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Accepter l'argent chinois et rester ferme: le Canada cherche l'équilibre

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NEXEN
Courtoisie

MONTREAL - (AFP) - Pétrole, charbon, minerais ou terres agricoles: les entreprises chinoises, à la recherche de matières premières, investissent massivement au Canada où le gouvernement cherche à ménager cette précieuse source de devises tout en marquant sa fermeté face à Pékin.

Le Canada "est un Eldorado" pour la Chine, résume Fred Bild, ex-ambassadeur canadien à Pékin et désormais professeur de sciences politiques à l'Université de Montréal.

En plus de l'or noir -les 3e réserves de la planète-, le pays à la feuille d'érable intéresse Pékin pour sa potasse, ses terres agricoles, son uranium ou encore ses minerais, indique Gordon Houlden, directeur de l'Institut chinois de l'Université d'Alberta, la province où se concentre l'activité pétrolière.

Après de longues tergiversations, Ottawa a autorisé la semaine dernière l'acquisition du dixième groupe pétrolier canadien, Nexen, par le géant public chinois CNOOC. A 15,1 milliards de dollars, la transaction constitue le plus important investissement chinois jamais réalisé à l'étranger.

Mais plutôt que de célébrer cette vente faramineuse, le Premier ministre canadien Stephen Harper a tout de suite averti: "Quand nous disons que le Canada est ouvert aux affaires, cela ne veut pas dire que le Canada est à vendre aux gouvernements étrangers".

Et de fait, Ottawa a resserré les règles sur les investissements des Etats étrangers au Canada.

Ceci n'a pourtant pas empêché le géant public PetroChina, via une filière américaine, d'annoncer jeudi une prise de participation de 49,9% dans un projet pétrolier dans l'ouest du Canada, pour 2,2 milliards de dollars.

En dépit de "certaines inquiétudes" suscitées par les règles présentées la semaine dernière par M. Harper, l'investissement annoncé jeudi par PetroChina démontre que "la confiance (des Chinois) est toujours là", estime M. Houlden.

Car l'équation est simple: "Le Canada a besoin de capital" pour soutenir sa croissance et "les Chinois possèdent la plus grande réserve de devises de la planète -environ 3.300 milliards de dollars qu'ils cherchent à placer", résume-t-il.

Harper a commis "plusieurs erreurs"

Le gouvernement conservateur a bien pris conscience de l'enjeu, qu'il cherche à concilier avec le fait que "les Canadiens qui ont le plus peur des Chinois sont ses électeurs", note Michael Byers, spécialiste des relations Canada-Asie à l'Université de Colombie-Britannique.

Arrivé au pouvoir en 2006, Stephen Harper s'était affiché comme un fervent défenseur des droits de l'homme, recevant en grande pompe le Dalaï Lama et refusant d'assister à la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin.

Mais peu à peu, sa position a changé, jusqu'à autoriser l'acquisition de Nexen en dépit de l'opposition d'une partie de sa formation politique et d'une majorité de Canadiens.

"Harper est plutôt inexpérimenté en politique étrangère", juge M. Byers. "Il a commis plusieurs erreurs par manque d'expérience. Sa position vis-à-vis de la Chine était radicalement contre au début de son mandat, et maintenant il a choisi l'extrême inverse".

Globalement, les Canadiens affichent jusqu'à présent une certaine indifférence face à l'arrivée des groupes chinois. "Il n'y a pas eu de débat public" à ce sujet, souligne M. Bild.

Mais la polémique autour d'une mine de charbon en Colombie-Britannique démontre que cela pourrait changer. Le groupe chinois qui en assure l'exploitation a décidé de n'employer que des Chinois: 60 actuellement, 200 à terme. Cette affaire a suscité l'émoi public et a été portée devant les tribunaux.

"La Chine arrive avec un certain bagage", dit Gordon Houlden. Le gouvernement "doit être prudent et éviter ce genre d'histoires car l'appui des Canadiens va rapidement diminuer s'il y en a d'autres".

Car avec la plus forte croissance des investissements étrangers au Canada réalisée par les groupes chinois, le sort des deux pays semble être toujours plus imbriqué.

"Un jour, dans pas si longtemps, une entreprise chinoise va fabriquer des automobiles au Canada!", prédit le directeur de l'Institut chinois.

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