OTTAWA - De simples députés conservateurs livrent en coulisses une lutte qui semble perdue d'avance concernant les réductions de service chez Via Rail qui obligent certaines localités à se démener pour trouver d'autres options de transport.

Plusieurs petites villes ont été touchées par cette décision, particulièrement dans les Maritimes et le sud-ouest de l'Ontario. Le transporteur ferroviaire national a notamment coupé le nombre de départs hebdomadaires entre Halifax et Montréal ainsi qu'entre Toronto et Vancouver, en plus de diminuer le nombre d'arrêts dans certaines municipalités comme Sarnia, Kitchener et Stratford en Ontario.

Environ 20 pour cent des gares de Via Rail sont aussi maintenant dépourvues de personnel, dont plus récemment Sackville au Nouveau-Brunswick.

L'augmentation du service dans le corridor Québec-Montréal-Ottawa-Toronto annoncée la semaine dernière par le transporteur est une maigre consolation pour la population.

«Malheureusement, Via a décidé de se concentrer sur le 'triangle' et de laisser tomber les autres villes en Ontario et, peut-être, dans le reste du Canada, a déploré Carl Zehr, le maire de Kitchener. Je comprends les problèmes de budget, mais c'est aussi à Via de présenter un autre point de vue au gouvernement fédéral afin de redevenir le transporteur ferroviaire qui a permis de bâtir ce pays.»

Le président de Via Rail, Marc Laliberté, a déclaré que l'achalandage était tout simplement trop bas sur certaines lignes et que la société d'État avait dû faire un choix.

Le transporteur tente maintenant d'aider les passagers à combiner le train avec d'autres modes de transport comme l'autobus et l'avion. Par exemple, Via Rail et Maritime Bus partagent maintenant des terminus et offriront un guichet unique de réservation en ligne dès l'an prochain.

«Nous avons besoin de partenaires et nous sommes prêts à conclure un partenariat avec n'importe quelle compagnie qui aimerait utiliser notre système de distribution, nos services sur le Web et même nos gares, a affirmé M. Laliberté en entrevue. S'il y a une entreprise d'autobus, de taxi ou n'importe qui d'autre qui veut collaborer avec nous, nous sommes plus qu'ouverts à cette possibilité.»

Mais certains élus conservateurs provenant des villes concernées par les réductions ont exprimé de l'inquiétude par rapport à la situation et cherchent des solutions. Via Rail bénéficie d'une relative autonomie par rapport à Ottawa, mais le gouvernement doit tout de même approuver ses plans stratégiques.

«Selon moi, ce que Via Rail doit vraiment faire, c'est augmenter l'achalandage et ce n'est pas en retirant les employés de ses gares dans des régions métropolitaines majeures comme celle de Kitchener et Waterloo qu'elle va y arriver», a tranché le député conservateur Stephen Woodworth.

«Nous ne sommes pas dans une période de grandes dépenses, mais il faut parfois voir plus loin que ça quand il s'agit de questions importantes et nous n'y sommes pas parvenus pour le moment. Mais je sais que nous discuterons bientôt du sujet avec les ministres responsables», a pour sa part indiqué Robert Goguen, un député conservateur du Nouveau-Brunswick.

Le gouvernement conservateur n'a toutefois pas manifesté sa volonté d'agir dans ce dossier.

Dans son budget 2012, il a diminué de 41 millions $ sur trois ans le financement qu'il verse à Via Rail. Les députés conservateurs siégeant au comité de la Chambre des communes sur le transport ont également bloqué une motion présentée par l'opposition, qui voulait questionner la direction du transporteur au sujet des réductions.

Ni le ministre des Transports, Denis Lebel, ni le ministre d'État pour les Transports, Steven Fletcher, n'étaient disponibles pour commenter les réductions chez Via Rail.

Brayden Akers, un porte-parole de M. Fletcher, a cependant souligné que les activités du transporteur devaient se plier à la demande. Il a fait remarquer que le fédéral avait consacré 1 milliard $ depuis 2007 à la rénovation des trains et des gares.

«Via ajuste ses horaires afin de satisfaire les besoins des passagers comme le ferait n'importe quel transporteur, ce qui est une façon responsable de dépenser l'argent des contribuables», a affirmé M. Akers.

Le député néo-démocrate Yvon Godin a de son côté déclaré qu'il trouvait que les raisons données par Via Rail pour réduire son service ne tenaient pas la route, citant les résultats du troisième trimestre qui montrent que le bénéfice net annuel du transporteur s'élève jusqu'à présent à 16,9 millions $.

«Le gouvernement soutient que Via est autonome et qu'il ne peut donc pas intervenir. C'est une belle manière de dire non, a affirmé M. Godin. Mais lorsqu'il veut s'impliquer, il n'a pas peur de le faire. Quand il a voulu s'impliquer dans le lock-out de Postes Canada, il l'a fait. Il doit donner une mission à Via Rail.»