OBAMA - Le président américain Barack Obama va soutenir la proposition de loi d'une sénatrice démocrate visant à bannir la vente, le transfert, la fabrication et l'importation d'une centaine de modèles d'armes d'assaut, a annoncé mardi 18 décembre la Maison Blanche. Cette annonce est intervenue quelques jours après la fusillade dans une école primaire de Newtown qui a causé la mort de 27 personnes, dont 20 enfants. C'est un grand pas pour le président démocrate. Le débat autour des armes à feu n'est pas si simple aux États-Unis.

Quelques heures après le drame, de grands noms pour un contrôle plus strict des armes à feu se sont faits entendre. Le maire de New York, Michael Bloomberg, militant de longue date pour un renforcement de la loi, a appelé le président à "envoyer un projet de loi au Congrès". Le réalisateur Michael Moore, Oscar 2003 du meilleur film documentaire pour "Bowling for Columbine", qui revenait sur le massacre du lycée de Columbine (Colorado, ouest), a pour sa part jugé sur Twitter que "la seule manière d'honorer ces enfants morts était d'exiger une réglementation stricte des armes".

La partie est loin d'être gagnée

Au Canada voisin, le chef de l'opposition de gauche, Thomas Mulcair (Nouveau parti démocratique), a estimé que "le temps viendra de réfléchir à ce qui s'est passé et aux moyens à prendre pour empêcher d'autres tragédies semblables". Et une pétition a été lancée sur le site de la Maison Blanche pour un plus grand contrôle du port d'armes. Pétition rapidement suivie d'une autre qui demande à l'inverse la présence systématique d'armes dans les écoles.

Mais la partie est loin d'être gagnée. Les opposants à une telle réforme continuent en effet de souligner que le droit de posséder des armes est inscrit dans la Constitution, dans le fameux Deuxième Amendement, défendu bec et ongles par le lobby des armes. Alan Gottlieb, fondateur de la Fondation pour le Second Amendement, s'est dit auprès de l'AFP "sûr que la personne qui a commis cet horrible crime savait qu'il pouvait y aller et que personne ne pourrait l'arrêter", les écoles étant "des lieux où il est interdit d'avoir des armes". Une défense par l'attaque donc qui n'est pas pour déplaire à un grand nombre d'Américains.

Des proches de victimes de fusillades disent "assez" devant le Congrès

Le même jour, plusieurs dizaines de familles de victimes de fusillades se sont rassemblées devant le Congrès des Etats-Unis pour dire qu'elles en avaient "assez" de ces tueries qui endeuillent régulièrement les Etats-Unis et ont appelé les élus "à arrêter ce bain de sang". À l'initiative de l'association en faveur du contrôle des armes Brady Campaign to Prevent Gun Violence, des familles de victimes des fusillades meurtrières de Virginia Tech, Aurora ou Columbine ont présenté à la presse une lettre ouverte à la Maison Blanche et aux élus demandant "une action rapide".

"La loi sur les armes doit changer immédiatement", a indiqué lors d'une conférence de presse le président de l'association Dan Gross. "Évidemment pas toute, mais quand même une grande partie de la violence générée par les armes dans notre nation pourrait être empêchée si le Congrès prenait des mesures simples pour arrêter d'armer les gens dangereux", a-t-il ajouté, indiquant qu'il ne remettait pas en question le 2ème amendement qui donne le droit de porter des armes.

Andrei Nikitchyuk, le père d'un petit garçon rescapé du massacre de l'école de Newtown (Connecticut) qui a fait 26 morts vendredi, a ajouté que "nous devons tous dire à haute voix (aux élus du Congrès) +unissons nous, arrêtons cette division partisane, ce n'est pas une question de politique". Sandy Phillips, mère de Jessica, une jeune fille de 24 ans tuée à Aurora, dans le Colorado, a ajouté que le Congrès avait "l'occasion d'arrêter maintenant le bain de sang". La lettre ouverte, qui demande des "solutions notables", sans les détailler, appelle également à signer une pétition sur wearebetterthanthis.org.

