OTTAWA - Les municipalités du Québec demandent au gouvernement fédéral de faire marche arrière avec sa réforme controversée de l'assurance-emploi, sans quoi les régions s'appauvriront inexorablement, selon elles.

Dans les discussions des préfets des MRC réunis en assemblée à Québec cette semaine, la réforme mal aimée a pris toute la place, si bien qu'ils ont décidé de faire front commun sur le dossier.

C'est qu'ils sont nombreux à écouter les inquiétudes des travailleurs craignant être forcés d'accepter un travail mal payé et peu qualifié. Et ils entendent aussi les doléances d'employeurs qui appréhendent maintenant un exode massif de la main-d'oeuvre.

«Ça va provoquer de l'exode et ça va déstructurer l'économie de la région», a déploré Bertrand Berger, préfet de la MRC d'Avignon, en Gaspésie.

«Si on fait exprès de vider la région, c'est certain que ça va avoir un effet sur le tissu social», a-t-il ajouté.

«C'est une attaque inqualifiable à l'occupation des territoires. Les dispositions (de la réforme) malheureusement ne tiennent, en aucun cas, compte des réalités des économies locales», a renchéri le président de la Fédération québécoise des municipalités, Bernard Généreux.

Le gouvernement de Stephen Harper a mis en branle une importante réforme de l'assurance-emploi qui modifie les règles du jeu pour y avoir droit.

Un chômeur devra notamment prouver qu'il est activement à la recherche d'un emploi pour toucher ses prestations. S'il appartient à une certaine catégorie de chômeurs, il devra accepter tout emploi pour lequel il est qualifié dans un rayon de 100 kilomètres de son domicile, et ce, même si le salaire ne représente que 70 pour cent de son salaire antérieur.

Pour les représentants des MRC, il s'agit ni plus ni moins de «discrimination» à l'égard des travailleurs saisonniers, mais également envers les industries qui dépendent largement de la main-d'oeuvre saisonnière.

À leurs yeux, les pêches, la foresterie, l'agriculture et le tourisme seront touchés de plein fouet par les modifications à l'assurance-emploi de la ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences, Diane Finlay.

«On frappe le chômeur au lieu de s'attaquer au chômage. Dans une région comme la nôtre, la foresterie n'a pas été beaucoup privilégiée par le gouvernement fédéral au cours des dernières années», a souligné Roger Lapointe, préfet de la MRC d'Antoine-Labelle, dans les Laurentides.

Le préfet de Témiscamingue, Arnaud Warolin, se désole également de la perte d'expertise liée au départ des travailleurs et de leurs familles. «Ça veut dire que nos employeurs — en forêt, en agriculture ou en tourisme — l'année prochaine vont devoir recommencer à zéro, retrouver des gens et ça va leur apporter une grosse difficulté économique», a-t-il noté.

Au bureau de la ministre Finlay, on s'est fait rassurant, sans toutefois s'engager à revoir la réforme en cours.

«Tous les changements et les exigences seront des mesures raisonnables et élémentaires visant à aider les Canadiens à retourner au travail plus rapidement», a signalé Alyson Queen, directrice des communications de Mme Finlay.

«Nous savons que la situation de chaque personne est différente, et nous tiendrons toujours compte de ce fait», a-t-elle ajouté.

M. Généreux affirme avoir sollicité une rencontre avec la ministre il y deux mois. Sa demande est restée sans réponse.

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  • BUDGET 2012: LES FAITS SAILLANTS

    À la fin de la présente année financière, le déficit s'élèvera à 24,9 milliards $, pour diminuer graduellement afin d'atteindre 1,3 milliard $ en 2014-2015. L'année suivante, le gouvernement prévoit engranger un excédent de 3,4 milliards $. (PC/Sean Kilpatrick)

  • COMPRESSIONS BUDGÉTAIRES

    Le gouvernement réduit de 5,2 milliards $ les dépenses ministérielles, soit 6,9 pour cent de leur budget, avec des départs de 19 200 fonctionnaires à terme, ce qui représente 4,8 pour cent de la fonction publique fédérale.

  • RADIO-CANADA

    Le gouvernement Harper réduit le financement de CBC/Radio-Canada de 115 millions de dollars sur trois ans, soit des compressions de 10 % du budget.

