Triple infanticide à Saguenay: la Cour suprême entend l'appel de Cathie Gauthier

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CATHIE GAUTHIER
PC

OTTAWA - Cathie Gauthier, cette mère de famille de Saguenay condamnée pour le meurtre de ses trois enfants, a eu son ultime chance pour faire renverser par la Cour suprême du Canada son verdict de culpabilité et obtenir un nouveau procès.

Son avocat a plaidé sa cause devant le plus haut tribunal du pays, jeudi matin, et l'affaire a été prise en délibéré.

Il s'agit du dernier espoir de Cathie Gauthier, actuellement incarcérée. Si la Cour refuse son appel, elle restera en prison au moins 25 ans.

Le drame familial s'est déroulé la veille du jour de l'An 2009. Le couple vivait alors une grande détresse psychologique et financière.

La preuve a démontré que tous les membres de la famille avaient alors bu des boissons contenant de fortes doses de médicaments — un mélange de gravol et d'antidépresseurs. Ils sont tous morts, sauf la mère, malgré de graves blessures au poignet. C'est elle qui avait appelé le 9-1-1 pour obtenir de l'aide.

La Couronne a plaidé qu'il y avait eu un pacte de meurtre-suicide entre les conjoints.

Les jurés ont retenu cette version des faits et ont condamné la mère de famille à purger trois peines de prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

Il s'agissait alors d'une peine pour chaque enfant: Joëlle (12 ans), Marc-Ange (7 ans) et Louis-Philippe (4 ans).

Mais devant la Cour suprême, Cathie Gauthier a soutenu, par l'entremise de son avocat, que le juge de première instance a commis une grave erreur dans ses directives aux jurés en ne leur disant pas de considérer la défense de l'«abandon» de l'acte criminel envisagé, soit de tuer les enfants.

Car au procès, elle a témoigné à l'effet que lorsqu'elle a réellement compris le plan de son conjoint, elle a changé d'idée, ne voulait plus aller de l'avant, et qu'elle avait signifié clairement à son conjoint son refus. Elle croyait qu'il avait compris et renoncé lui aussi. Celui-ci avait ensuite agi normalement lors du souper familial, selon la version de Mme Gauthier.

Son avocat, Me René Duval, a fait valoir jeudi matin que tous les éléments de preuve pour soutenir cette défense avaient été présentés devant le jury: un changement d'intention et un avis non équivoque qui le démontre. Dans ce cas, les paroles claires de Cathie Gauthier à son conjoint font preuve, en plus du fait qu'elle avait déchiré des documents reliés à ce supposé pacte, comme un testament, a expliqué l'avocat aux sept juges de la Cour suprême.

Un nouveau procès permettrait aux jurés de considérer cette défense.

Pour la Couronne, le juge a bien instruit le jury et n'avait pas à lui dire de considérer cette défense de l'«abandon».

Une telle défense serait d'ailleurs incompatible avec le témoignage de Cathie Gauthier, soutient la Couronne, car elle avait d'abord nié l'existence d'un pacte de meurtre-suicide.

Bref, puisqu'elle dit ne pas avoir eu l'intention de commettre un acte criminel, elle ne peut ensuite prétendre avoir abandonné son intention, a longuement expliqué Me Sonia Rouleau qui représentait la Couronne dans ce dossier.

«Invraisemblable et incompatible», a-t-elle ajouté, peu après sa plaidoirie. Selon elle, la preuve contre Cathie Gauthier était «accablante».

L'élément qui en dit le plus long sur le fait que Cathie Gauthier n'avait pas changé d'idée est que «lorsqu'elle a vu ses enfants qui avaient des symptômes évidents d'intoxication, elle n'a rien fait», a fait valoir Me Rouleau.

Cathie Gauthier était alors perdue et confuse, a rétorqué Me Duval. Elle avait aussi bu la boisson à laquelle les médicaments avaient été incorporés et avait perdu beaucoup de sang.

Pour l'avocat de la défense, les deux défenses ne sont pas incompatibles car les «situations de faits ne sont pas incompatibles». Ainsi, si les jurés ne croient pas Cathie Gauthier lorsqu'elle dit ne pas avoir conclu de pacte, c'est qu'ils ont conclu qu'il y en avait un. Dès lors, elle peut plaider avoir changé d'idée et ne pas avoir voulu le mettre en oeuvre.

Lors de l'audition, le juge Richard Wagner est intervenu pour demander à Me Duval si Cathie Gauthier n'avait pas aussi l'obligation de démontrer qu'elle avait posé des gestes positifs pour prouver qu'elle avait bel et bien abandonné son projet d'acte criminel. Détruire les médicaments qu'elle avait elle-même achetés, par exemple, a-t-il suggéré.

Non, a répliqué l'avocat. Car elle n'a jamais dit avoir acheté les médicaments pour tuer les enfants. Sa propre prescription d'antidépresseurs devait être renouvelée à ce moment. Quant au gravol, si elle avait voulu tuer ses enfants avec ce médicament, il aurait été plus simple d'acheter la version pour adultes, plus puissante et en vente libre, que celle pour enfants, a soutenu Me Duval.

Pour Me Rouleau, «il serait trop facile» et «dangereux» d'accepter cette «défense d'abandon» sans plus de preuves, a-t-elle lancé aux juges sur le banc.

Après l'audition en Cour suprême, Me Duval a dit être optimiste car «le droit est de son bord et les faits sont de son bord».

La cause ayant été prise en délibéré, il pourrait s'écouler plusieurs mois avant qu'un jugement ne soit rendu.

Sur le web

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