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02/12/2012 09:54 EST | Actualisé 01/02/2013 05:12 EST

Égypte: la Cour suprême constitutionnelle entre en grève illimitée

LE CAIRE, Égypte - La plus haute cour d'Égypte s'est jointe dimanche à une rébellion judiciaire contre le président Mohammed Morsi en déclenchant une grève illimitée le jour même où elle devait trancher la question de la légitimité de deux assemblées importantes contrôlées par des alliés du leader islamiste.

La grève de la Cour suprême constitutionnelle et les plans de l'opposition consistant à marcher vers le palais présidentiel mardi font replonger le pays dans un climat de crise pratiquement jamais vu depuis la fin de la révolte ayant provoqué la chute de Hosni Moubarak il y a près de deux ans.

Des juges de la plus haute cour d'appel de l'Égypte et d'un tribunal inférieur se trouvaient déjà en grève illimitée, rejoignant des collègues d'autres cours qui ont suspendu leurs travaux la semaine dernière pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme une attaque du président contre le pouvoir judiciaire.

La dernière grève générale du pouvoir judiciaire égyptien remonte à 1919, lorsque les magistrats avaient pris part à une révolte contre le pouvoir britannique.

L'affrontement actuel a débuté lorsque M. Morsi a émis le 22 novembre des décrets lui donnant des pouvoirs quasiment infinis, assurant entre autres l'immunité juridique à l'assemblée responsable de rédiger la nouvelle constitution, qui est dominée par les islamistes, et à lui-même.

Cette assemblée a alors tenu une session spéciale afin de voter sur les 236 clauses du nouveau texte national sans la participation des membres libéraux et chrétiens. Cela lui a permis de devancer une décision de la Cour suprême constitutionnelle qui aurait probablement dissous l'assemblée constituante.

Les juges ont suspendu leur décision dans cette affaire dimanche, tout juste avant de débrayer.

Selon Negad Borai, directeur d'une firme d'avocats et militant pour la défense des droits de la personne, l'absence de système judiciaire et la concentration des pouvoirs entre les mains du président est typique d'un climat dictatorial.

Le Club des juges, un syndicat fort de 9500 membres, a précisé dimanche soir que les magistrats ne superviseraient pas, contrairement à leur habitude, le référendum national prévu par Mohammed Morsi le 15 décembre sur le projet de constitution adopté en quatrième vitesse la semaine dernière.

Les juges ont indiqué que la grève se poursuivrait jusqu'à ce que le président annule ses décrets controversés. Ce dernier a pourtant affirmé qu'ils étaient temporaires et nécessaires pour protéger la transition du pays vers la démocratie.

Les partisans de M. Morsi, qui sont issus du mouvement islamiste fondamentaliste des Frères musulmans, ont accusé les magistrats d'être demeurés loyaux à Moubarak et de tenter de faire dérailler les efforts de l'Égypte pour cheminer vers un régime pleinement démocratique.

En plus du jugement sur la légitimité du groupe chargé d'écrire la constitution, la Cour suprême constitutionnelle devait également se prononcer le sort de la Chambre haute du Parlement, un autre organe décisionnel où les fidèles du président Morsi sont majoritaires.

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