  • LA CENT DISPARAÎT

    La Monnaie royale canadienne cessera de distribuer la pièce d'un cent à compter de l'automne prochain, ce qui permettra des économies annuelles de 11 millions $. (CP photo)

  • LA LOI ET L'ORDRE

    Le ministère fédéral de la Sécurité publique subira une ponction de 179,4 millions $ en 2012-2013. De cette somme, près de la moitié, soit 85,5 millions $, devra être puisée dans le budget des services correctionnels du Canada. En 2014-2015, les économies devront avoir atteint 295,4 millions $ aux services correctionnels du Canada.

  • ENVIRONNEMENT

    Ottawa entend accélérer les processus d'examen environnemental des grands projets. La Table ronde nationale sur l'environnement et l'écologie, une organisation dont le mandat était de trouver des façons de concilier les considérations environnementales et économiques, est abolie.

  • LIBERTÉ 67

    L'âge d'admissibilité aux prestations de la Sécurité de la vieillesse passe de 65 à 67 ans. Il en est de même pour les prestations du Supplément de revenu garanti, dont bénéficient les personnes âgées démunies. La hausse graduelle de l'âge d'admissibilité à ces prestations débutera en avril 2023 et s'étendra jusqu'en janvier 2029.

  • SANTÉ

    Des compressions de 310 millions de dollars d'ici 2014-2015. Santé Canada et l'Agence de santé publique Canada vont fusionner leurs services administratifs. (Alamy photo)

  • RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT

    Le gouvernement annonce une réforme importante de ses programmes d'aide à l'innovation qui se traduira notamment par l'abolition du soutien à la recherche fondamentale et une baisse du crédit d'impôt pour la recherche et le développement.

  • IMMIGRATION

    Le gouvernement compte inciter les entreprises à embaucher des Canadiens avant de recourir aux travailleurs étrangers temporaires. Il veut aussi axer davantage le système d'immigration sur les besoins du marché du travail. (pwenzel on Flickr)

  • AFFAIRES ÉTRANGÈRES

    Le ministère des Affaires étrangères devra vendre certaines résidences, réduire son parc automobile, revoir les allocations de ses employés. Le Canada se retirera de certaines organisations internationales non identifiées jugées non «pertinentes à ses intérêts et priorités». (Amos Ben Gershom/GPO via Getty Images)

  • DÉFENSE

    Le portefeuille de la Défense nationale sera réduit de 326,8 millions $ en 2012-2013 et ultimement de 1,12 milliard $ en 2014-2015. Après la fin de la mission de combat en Afghanistan, la Défense et les Forces armées canadiennes devraient améliorer les processus d'attribution de contrats, rationaliser l'acquisition de matériel de soutien et centraliser la gestion des biens immobiliers, entre autres. Une somme de 5,2 milliards $ en 11 ans sera consacrée au renouvellement de la flotte de la Garde côtière canadienne. (ROMEO GACAD/AFP/Getty Images)

  • KATIMAVIK

    Le programme créé sous Pierre Elliot Trudeau est aboli, <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/03/30/abolition-katimavik-coup-eclat_n_1392454.html" target="_hplink">comme le rapportait le Huffington Post Canada</a>. (CP photo)

  • PÊCHES ET OCÉANS

    Le budget de Pêches et Océans Canada sera réduit de 79,3 million de dollars d'ici 2014-2015, au prix d'une importante restructuration. (AFP/Getty Images)

  • ÉDUCATION AUTOCHTONE

    Une somme de 275 millions $ en trois ans sera consacrée à l'éducation pour les Premières Nations, en plus de 330,8 millions $ en deux ans pour l'amélioration de la qualité de l'eau sur les territoires autochtones. (CP)

  • FONDS DE RETRAITE

    Les fonds de pension des fonctionnaires fédéraux seront modifiés. Le gouvernement propose de rajuster les cotisations des employés de la fonction publique de façon à ce qu'elles en viennent à être égales à celles de l'employeur, soit une proportion de 50-50. Elles ne sont actuellement que de 37 %. Les députés devront aussi faire un effort. Comme les fonctionnaires, ils devront aussi éventuellement débourser 50 % des cotisations à leur fonds de pension, mais le budget ne souffle mot sur de possibles réductions de leurs généreuses prestations, une fois la retraite arrivée. (Alamy photo)