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Les violences de Siliana expression de la cocotte minute sociale en Tunisie

03/12/2012 08:36 EST | Actualisé 02/02/2013 05:12 EST

Cinq jours d'émeutes dans la ville tunisienne de Siliana ont mis en lumière les espoirs déçus de la révolution de 2011, en train de se transformer en une poudrière sociale difficile à désamorcer par les islamistes au pouvoir.

Le président tunisien Moncef Marzouki a tiré vendredi soir la sonnette d'alarme dans un discours à la nation.

"Nous n'avons pas une seule Siliana (...) j'ai peur que cela se reproduise dans plusieurs régions et que cela menace l'avenir de la révolution" à la veille de son deuxième anniversaire, a-t-il dit.

Pire encore, le chef de l'Etat estime que la Tunisie tout entière est désormais au carrefour entre "le chemin de la perdition et celui du salut".

Depuis l'été, chaque semaine apporte son lot de grèves, de manifestations, parfois violentes, et de débrayages sauvages, touchant aussi bien l'industrie, les services publics que les transports ou le commerce.

Et comme à l'époque de la révolution, c'est dans les régions de l'intérieur, marginalisées économiquement depuis des décennies par rapport à la côte, que se cristallisent les conflits.

Car si l'arbitraire du régime de l'ancien président Zine El Abidine Ben Ali a été un facteur de la révolte, c'est avant tout la misère et le chômage, en particulier des jeunes, qui a motivé les foules.

"La situation était catastrophique sous Ben Ali, et maintenant c'est pire", estime Salem Ayari, qui dirige l'Union des diplômés chômeurs, rejetant les chiffres du gouvernement qui parlent de 60.000 à 100.000 emplois créés cette année.

Selon lui, le gouvernement sous-estime le chômage qui s'établit officiellement autour de 18% de la population active, soit quelque 700.000 personnes sans emplois.

"Ces chiffres sont faux et visent à induire la population en erreur pour des raisons électoralistes. (Ces données) sont impossibles car le secteur privé est sinistré par les conséquences (sécuritaires) de la révolution et la crise de la zone euro", poursuit M. Ayari.

A regarder les statistiques de près, certaines régions ont connu une croissance importante de l'investissement et de l'emploi. Mais d'autres se sont enfoncées dans la crise, et bien souvent il s'agit de celles qui étaient déjà déshéritées.

Ainsi, le ministère de l'Industrie relève qu'à Sidi Bouzid, le berceau de la révolution, les investissement ont baissé sur les dix premiers mois de 2012, par rapport à la même période l'année d'avant, de 30% et les offres d'emplois de 22%.

Dans celle de Siliana, au sud-ouest de Tunis où des violences ont fait 300 blessés la semaine dernière, le tableau est plus sombre encore: avec respectivement une chute de 44,5% pour les investissements, et de 66,3% pour les emplois.

"Comment investir? On n'a aucune idée de ce qui va se passer demain. Ce gouvernement est incapable de sortir du cercle vicieux: grève - manifestation - répression - contestation", résume un homme d'affaires français, préférant garder l'anonymat car il dépend de l'attribution de marchés publics.

Le climat économico-social est aussi alourdi par les conflits acerbes opposant les islamistes d'Ennahda et leurs détracteurs, bloquant l'adoption de la nouvelle Constitution et la voie vers des élections indispensables pour clarifier le jeu politique.

En attendant, à chaque flambée de violences, Ennahda et l'opposition accusent l'autre d'oeuvrer en faveur des forces "contre-révolutionnaires".

Et à en croire un récent sondage de l'institut 3C Etudes, aucun camp n'y gagne: 54% des Tunisiens ont une opinion défavorable de leur gouvernement et l'impopularité de l'opposition atteint 58%.

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