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  • 1981: La tentative d'assassinat de Ronald Reagan

    <blockquote>Le 30 mars 1981, le président Ronald Reagan et trois autres sont victimes d'une tentative d'assassinat perpétré par John Hinckley Jr. à la sortie du Washington Hilton Hotel à Washington. Le responsable presse de Reagan, Jim Brady, est grièvement blessé et restera paralysé. Cet épisode permettra de voter une loi plusieurs années plus tard <em>(voir photo suivante)</em>.</blockquote>

  • 1993: Adoption sous Clinton du "Brady Handgun Violence Act"

    <blockquote>Le "Brady Handgun Violence Act" de 1993, adopté sous la présidence de Bill Clinton, demande une vérification complète des antécédents de toute personne souhaitant acheter une arme à feu chez les revendeurs fédéraux. La loi est baptisée Brady en hommage à James Brady, abattu lors de la tentative d'assassinat du président Reagan.</blockquote>

  • 1994: Adoption sous Clinton du "Violent Crime Control and Law Enforcement Act"

    <blockquote>Signé également par le président Clinton, en 1994, cette loi interdit 19 types de fusils d'assaut, dont les fameux Uzis et AK-47. </blockquote>

  • 2004: Retour sur l'interdiction d'avoir une arme permettant de tirer plus de 10 coups sans reccharger.

    <blockquote>Dix ans après l'adoption de loi, le Congrès autorise à nouveau la détention de chargeurs "à haute capacité". Cette loi interdisait les chargeur permettant de tirer plus de 10 coups sans recharger afin d'obliger les éventuels tireurs à perdre du temps à recharger leur arme. Ce qui laissait le temps à la police d'intervenir, ou aux cibles de fuir.</blockquote>

  • 2007: Le district de Colombia autorise un agent de sécurité à ramener son revolver chez lui

    <blockquote>La Cour d'appel de Colombia autorise Dick Heller, un agent de sécurité, à ramener son arme chez lui. En effet, depuis la loi de 1975, il faut avoir un permis pour détenir une arme à feu dans le district de Colombia, sauf que la ville n’en délivre plus. Seules les personnes ayant obtenu un permis avant cette date sont donc autorisés à avoir une arme à la maison. Le cas de Dick Heller, qui a le droit de détenir une arme dans le cadre de son travail, est donc épineux. Le puissant lobby des armes défend Dick Heller qui finit par obtenir gain de cause. L'affaire sera ensuite portée au niveau de la Cour suprême.</blockquote>

  • 2008: Le "NICS Improvement Amendments Act"

    <blockquote>A la suite de la fusillade mortelle à dans une Université de Virginie, le congrès adopte une législation initiée par Carolyn McCarthy et John Dingel, et signée par George W. Bush, renforçant la loi Brady. En plus du casier judiciaire et autres antécédents concernant des délits, des données médicales individuelles doivent être centralisées afin de ne pas accorder le droit de porter une arme à une personne mentalement instable.</blockquote>

  • 2008: La Cour suprême tranche dans l'affaire Heller

    <blockquote>Dans l'affaire, "Heller contre Colombia", la Cour suprême instaure le droit fondamental à l'autodéfense et confirme que le Deuxième Amendement garantit un droit individuel de posséder une arme à feu non liée au service militaire. Le district de Colombia qui appliquait sa propre législation est donc dans l'illégalité.</blockquote>

  • 2011/2012: Fusillade de Tucson et Trayvon Martin

    <blockquote>Les partisans du contrôle des armes avait bon espoir que les efforts de réforme allaient s'intensifier après les événements tragiques ont récemment secoué le pays. <br>Une fusillade avait eu lieu janvier 2011 à Tucson en Arizona, durant une manifestation de la députée Gabrielle Giffords, tuant 6 personnes et en blessant 13 autres (dont la députée). Une fillette et un juge fédéral faisait partie des victimes. Le tireur a finalement plaidé coupable afin d'échapper à la chaise électrique et a été condamné à perpétuité sans possibilité de libération anticipée.<br> Autre fusillade très médiatisée: l'adolescent Trayvon Martin, un adolescent qui ne portait pas d'arme, a été abattu par George Zimmerman, qui faisait des rondes dans le quartier. En vertu de la loi sur la légitime défense et le droit à l'auto défense, le tueur n'a pas été arrêté ni inculpé. La suspicion d'un crime raciste reste d'actualité et les manifestations pour protester contre ce tueur en liberté se sont multipliées.</blockquote>

  • 2012: Colorado Movie Theater Shooting

    <blockquote>En juillet 2012, un tireur débarque à la séance de minuit du troisième Batman, à Aurora, une petite ville du Colorado. 70 personnes sont blessées et 12 tuées. Le tireur, <a href="http://www.huffingtonpost.fr/2012/07/20/james-holmes-tueur-denver-colorado-portrait_n_1690131.html">James Eagan Holmes</a>, portait sur lui plusieurs revolvers et un AR-15, un fusil d'assaut capable de tirer 100 cartouches sans avoir à recharger.</blockquote>

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