MONTRÉAL - Se disant «troublé» par les accusations de fraude et de complot déposées contre son ex-PDG Pierre Duhaime, le conseil d'administration de SNC-Lavalin (TSX:SNC) a décidé jeudi de suspendre le versement de son «arrangement de départ» de 5 millions $.

«Bien qu'aucune des accusations n'ait été prouvée, ce fait nouveau (les accusations) laisse entendre qu'il pourrait y avoir d'autres détails au sujet de M. Duhaime dont le conseil n'était pas au courant au moment de son départ», a indiqué la firme d'ingénierie dans un communiqué.

Or, au moment où il a approuvé la prime de 5 millions $, en avril, le conseil savait déjà que M. Duhaime avait autorisé le versement de commissions irrégulières totalisant 56 millions $ US à des intermédiaires dans le but de décrocher des contrats.

Selon le quotidien La Presse, une part de 22 millions $ US de ces commissions aurait été versée pour aider SNC-Lavalin à obtenir le chantier du nouveau Centre universitaire de santé McGill, d'une valeur de 1,6 milliard $, en 2010.

C'est en lien avec cette affaire que Pierre Duhaime a été arrêté le 28 novembre par l'Unité permanente anticorruption.

SNC-Lavalin n'a pas voulu dire quelle portion de la prime de 5 millions $ M. Duhaine n'avait pas encore reçue. On sait toutefois que le versement d'une bonne partie de la somme était étalé sur deux ans.

Changement de numéro deux

L'entreprise montréalaise a par ailleurs annoncé jeudi que son numéro deux, le chef de la direction financière Gilles Laramée, allait bientôt quitter ses fonctions pour occuper le nouveau poste de vice-président directeur responsable des investissements de l'entreprise dans des concessions d'infrastructure. Il aura pour tâche de «maximiser» la valeur de ces activités.

«Ce changement laisse entendre que SNC pourrait explorer la 'monétisation' de certains actifs non fondamentaux», a estimé l'analyse Pierre Lacroix, de Valeurs mobilières Desjardins, dans une note.

M. Laramée a refusé d'entériner les commissions douteuses de 56 millions $ US, mais celles-ci ont néanmoins été versées. De plus, il a mis plus d'un an avant d'aviser le conseil d'administration de la situation tout en signant les états financiers comme si de rien n'était, ce qui soulève des questions, selon certains experts en gouvernance.

Départ d'un autre dirigeant

On a par ailleurs appris mercredi soir que Kevin Wallace, président de Candu Énergie, une filiale de SNC-Lavalin, a quitté ses fonctions lundi. Ancien dirigeant de SNC, il était chez Candu depuis octobre 2011.

Quelques heures plus tôt, des médias du Bangladesh avaient rapporté que la Commission anticorruption du pays recommandait le dépôt d'accusations contre neuf personnes, dont M. Wallace et deux autres ex-employés de SNC-Lavalin déjà accusés de corruption au Canada, Ramesh Shah et Mohammad Ismail.

Leslie Quinton, porte-parole de SNC, a dit qu'à la connaissance de l'entreprise, aucune accusation n'a été déposée au Canada contre Kevin Wallace.

Depuis plusieurs mois, SNC-Lavalin est au coeur d'un scandale entourant un contrat de 2,9 milliards $ US pour la construction d'un gigantesque pont au Bangladesh. En juin, la Banque mondiale a annulé le prêt de 1,2 milliard $ US qu'elle s'apprêtait à accorder à ce projet.

Depuis le début de l'année, SNC a perdu plusieurs hauts dirigeants. Les vice-présidents Riadh Ben Aïssa et Stéphane Roy ont quitté dans la foulée de l'affaire des commissions irrégulières, en février.

La semaine dernière, Andy Mackintosh, qui dirigeait la division des hydrocarbures et des produits chimiques de la multinationale québécoise depuis un peu plus d'un an, a abandonné ses fonctions pour joindre les rangs d'une autre entreprise.

Enfin, SNC-Lavalin a indiqué jeudi que certains des membres de son conseil d'administration allaient quitter l'an prochain et que le processus de recrutement de leurs successeurs était en marche. Il a toutefois été impossible de savoir si le président du conseil, le magnat pétrolier Gwyn Morgan, allait solliciter un nouveau mandat.

L'action de SNC-Lavalin a clôturé jeudi à 41,58 $, en hausse de 0,8 pour cent, à la Bourse de Toronto. Le titre s'est apprécié de 12,8 pour cent depuis lundi.

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    La firme d'ingénierie Axor se voit imposer des amendes pour avoir illégalement donné 150 000 $ aux trois plus importantes formations politiques du Québec, dont 113 000 $ aux libéraux.

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