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Les fusils utilisés dans des tragédies au Canada ne sont toujours pas interdits

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(Archives PC) | PC

OTTAWA - Tout comme le fusil Bushmaster AR-15 est devenu un nom tristement reconnaissable après le massacre à l'École primaire de Sandy Hook, deux armes automatiques évoquent des souvenirs similaires et provoquent un débat au Canada.

Lors de la tuerie de 1989 à l'École polytechnique de Montréal, au cours de laquelle 14 femmes ont péri, Marc Lépine a utilisé un fusil Ruger Mini-14, doté, à l'époque, d'un chargeur important.

En 2006, Kimveer Gill a utilisé un Beretta Cx4 Storm pour tirer 72 rondes au Collège Dawson de Montréal, blessant 16 personnes et tuant Anastasia DeSousa, une étudiante.

Ni le Ruger Mini-14, ni le Beretta Cx4 Storm ne sont interdits au Canada, malgré le tollé soulevé par les victimes et leurs familles, des grognements politiques occasionnels et un rapport du coroner très clair à Montréal. Et depuis la disparition du registre des armes d'épaule le printemps dernier, le Ruger Mini-14 n'a pas besoin d'être enregistré à l'extérieur de la province de Québec.

En contrepartie, des armes semi-automatiques comme le Ruger Mini-14 sont grandement utilisées par les chasseurs canadiens dans les zones rurales. Les armes semi-automatiques peuvent tirer plusieurs rondes en succession rapide sans avoir besoin d'être rechargées, mais contrairement aux armes automatiques, le mécanisme doit être engagé à nouveau chaque fois.

Selon Alan Voth, un spécialiste en questions médico-légales des armes, les gens qui possèdent des armes à feu diront qu'il s'agit d'une question de liberté.

«Si l'on doit restreindre tout ce qui pourrait nous faire du mal, le gouvernement risque d'être plutôt occupé», a soulevé M. Voth, un retraité de la GRC, ajoutant que pour lui, le problème était dans la personne plus que dans l'arme utilisée.

Les armes semi-automatiques ont été interdites en Australie après un assassinat de masse en Tasmanie en 1996. En août dernier, l'ancien premier ministre australien John Howard a déclaré que l'Australie était un pays plus sécuritaire grâce à cette décision.

Le Royaume-Uni a quant à lui des lois plus sévères sur les armes semi-automatiques après des tragédies perpétrées au pays.

Dans le cas du Ruger Mini-14, surnommé le fusil d'assaut des pauvres par ses détracteurs, Lépine a utilisé des chargeurs de 30 rondes, maintenant illégaux au Canada. Le plus grand chargeur actuellement permis ne peut contenir que cinq rondes.

Le Ruger Mini-14 était aussi l'un des fusils légalement obtenus par Anders Breivik pour tuer 77 personnes en Norvège l'an dernier.

Dans une lettre rédigée en 2005, l'ancien ministre de la Justice Irwin Cotler a suggéré qu'il voulait interdire le Ruger Mini-14, mais il s'est plus tard ravisé face à l'opposition des détenteurs de fusils.

Le Beretta Cx4 Storm utilisé lors de la fusillade au Collège Dawson était une arme moins puissante, appelée une carabine semi-automatique. Elle est aussi plus compacte.

Le coroner montréalais Jacques Ramsay a toutefois noté, dans son rapport produit en 2008, que ce type d'arme ne devrait pas être accessible au grand public et devrait être interdite. Gill l'avait obtenue à titre de membre d'un club de tir.

«Il s'agit d'une arme plus légère, elle est plus facile à manoeuvrer, mais elle demeure très précise», avait-il observé, à l'époque.

Dans les jours suivant les événements à Dawson, le ministre fédéral de la Sécurité publique de l'époque, Stockwell Day, avait suggéré de restreindre l'accès aux armes comme la Storm, mais ce n'est jamais arrivé.

Heidi Rathjen, l'une des militantes pour le contrôle des armes les plus connues au pays, a indiqué qu'elle et d'autres n'ont pas appelé à l'interdiction de toutes les armes semi-automatiques, seulement certaines d'entre elles.

Elle a souligné que le gouvernement fédéral n'a pas mis à jour sa liste d'armes prohibées depuis 1996, et que plusieurs qui sont sur le marché sont des armes d'assaut déguisées en équipement de chasse.