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01/12/2012 06:23 EST | Actualisé 31/01/2013 05:12 EST

Tunisie: la crise de Siliana se poursuit, des heurts dans d'autres villes

Siliana se préparait samedi à une nouvelle manifestation après quatre jours de troubles alors que des heurts ont eu lieu dans d'autres localités de Tunisie, le gouvernement peinant à stabiliser le pays, deux ans après la première révolution du Printemps arabe.

Signe des tensions croissantes, des heurts ont eu lieu dans la nuit de vendredi à samedi entre des manifestants disant soutenir les habitants de Siliana et des policiers au Kef (nord-ouest) et à Sbeïtla (centre-ouest, région de Kasserine), selon des médias locaux et des témoins interrogés par l'AFP.

Ces villes, respectivement situées à 70 km à l'ouest et à 120 km au sud de Siliana, sont considérées comme de points de tensions importants. Elles sont situées dans l'intérieur de la Tunisie, des régions déshéritées où les manifestations avaient été violentes lors de la révolution de 2011.

A Siliana (120 km au sud-ouest de Tunis), des échauffourées ont aussi eu lieu dans la nuit. L'armée s'est retirée de la ville, à la demande de la police, selon des sources interrogées par l'AFP.

Les habitants avaient pourtant accueilli favorablement vendredi soir la venue des militaires et prévoient désormais une nouvelle manifestation pour réclamer à nouveau le retrait des forces de l'ordre, la démission du gouverneur et des aides économiques à la région.

"L'armée a proposé de venir et assurer la sécurité pendant quelques jours, mais le ministère de l'Intérieur a refusé", a expliqué un policier à l'AFP, des propos confirmés par deux de ses collègues.

"Il faut que le gouverneur démissionne, c'est le seul moyen de rétablir le calme", a-t-il ajouté, alors que les violences ont fait quelque 300 blessés à Siliana depuis mardi.

Le gouvernement, dirigé par les islamistes du parti Ennahda, a exclu de céder à la pression de la rue. Des négociations sont néanmoins prévues samedi à Tunis avec la principale centrale syndicale du pays, l'UGTT, pour essayer de sortir de la crise.

Face à ces tensions, le président Moncef Marzouki a appelé vendredi soir à la formation d'un gouvernement restreint à même de stabiliser le pays, le cabinet actuel se montrant incapable de répondre aux attentes de la population, selon lui.

Le ministre des Droits de l'Homme et porte-parole du gouvernement, Samir Dilou, a jugé ces déclarations "dangereuses" tout en indiquant que la proposition sera examinée.

Le discours du président "comporte plusieurs points importants et dangereux qui seront discutés au sein du gouvernement dans les prochaines heures", a-t-il dit, selon l'agence officielle TAP

Le chef de l'Etat, un laïc allié aux islamistes, n'a pas le pouvoir de remanier le gouvernement, mais il a indiqué avoir "peur" que les violences de Siliana, fondées sur l'exaspération de la population face à la misère et au chômage, ne contaminent d'autres régions.

Ces questions étaient au coeur de la révolution de fin 2010 - début 2011, or l'économie tunisienne, minée par l'insécurité et la crise de la zone euro, son principal partenaire commercial, peine à se rétablir.

Ces troubles interviennent aussi à l'approche du deuxième anniversaire, le 17 décembre, du début de la révolution, déclenchée par l'immolation d'un vendeur ambulant de Sidi Bouzid excédé par la pauvreté et le harcèlement des policiers, donnant le coup d'envoi du Printemps arabe.

Outre les manifestations sociales, les attaques menées par des groupuscules salafistes se sont multipliées ces derniers mois en Tunisie. Parallèlement, le pays est plongé dans une impasse politique, sans aucun compromis en vue sur la future Constitution.

kl-alf/feb

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