L'intention du Canada de privatiser la production de cannabis à usage médical, tout en interdisant la culture personnelle, suscitait lundi des réactions variées, notamment des médecins qui s'inquiètent de la qualité de l'herbe qui sera sur le marché.

Le gouvernement conservateur compte cesser la production publique d'ici le 1er avril 2014 de cette drogue douce pour en déléguer l'activité à des entreprises privées, selon le projet dévoilé dimanche par la ministre de la Santé Leona Aglukkaq.

Jusqu'à présent, il est possible de faire pousser du cannabis à son domicile, à condition d'avoir reçu le feu vert du ministère de la Santé, qui en cultive également.

La réforme prévoit au contraire que le ministère mette un terme à ses activités de vente et de distribution, qui seront exclusivement assumées par des entreprises désignées par Ottawa.

Avec le système actuel, le nombre de personnes autorisées à détenir de la marijuana à titre personnel a explosé, passant de moins de 500 en 2002 à plus de 26.000 aujourd'hui, a noté la ministre.

Or cette croissance et l'autorisation de produire du cannabis à domicile a donné lieu à des abus, a-t-elle poursuivi, expliquant que la police, les pompiers et les municipalités ont pointé les risques pour la santé et la sécurité du public que représente le fonctionnement actuel.

Une maison où de la marijuana est cultivée a 24 fois plus de chance de prendre feu qu'une maison ordinaire, selon Stephen Gamble, président de l'Association canadienne des chefs de pompiers, qui appuie les modifications proposées, tout comme la Fédération des municipalités canadiennes.

Pour sa part, l'Association médicale canadienne, qui regroupe plus de 70.000 médecins, se dit inquiète de la perspective de voir ses membres prescrire la marijuana - ce que prévoit le projet gouvernemental - sans avoir de garanties sur sa qualité, tandis que les pharmaciens, qui doivent en vendre, craignent une nouvelle vague de cambriolages.

Enfin, la députée libérale de Vancouver au parlement d'Ottawa, Joyce Murray, a qualifié le projet de "demi-mesure", affirmant que seule la légalisation complète du cannabis permettrait de régler les problèmes existants.