NOUVELLES

La crainte d'un recours de Damas à l'arme chimique fondée mais peu probable

10/12/2012 04:07 EST | Actualisé 08/02/2013 05:12 EST

Un éventuel recours aux armes chimiques par le régime syrien est peu probable ont estimé des experts réunis à Manama, certains jugeant qu'il s'agit avant tout d'un "épouvantail" agité par le régime.

Le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague a ainsi mis en garde, au cours d'une réunion sur la sécurité régionale, contre l'utilisation par Damas d'armes chimiques ou biologiques et évoqué plusieurs "scénarios dangereux", dont l'éventualité que ces armes puissent "tomber aux mains d'autres" groupes.

Le sénateur américain John McCain a pour sa part estimé que les Etats-Unis et le monde arabe allaient être confrontés à "une décision très, très difficile: celle de savoir s'il faut faire quelque chose et si oui, que faire face au danger de voir Bachar Al-Assad assembler ces armes de destruction massive".

Participant lui aussi au "Dialogue de Manama", organisé de vendredi à dimanche par l'Institut international d'études stratégiques (IISS), le vice-ministre turc des Affaires étrangères Naci Koru a souligné que ces craintes étaient fondées car "le régime syrien a perdu tout raisonnement et toute légitimité".

La communauté internationale a multiplié ces derniers jours les mises en garde à M. Assad contre tout recours à des armes chimiques.

Des responsables américains s'exprimant sous le couvert de l'anonymat ont assuré que l'armée syrienne avait chargé avec du gaz sarin des bombes destinées à être larguées par avion.

Mais Dina Esfandiary, chercheur au programme de non-prolifération et de désarmement de l'IISS, recommande la prudence. "Bien qu'il soit peu probable qu'Assad aura recours à ses armes chimiques, nous ne pouvons pas en être certains", dit-elle.

"Je crois que si la communauté internationale trace clairement des lignes rouges, le régime syrien n'utilisera pas ses armes chimiques", ajoute-t-elle.

D'autres experts soulignent que les mouvements détectés ne signifient pas nécessairement que ces armes sont chargées et estiment que le régime pourrait être en train de placer ces stocks dans les zones sous son contrôle.

Damas avait reconnu le 23 juillet pour la première fois posséder des armes chimiques. Samedi, le pouvoir a affirmé que ses troupes n'auraient jamais recours à ces armes et mis en garde contre l'utilisation par les rebelles d'armes chimiques dans le conflit.

La Russie, alliée du régime syrien, a affirmé que Damas n'avait "aucune intention" de recourir à l'emploi d'armes chimiques face à l'avancée des rebelles.

Yezid Sayigh, analyste au Carnegie Middle East Center, indique pour sa part que le régime dispose d'armes chimiques mais pas biologiques.

Pour lui, le régime, poussé dans ses derniers retranchements, agite l'épouvantail des armes chimiques, comme il l'a fait avec Al-Qaïda, "pour envoyer un message de dissuasion au monde extérieur".

Mais en fait, explique-t-il, l'utilisation d'armes chimiques dans le conflit "ne changera pas la donne".

"Il s'agit en premier lieu d'une arme psychologique de terreur", qui provoquera en cas d'utilisation "la panique parmi les civils", dit-il.

"Mais la véritable utilité de ces armes dans une guerre est très limitée, car elles ne peuvent pas être employées dans des zones où la présence de troupes hostiles est combinée à une population soutenant le régime, ou contre une population hostile dans une zone où sont déployées des troupes régulières", dit-il. De plus, elles ne peuvent être utilisées que par certaines unités spéciales.

Peu de choses sont connues sur le programme syrien, lancé dans les années 1970 avec l'aide de l'Egypte puis de l'ex-URSS.

Selon Dina Esfandiary, il s'agit "du plus grand programme d'armes chimiques au Proche-Orient, créé à l'origine dans le but de contrebalancer le programme nucléaire d'Israël".

L'analyste indique que des informations importantes sur ce programme ont été collectées à la suite de la défection de plusieurs officiers, dont le général Adnan Silou, ancien chef du programme d'armes chimiques, mais que "ces informations sont loin d'être complètes".

at/tm/sw

PLUS:afp