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18/12/2012 06:04 EST | Actualisé 17/02/2013 05:12 EST

Les transports en commun soudanais se dégradent, victimes de l'inflation

Les transports en commun à Khartoum se dégradent de jour en jour et rendent le vie impossible à des milliers d'usagers, l'entretien des bus étant devenu hors de prix en raison de l'inflation et de la chute de la livre soudanaise.

Le problème des transport est un fardeau supplémentaire pour les Soudanais déjà affectés par une économie qui, selon un groupe de réflexion, est au bord de l'effondrement depuis la perte des revenus pétroliers liée à la sécession du Soudan du Sud mi-2011.

Pour Hanan Jadien se rendre en bus à son bureau est devenu un calvaire depuis août.

"Je dois attendre au terminal de bus entre une demi-heure et deux heures", déplore-t-elle. Avant, le trajet prenait une demi-heure.

Amira Ahmed, étudiante, confirme que la situation s'est empirée ces derniers mois. Avec l'énergie dépensée dans les transports, elle arrive chez elle épuisée, incapable de faire ses devoirs.

Pour les chauffeurs de bus, c'est la flambée du prix des pièces détachées, liée à la chute de la livre soudanaise par rapport au dollar, qui est responsable de la situation.

"Quand un véhicule part au garage pour une importante réparation, il ne revient pas, car le propriétaire n'a pas les moyens de payer les pièces", explique Abdoulhalim Mohammed.

Un autre chauffeur souligne que le prix des pièces monte parfois d'un jour à l'autre, alors que la plupart des bus, anciens, nécessitent beaucoup de réparations.

"Les vendeurs de pièces disent que c'est à cause du dollar. Et l'autre problème, c'est que la plupart des pièces sur le marché actuellement ne sont pas des originales, et ne durent pas longtemps".

Selon l'Association des transports, représentant les propriétaires de bus privés, certains préfèrent désormais laisser leur véhicule au parking plutôt que de payer des pièces dont le prix a doublé en un an.

Les pièces, comme tous les produits importés, ont vu leur prix flamber depuis que le Soudan a perdu sa principale source de devises lors de la sécession du Soudan du Sud, qui recèle les trois quarts de la production de pétrole de l'ancien Soudan unifié.

L'inflation a atteint 46% en novembre, et la livre soudanaise a plongé sur le marché noir, à 6,75 livres le dollar, contre un peu plus de 4 il y a un an.

Le gouvernement a décidé en juin, dans le cadre d'une série de mesures destinées à amortir l'effet de la perte des revenus pétroliers, de dévaluer la livre.

Elles ont déclenché des manifestations anti-régime, qui se sont étiolées face à une sévère répression.

Le Fonds monétaire international (FMI) les a saluées, les considérant comme une étape importante pour la stabilisation de l'économie. Mais un économiste international a déploré une mise en oeuvre "mitigée".

Le déficit soudanais pourrait atteindre 10 milliards de livres selon cet économiste s'exprimant sous couvert de l'anonymat. Et les autorités "continuent à imprimer" des billets, malgré une inflation à son plus haut niveau depuis 15 ans, a-t-il souligné.

"L'économie est au bord de l'effondrement", a estimé dans un rapport en novembre International crisis groupe, un groupe de réflexion basé à Bruxelles.

Peinant à nourrir leur famille alors que le prix du boeuf a doublé en un an, les usagers des transports en commun soudanais en sont réduits à "attendre un miracle, à savoir un bus, pour les ramener à la maison", écrit le journal pro-gouvernemental Sudan Vision dans un éditorial.

Soulignant que certains voyageurs désespérés se retrouvent à rentrer chez eux à pied, il a réclamé des mesures gouvernementales "avant qu'il ne soit trop tard pour apaiser la colère des gens".

Le gouverneur de Khartoum, Abdelrahmane al-Khidir, a un plan en huit étapes pour solutionner ce problème a affirmé l'agence de presse officielle Suna, mais elle n'a pas précisé le contenu de ce plan.

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