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04/12/2012 05:27 EST | Actualisé 03/02/2013 05:12 EST

Des milliers d'Égyptiens manifestent devant le palais présidentiel du Caire

LE CAIRE, Égypte - Une manifestation rassemblant au moins 100 000 personnes à l'extérieur du palais présidentiel du Caire a dégénéré mardi, alors que les tensions s'accroissent en Égypte après l'élargissement des pouvoirs du président Mohamed Morsi et l'adoption à la hâte d'un projet de Constitution par ses alliés islamistes.

D'importantes foules étaient toujours rassemblées dans la capitale et à Alexandrie plusieures heures après le coucher du soleil mardi soir. Cette importante participation laisse croire que l'opposition réussit à maintenir la mobilisation populaire, après un rassemblement d'au moins 200 000 personnes la semaine dernière sur la place Tahrir. Les manifestants demandent au président d'abandonner les décrets qui le placent au-dessus de toute supervision judiciaire.

Dans une brève flambée de violence, des policiers ont tiré des gaz lacrymogènes pour empêcher des manifestants d'approcher du palais présidentiel, dans le quartier d'Héliopolis. Le président se trouvait dans le bâtiment quand les manifestants se sont rassemblés à l'extérieur. Mais il est sorti par une porte arrière «quand la foule a grossi», selon un responsable de la présidence, qui a réclamé l'anonymat.

Ce responsable a déclaré que M. Morsi avait quitté les lieux à la demande du service de sécurité du palais présidentiel, pour éviter de «possibles dangers» et pour calmer les manifestants. Le porte-parole du président a cependant déclaré que M. Morsi avait quitté le palais à la fin de sa journée de travail en passant par la porte qu'il utilise habituellement.

L'affrontement a éclaté quand des manifestants ont renversé une barricade de fils barbelés érigée à plusieurs centaines de mètres des murs du palais présidentiel. Les policiers ont tiré des gaz lacrymogènes, avant de se retirer. Les barricades étant tombées, les manifestants se sont approchés du bâtiment, et la police a apparemment choisi de ne pas tenter de repousser la foule.

Peu après, la police a abandonné les barricades qui restaient, permettant aux manifestants de se rapprocher davantage du bâtiment. Mais personne n'a tenté d'entrer de force dans le palais présidentiel, protégé à l'intérieur par la Garde républicaine.

L'incident a fait au moins 18 blessés, selon l'agence de presse officielle MENA.

Les manifestants ont aussi attaqué deux véhicules blindés de la police, sur lesquels ils sont montés en brandissant le drapeau national et en scandant des slogans contre le président Morsi.

Il y avait au moins 100 000 manifestants autour du palais présidentiel. Des milliers d'autres étaient rassemblées dans les rues environnantes.

Plusieurs manifestants scandaient «Le peuple veut la chute du régime» et «Erhal! Erhal!», ce qui signifie «Pars! Pars!», deux slogans qui ont marqué le Printemps arabe de 2011 en Égypte et ailleurs dans le monde arabe.

À Alexandrie, environ 10 000 opposants à Mohamed Morsi se sont rassemblés dans le centre-ville. Ils ont scandé des slogans contre le président et les Frères musulmans dont il est issu.

La manifestation avait été qualifiée de «dernier avertissement» par ses organisateurs, face à la colère soulevée par le projet de Constitution et les amendements constitutionnels du président qui lui accordent des pouvoirs quasi absolus. Mohamed Morsi a convoqué un référendum national sur le projet de Constitution le 15 décembre.

Il s'agit de la plus grave crise politique en Égypte depuis le renversement du président Hosni Moubarak, en février 2011. La crise oppose deux camps: le président Morsi, les Frères musulmans et leurs alliés salafistes, d'une part, et les groupes de jeunes, les militants progressistes et une grande partie de la population, d'autre part.

Des dizaines de milliers de personnes se sont aussi rassemblées mardi sur la place Tahrir, à plusieurs kilomètres du palais présidentiel, où elles ont rejoint des centaines de manifestants qui campent sur la place depuis près de deux semaines.

D'autres grandes manifestations ont également été organisées ailleurs au Caire. Des opposants à Mohamed Morsi ont par ailleurs organisé une petite manifestation à Assiout, un bastion islamiste, ainsi qu'à Mahallah et à Suez.

«La liberté ou la mort!», ont scandé plusieurs centaines de personnes réunies devant une mosquée du quartier Abbasiyah, au Caire. «Mohamed Morsi? Illégitime! Frères musulmans? Illégitimes!», ont-ils aussi crié.

«C'est la dernière mise en garde avant que nous n'assiégions le palais présidentiel», a déclaré un manifestant, Mahmoud Hachim, un étudiant de 21 ans venu de Suez. «Nous voulons que les décrets présidentiels soient annulés.»

Mohamed Morsi ne semble pas prêt à faire des compromis. Selon un communiqué de son cabinet, le président a rencontré mardi le vice-président, le premier ministre et plusieurs membres importants du gouvernement pour évoquer les préparatifs du référendum sur la Constitution. Le communiqué laissait entendre que les travaux se déroulaient normalement au palais présidentiel, malgré la présence de milliers de manifestants à l'extérieur.

Au moins huit journaux influents ont suspendu leur publication mardi en signe de protestation. De nombreux journalistes considèrent le projet constitutionnel comme une menace pour la liberté d'expression. Les chaînes de télévision privées entendent organiser leur propre grève mercredi et n'émettront aucun programme durant toute la journée.

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