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La Banque du Canada laisse maintient son taux d'intérêt directeur à un pour cent

04/12/2012 09:12 EST | Actualisé 03/02/2013 05:12 EST

OTTAWA - La Banque du Canada tient mordicus à l'idée voulant que l'économie s'apprête à effectuer un retour en force et qu'une hausse des taux d'intérêt devra éventuellement être opérée.

La banque centrale n'a cependant pas causé de surprise lors de son annonce de mardi matin et a maintenu son taux d'intérêt directeur inchangé à un pour cent pour une 18e fois consécutive.

Et tout en admettant que les conditions sont plus faibles que prévu, le gouverneur de la banque, Mark Carney, en a profité pour répéter que les taux étaient vraisemblablement plus susceptibles de grimper dans l'avenir que de reculer, où même que de rester immobile.

«Même si le rythme sous-jacent de l’économie semble légèrement plus faible qu’anticipé précédemment, on s’attend à ce que la croissance s’accélère au cours de 2013», a affirmé l'institution dans un communiqué.

«Au fil du temps, une réduction modeste de la détente monétaire sera probablement nécessaire, de façon à atteindre la cible d’inflation de deux pour cent.»

Selon la banque centrale, les problèmes responsables du taux de croissance décevant de 0,6 pour cent du troisième trimestre — et vraisemblablement la piètre performance attendue pour le quatrième trimestre — ne sont que temporaires. La faiblesse est partiellement attribuable aux fermetures temporaires du secteur pétrolier et à l'incertitude persistante au sujet des négociations entourant le «précipice fiscal» aux États-Unis.

Le soi-disant précipice fiscal est en fait une série de hausses d'impôts et de réductions de dépenses qui entreront automatiquement en vigueur au début de janvier à moins que les deux grands partis américains n'arrivent à s'entendre sur un plan budgétaire alternatif. La plupart des observateurs jugent que l'entrée en vigueur de ces mesures ferait retomber l'économie américaine en récession.

L'économiste en chef adjoint de la Banque de Montréal (TSX:BMO), Doug Porter, a noté que les prévisions de M. Carney étaient peut-être justes, mais que le gouverneur pourrait aussi devoir rafraîchir radicalement ses perspectives si jamais les négociations dans la capitale américaine devaient échouer.

«Je pense que la banque demeure prudente face à une relance de l'économie canadienne, a dit M. Porter. On pourrait voir les républicains et les démocrates se serrer la main et assister à une reprise boursière spectaculaire, et l'économie pourrait débuter 2013 en lion. À l'inverse, on pourrait aussi assister à un genre de catastrophe.»

En gardant sa préférence pour une hausse des taux — même alors que l'économie ralentit — M. Carney peut continuer à rappeler aux consommateurs que la période des très faibles taux d'intérêt ne sera pas éternelle.

Même si la banque estime toujours que la plupart des risques encourus par l'économie canadienne proviennent de l'étranger — l'Europe et les États-Unis en particulier — M. Carney a aussi jugé que la surchauffe du marché immobilier au pays et le niveau élevé d'endettement des ménages représentaient des défis.

En effet, le gouverneur a surpris en disant croire que le récent refroidissement du marché de l'habitation au Canada, ainsi que le ralentissement de l'accumulation du crédit, ne représentaient pas nécessairement un changement fondamental. Il s'est dit toujours inquiet du risque baissier associé à une longue période de taux d'intérêt particulièrement faibles.

Lundi, le ministre fédéral des Finances Jim Flaherty s'était réjoui des signes de modération du marché immobilier et du fait que les Canadiens commencent à rembourser leurs dettes, des changements qu'il attribuait en partie à sa décision de resserrer les règles des emprunts hypothécaires en juillet.

Mais M. Carney a été beaucoup plus prudent mardi. «Il est trop tôt (...) pour déterminer si la modération de l’activité dans le secteur du logement et de la croissance du crédit sera soutenue», peut-on lire dans le communiqué de la Banque du Canada.

Même si la banque centrale semble attendre de voir si la tendance à la baisse se maintiendra, l'économiste Derek Holt, de la Banque Scotia, croit que M. Carney aura toutes les preuves qu'il veut d'ici le printemps ou l'été, lorsque la correction du marché immobilier «commencera à faire un important plongeon dans les ventes de nouveaux condominiums». Mais celui lui posera toutefois un autre problème.

«Lorsque le secteur de l'habitation dirigera le ralentissement, je ne crois pas que les consommateurs stimuleront la croissance autant que la Banque du Canada semble le souhaiter», a-t-il indiqué.

Autrement, les changements ont été rares au cours du dernier mois, a indiqué la banque centrale. L'Europe est toujours en récession, les États-Unis se remettent lentement sur pied et la croissance chinoise semble se stabiliser. Les prix des matières premières sont demeurés stables malgré tout, ce qui profite aux échanges commerciaux du Canada.

Le taux directeur de la banque centrale est stable à un pour cent depuis septembre 2010. Il s'agit de la plus longue période de stabilité pour les taux depuis les années 1950.

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