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18/12/2012 06:50 EST | Actualisé 17/02/2013 05:12 EST

Des milliers d'Égyptiens manifestent pour dénoncer le projet de Constitution

LE CAIRE, Égypte - Des milliers de manifestants égyptiens ont marché mardi vers le palais présidentiel et la place Tahrir, dans le centre du Caire, pour dénoncer le projet de Constitution soutenu par les islamistes, après que le ministre de la Justice eut ordonné une enquête sur les allégations d'irrégularités lors de la première phase du référendum constitutionnel.

Depuis le début de cette nouvelle crise politique en Égypte, il y a trois semaines, l'opposition fait pression sur le gouvernement du président islamiste Mohamed Morsi, avec d'imposantes manifestations qui ont parfois réuni des centaines de milliers de personnes. Les partisans de M. Morsi ont répliqué en organisant leurs propres rassemblements.

Les militants de l'opposition ont organisé mardi leur première manifestation depuis la première phase du référendum, qui a eu lieu samedi, en scandant «À bas le règne des Frères musulmans!» et «Votre Constitution est invalide». Les résultats préliminaires montrent que 56 pour cent des électeurs ont voté «oui». La deuxième phase du vote aura lieu samedi prochain.

Moins du tiers des électeurs inscrits ont participé à la première phase du référendum. L'opposition estime que l'adoption de la Constitution requiert plus que la majorité simple et réclame la reprise du vote.

Depuis des semaines, les experts juridiques égyptiens préviennent que si le taux de participation est bas et que si la majorité finale qui approuve le projet constitutionnel est de moins de 70 pour cent, la légitimité et la représentativité de la Constitution sera mise en doute.

Les manifestations de mardi surviennent également après un nouveau revirement dans le conflit entre le président Morsi et le système judiciaire. D'autres juges ont annoncé qu'ils boycotteraient la deuxième phase du référendum, et le procureur général, Talaat Abdullah, a remis sa démission lundi, mois d'un mois après sa nomination par Mohamed Morsi.

M. Abdullah faisait face à une fronde de ses collègues procureurs, qui l'accusaient d'avoir fait pression sur un juge pour qu'il ne libère pas de prison quelque 130 manifestants anti-Morsi.

Mais les analystes sont sceptiques quand à la démission de Talaat Abdullah.

«La démission du procureur général n'est pas innocente. Elle vise à empêcher le référendum de devenir juridiquement invalide et à pousser les procureurs à superviser le scrutin», a expliqué l'expert juridique Nasser Amin sur son compte Twitter.

Les Frères musulmans ont diffusé un communiqué dans lequel ils dénoncent «la démission forcée du procureur général», qu'ils estiment être de «dangereux précédent».

La confrérie a de nouveau qualifié l'opposition de «groupes de voyous» et a demandé au Conseil judiciaire suprême de refuser la démission du procureur général.

En plus des procureurs, une autre instance judiciaire de premier plan, le Conseil d'État, a annoncé qu'il boycotterait la deuxième phase du référendum pour protester contre les irrégularités alléguées. Le Conseil d'État avait fourni 1500 des 7000 juges mobilisés pour la première phase.

Le ministère de la Justice a annoncé mardi qu'il assignerait des juges pour enquêter sur les allégations de violations de la loi électorale.

«C'est la première fois dans l'histoire de l'Égypte que les juges sont assignés à enquêter sur des violations électorales», a déclaré le porte-parole du ministère.

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