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04/12/2012 05:56 EST | Actualisé 03/02/2013 05:12 EST

Les Palestiniens enragent contre une colonie qui ruine leur espoir d'Etat

Nabil agite son cigarillo pour appuyer son propos: "Ce projet va tuer tout espoir d'un Etat palestinien". A Azarieh, l'annonce de la construction de logements dans la colonie israélienne voisine de Maalé Adoumim est tombée comme une condamnation.

Gros bourg de Jérusalem-Est perché sur une colline, Azarieh fait peine à voir. Sur la route principale, des ordures se consument dans une benne, les chiens errants scrutent le passant, les ateliers de mécanique disputent le pavé aux magasins de meubles bon marché.

Azarieh, qui tire son nom de Lazare, ressuscité par Jésus à cet endroit selon la tradition chrétienne, se termine en contrebas sur un barrage israélien: l'entrée de la colonie de Maalé Adoumim, 36.000 habitants. Avec son centre commercial, ses maisonnettes proprettes et ses restaurants, la colonie a des airs de ville de province.

Seulement, Maalé Adoumim est isolée. Jérusalem-Est, occupée et annexée depuis 1967, est à dix kilomètres. Entre les deux s'étend la zone dite E1, en Cisjordanie.

En réaction à l'accession de la Palestine au statut d'Etat observateur à l'ONU, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annoncé une relance de la construction dans les colonies, qui comprend E1, projet gelé en 2005 sous les pressions américaines.

Le projet relierait des quartiers de colonisation de Jérusalem-Est à Maalé Adoumim et créerait une "continuité territoriale" du point de vue israélien.

Mais il couperait du même coup la Cisjordanie en deux, d'est en ouest. Pis, s'insurge Nabil, vendeur de composants électriques, il tuerait "tout espoir d'un Etat palestinien. Notre ville serait coupée du monde".

De l'autre côté de la route, Alaa vend des jeux vidéo de contrefaçon et des housses de protection de portables. Sur sa vitrine, il a collé une affiche qui proclame "Un seul peuple. Solidarité avec Gaza", en réaction à l'opération israélienne "Pilier de défense" dans l'enclave palestinienne le mois dernier.

"Pour l'instant, nous avons Gaza et la Cisjordanie. Mais avec ce projet, nous aurons trois entités: Gaza, la Cisjordanie du Sud et la Cisjordanie du Nord", martèle-t-il.

A l'heure actuelle, E1 --pour Est 1-- n'est qu'une bande de terre sèche et quasi désertique, à flanc de colline. Le vent y fait frétiller quelques résineux. Au sommet, des bédouins ont dressé un campement inaccessible par la route.

Urbaniser E1 serait "fatal" à la viabilité d'un Etat palestinien à côté d'Israël, tonne Daniel Seidemann, directeur de Terrestrial Jerusalem, une ONG qui surveille la colonisation israélienne à Jérusalem-Est. "La Cisjordanie serait divisée en deux et la solution à deux Etats serait impossible".

Apparemment nullement impressionné par les "pressions internationales", Benjamin Netanyahu a fait savoir qu'il n'avait pas l'intention de revenir sur sa décision.

Le chef du gouvernement israélien peut compter sur le soutien des colons de Maalé Adoumim, à environ un mois et demi d'élections législatives anticipées.

Au centre commercial de la colonie, Yaïr ne s'embarrasse pas de précautions. "C'est important de construire. Ici, nous sommes en Israël. Cette terre n'appartient pas aux Arabes", assène-t-il.

"Nous avons besoin d'être reliés à Jérusalem", renchérit Esti, qui travaille dans une joaillerie de Maalé Adoumim. Et peu importent les remontrances de la France ou de la Grande-Bretagne. "De toute manière, les Français ne nous ont jamais aimés", lâche-t-elle.

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