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Baisse trompeuse du chômage aux Etats-Unis, mais l'emploi tient bon

07/12/2012 11:48 EST | Actualisé 06/02/2013 05:12 EST

Les chiffres de l'emploi américain ont rassuré vendredi sur l'état du marché du travail aux Etats-Unis après le passage de l'ouragan Sandy, mais la baisse du chômage qu'ils ont révélée ne témoigne paradoxalement d'aucune amélioration véritable de la situation.

Le taux de chômage a reculé de 0,2 point par rapport à octobre, pour s'établir à 7,7% en novembre, son niveau le plus faible depuis décembre 2008, a indiqué le département du Travail.

Les chiffres du ministère montrent cependant que la baisse du chômage a découlé d'une diminution de la population active supérieure à celle du nombre de personnes recensées officiellement comme étant au chômage.

"Le taux de chômage a baissé pour de +mauvaises+ raisons", résume Nigel Gault, économiste du cabinet IHS Global Insight.

La population active varie chaque mois en fonction des départs en retraite, des arrivées sur le marché du travail et du nombre de chômeurs qui abandonnent la recherche d'un emploi.

Selon le gouvernement, les embauches ont augmenté de 5,8% par rapport à octobre, l'économie américaine ayant créé en novembre 146.000 emplois de plus qu'elle n'en détruisait.

C'est mieux que ce sur quoi tablaient les analystes (120.000 créations de postes), mais le ministère a revu en baisse de près de 20% son estimation des embauches d'octobre.

Le ministère indique par ailleurs que l'ouragan meurtrier Sandy, qui a frappé le nord-est des Etats-Unis dans les derniers jours d'octobre et paralysé pendant plusieurs jours l'activité économique de certaines régions, n'a pas eu d'effets notables sur son estimation de l'emploi et du chômage en novembre.

L'accélération des embauches est une bonne nouvelle, altérée par la révision des créations d'emplois d'octobre, mais la situation du marché du travail est encore loin d'être bonne, comme le montre la baisse du taux d'activité.

Cette mesure du nombre des personnes employées ou cherchant activement du travail par rapport à l'ensemble de la population est retombée à 63,6%, tout près de son niveau le plus faibles en plus de 30 ans.

La Maison Blanche a répété que les chiffres de l'emploi "fournissaient des preuves supplémentaires de la poursuite du rétablissement économique" du pays après la grande récession de 2007-2009. "Il reste fort à faire" pour revenir à une situation normale, a néanmoins reconnu Alan Krueger, conseiller économique du président Barack Obama.

Pour M. Gault, "la bonne nouvelle n'est pas que le marché du travail s'améliore rapidement --cela n'est pas le cas-- mais que la croissance de l'emploi se maintient en dépit de toutes les craintes relatives au +mur budgétaire+".

Cette expression renvoie à la cure de rigueur que le pays risque de s'infliger à lui-même à partir du début du mois de janvier sauf accord exprès d'ici à la fin du mois entre le gouvernement et les élus du Congrès pour l'empêcher.

Comme le notait récemment la banque centrale, l'incertitude qui découle de cette situation est nuisible aux projets d'investissements et d'embauches des entreprises.

Peter Morici, professeur d'économie à l'Université du Maryland, met néanmoins en garde contre tout excès d'optimisme: il rappelle que la baisse du taux de chômage officiel observée depuis son pic de 10% atteint en octobre 2009 résulte essentiellement de l'occultation d'un nombre croissant de chômeurs découragés ou ayant cessé de chercher du travail pour diverses autres raisons.

Selon ses calculs, la population active a reculé en novembre car "542.000 adultes supplémentaires ont choisi de ne pas chercher de travail", et le taux de chômage serait de 9,7% si le taux d'activité était le même qu'en octobre 2009.

mj/sl/mdm

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