tenir après l'investiture de Barack Obama le 21 janvier.

Mais la voie est libre, à en croire les sénateurs républicains.

"Même si on n'est pas d'accord avec le sénateur Kerry sur certaines questions intérieures, il a fait du bon travail en tant que président de la commission des Affaires étrangères", notait le républicain Chuck Grassley il y a quelques jours.

ico/jca