LONDRES, (AFP) - La BBC, soupçonnée d'avoir tenté d'étouffer le scandale Jimmy Savile, un de ses ex-animateurs vedette accusé d'être un redoutable "prédateur sexuel", a été blanchie mercredi sur ce point par un rapport, qui critique toutefois sa gestion chaotique de cette crise.

La BBC, qui avait déprogrammé fin 2011 un documentaire consacré aux agissements de Savile dans le cadre de Newsnight, son émission-phare en matière de journalisme d'investigation, s'est retrouvée sur la sellette cet automne quand l'affaire a éclaté au grand jour. D'autant qu'elle avait diffusé dans la foulée de cette annulation un hommage aux 40 ans de règne audiovisuel de l'animateur, décédé en 2011 à l'âge de 84 ans.

La déprogrammation par la BBC de ce documentaire "était une erreur", mais "cela n'a pas été fait (...) pour une mauvaise raison", a estimé l'ancien directeur de la chaîne de télévision concurrente Sky News, Nick Pollard, qui avait été chargé par la BBC d'un rapport sur le sujet.

Selon lui, l'aspect le plus ennuyeux pour la BBC a été "sa totale incapacité à en gérer les conséquences", a-t-il ajouté, dénonçant "le chaos" et la "confusion" qui ont suivi et les errements de la direction.

Les soupçons, qui ont pesé sur la BBC dans l'affaire Savile, ont contribué à plonger le groupe dans un crise profonde, qui a fait une nouvelle victime mercredi : le vice-directeur de BBC News, Stephen Mitchell, épinglé dans le rapport, a annoncé sa démission, après 38 ans de carrière à la "Beeb".

Il avait déjà été mis sur la touche en novembre, comme sa supérieure, Helen Boaden.

Le rédacteur en chef de Newsnight, Peter Rippon, et son adjointe, Liz Gibbons, ont quant à eux été appelés à d'autres fonctions au sein du groupe, qui avait promis "des mesures disciplinaires".

L'affaire Savile, aggravée en novembre par un deuxième scandale, la dénonciation calomnieuse d'un homme politique conservateur de l'ère Thatcher, accusé à tort de sévices sexuels dans une autre émission de la BBC, avait déjà coûté son poste au directeur général, George Entwistle, accusé dans le rapport Pollard d'avoir "réagi trop lentement" dans l'affaire Savile.

Dans une lettre au personnel, le directeur général par intérim de la BBC, Tim Davie, n'a pas caché son soulagement de voir s'éloigner les accusations d'autocensure.

Il a une nouvelle fois fait amende honorable pour les "manquements patents" de la BBC dans cette affaire, tout en se réjouissant que le rapport "n'ait trouvé aucune preuve de pressions inappropriées pour empêcher la diffusion" du documentaire.

Star fantasque du petit écran dans les années 70/80, connu pour ses cheveux platine et ses tenues exubérantes, l'ancien animateur est au coeur d'un énorme scandale d'agressions sexuelles sur des mineurs au Royaume-Uni. Selon la police qui a déjà recueilli le témoignage de 450 témoins, il est soupçonné de 199 "délits", dont 31 viols.

Il est l'objet du plus grand nombre de "plaintes pour sévices sexuels visant une seule personne au Royaume-Uni", selon Scotland Yard, qui a procédé mercredi à une nouvelle arrestation dans cette affaire aux multiples ramifications.

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