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De rouille et d'os, un film magistral (VIDÉO/PHOTOS)

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Deux âmes brisées par la vie s'unissent pour défier la mort qui rôde partout dans De rouille et d'os, le sixième long métrage de Jacques Audiard (De battre mon cœur s'est arrêté, Un Prophète). Ce film féroce qui puise son inspiration dans le recueil de nouvelles de l'écrivain canadien Craig Davidson «Un goût de rouille et d'os» s'avère tout à fait magistral.

Ali (Matthias Schoenaerts, révélé par Bullhead) un laissé-pour-compte abandonne le Nord de la France avec Sam, son fils de 5 ans qu'il connaît à peine, pour aller se réfugier auprès de sa sœur à Antibes. De la grisaille au soleil, l'homme au corps sculpté par les batailles de rues veut prendre un nouveau départ. Il y croit et au fond, pourquoi pas. Tout en continuant ses combats clandestins, il se trouve un boulot comme videur dans une discothèque.

C'est là que son destin croise celui de Stéphanie (Marion Cotillard qui offre une prestation marquante). Distante et mélancolique, elle joue les dresseuses d'orques le jour au Marineland et traine la nuit son spleen sur les planches des boîtes de nuit crasseuses de la périphérie antiboise. Lors d'une bataille survenue dans la discothèque, Ali sort la jeune femme du pétrin et la raccompagne chez elle. Ces deux paumés s'échangent alors leur numéro sans grande conviction. Ensuite plus rien, jusqu'au jour où amputée des deux jambes après un accident causé par une orque imprévisible, elle reprend contact avec lui.

Pareil à son habitude, Jacques Audiard nous tient un peu en otage. Même s'il filme de très près ses personnages, on ne sait pas grand-chose de leur passé. Tout au plus, découvre-t-on quelques bribes ici et là. Mais le réalisateur se refuse obstinément à nous donner la moindre piste. Tous ceux qui connaissent déjà son cinéma savent au fond que les antécédents ne sont pas très importants. Ce qui compte c'est l'instant présent, unique véhicule capable de nous embarquer dans l'émotion brute et sans fioriture dans l'univers du cinéaste parsemé d'antihéros désillusionnés.

À la manière d'un Jim Jarmusch qui n'avait pas hésité dans Stranger Than Paradise à montrer une Floride sordide, Audiard à son tour met en scène l'envers du décor dans une Côte d'Azur peu reluisante où tous les rêves finissent par s'engloutir sur le front de mer. D'ailleurs, ne comptez pas sur le cinéaste pour qu'il vous prenne par la main et vous rassure sur un monde empli d'humanité. La lumière et l'espoir, ses personnages doivent l'arracher au prix de grands sacrifices et d'abnégations comme dans cette scène fort réussie où Ali porte Stéphanie dans ses bras, les moignons bien visibles, afin de l'amener nager dans la mer malgré les regards horrifiés des vacanciers.

Audiard fait incontestablement partie de ces grands réalisateurs capables de créer une œuvre aussi crue que sensuelle. Sous ses allures de film réaliste où les corps rouillés par la solitude se tordent de douleur, le film est une fable brise-cœur sur fond de crise économique guidée par l'instinct et la pulsion.

De rouille et d'os - Métropole Films Distribution - 122 minutes - Sortie en salles le 14 décembre - France.

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