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Scandale de la photo du mort du métro à New York: l'auteur se défend

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METRO NEWYORK MORT
(Courtoisie) | Courtoisie

NEW YORK, 5 déc 2012 (AFP) - Attaqué de toutes parts, l'auteur d'une photo montrant un homme juste avant qu'il ne meure happé par un métro à New York s'est vivement défendu mercredi, affirmant qu'il était trop loin pour sauver le malheureux, mais que d'autres auraient pu le faire.

"Si ça se repassait dans les mêmes circonstances, que j'aie un appareil photo ou non, si j'avais couru vers lui, je n'aurais absolument pas pu sauver M. Han", poussé sur la voie quelques secondes plus tôt, a déclaré Umar Abbassi sur la chaîne de télévision NBC, expliquant qu'il était "trop loin" lorsque le métro est arrivé.

"Les gens qui étaient près de lui auraient pu l'attraper et le remonter", a également affirmé le photographe pigiste. "Mais personne n'a fait l'effort". "Les gens qui étaient peut-être à 30 ou 40 mètres de lui, il n'ont pas essayé de l'aider", a-t-il insisté.

Une de ses photos, parue en Une du quotidien populaire New York Post mardi, a suscité une avalanche de critiques, de nombreuses personnes estimant qu'il aurait dû aider le malheureux plutôt que de le photographier. Le quotidien a également été critiqué pour l'avoir publiée.

La photo montre Ki Suk Han, 58 ans, accroché au quai sur lequel il n'a pas pu remonter, alors que le métro arrive.

M. Abbasi, qui avait un sac de matériel d'environ 10 kilos sur le dos, a dénoncé ces "critiques dans leur canapé. Ils n'étaient pas là, ils n'ont aucune idée de la vitesse à laquelle ça s'est passé", a-t-il expliqué dans le New York Post, soulignant que le quai faisait plus de 150 mètres de long.

Selon lui, il s'est passé environ 22 secondes entre le moment où il entendu des cris et où l'homme a été happé.

"Un calcul écoeurant"

Le photographe a redit qu'il avait voulu alerter le conducteur du métro en actionnant son flash plus de 40 fois. Il a reconnu avoir été payé pour ses photos: "Des gens étaient intéressés". Quant à leur publication, "ce n'est pas ma décision", a-t-il ajouté. Depuis, "chaque fois que je ferme les yeux, je vois l'image de la mort", a-t-il assuré.

Mais le débat sur cette publication, et sur sa moralité, a continué à faire rage mercredi dans les médias et sur les réseaux sociaux.

"Le traitement de cette photo a été poussé par un calcul moral et commercial écoeurant", écrivait ainsi le New York Times.

"Mon problème, c'est avec les responsables de la publication, qui auraient pu utiliser d'autres photos et ont choisi la plus dérangeante", commentait aussi Kenny Irby, l'un des responsables du site spécialisé dans les médias poynter.org.

"Bientôt (...), les tueries seront mémorisées sur des téléphones portables et les caméras de surveillance feront ressortir des horreurs. J'aimerais penser que le droit des gens à savoir sera contrebalancé par le droit des gens à vivre dans un monde où le chaos n'est pas une marchandise", écrivait l'auteur de l'article du New York Times David Carr.

Mais Stephen Mayes, directeur de l'agence de photo VII, estimait à l'inverse que l'"événement s'est produit en public (...): ne pas divulguer la photo aurait été une forme de censure".

Le drame a eu lieu lundi à Manhattan, près de Times square. L'auteur présumé de l'agression, un SDF avec lequel la victime s'était brièvement disputée, a été mis en examen mercredi.

Ce genre d'incident est extrêmement rare dans le métro new-yorkais.