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01/12/2012 07:35 EST | Actualisé 31/01/2013 05:12 EST

Syrie: Abou Omar, héros rebelle au missile SA-16

Pour la postérité, il est celui qui aura peut-être changé le cours de la guerre en Syrie. Selon ses compagnons d'armes, Moussa Abou Omar est le tireur qui a abattu en 24 heures deux aéronefs de l'armée avec un missile sol-air SA-16.

Ce combattant du bataillon Ahrar Darret Ezza (Les Hommes libres de Darret Ezza) de l'Armée syrienne libre (ASL) a raconté à l'AFP comment il avait abattu un hélicoptère puis un MIG-23 près de Cheikh Souleimane, garnison gouvernementale assiégée par les rebelles.

"Nous étions informés de l'arrivée mardi d'un hélicoptère sur la base Cheikh Souleimane", explique Abou Omar --c'est un nom de guerre-- à un journaliste de l'AFP à Darret Ezza (30 km au nord-ouest d'Alep).

De nombreuses sources rebelles dans la zone ont confirmé son témoignage, dont le chef de son bataillon, Abou Abderrahmane, l'un des trois principaux chefs de guerre de Darret Ezza.

"Selon nos renseignements, l'hélicoptère venait ravitailler la base, et ramener vers Alep des généraux et des officiers supérieurs. Nous étions placés en embuscade. J'ai tiré quand l'appareil a redécollé de la base", se souvient-il.

"Nous savions que le régime chercherait à se venger le lendemain (mercredi) en envoyant ses avions bombarder la zone. Nous avons monté une nouvelle embuscade", poursuit le rebelle de 27 ans, le visage ceint d'un épais collier de barbe brune.

Le chasseur-bombardier "MIG-23 est arrivé vers 10H00, il était seul" dans un ciel bleu totalement dégagé ce jour-là. "Il a fait un premier passage pour larguer ses bombes, endommageant cinq maisons. J'ai tiré alors que l'avion entamait sa remontée, et je l'ai eu".

Les deux appareils ont été descendus avec un missile sol-air SA-16 Gimlet, de fabrication soviétique, précise Abou Omar, photo à l'appui.

Sur ce cliché pris selon lui mercredi matin peu avant le tir contre le supersonique, le rebelle pose, lunettes noires sur le nez et un SA-16 à l'épaule.

Abou Omar explique que les deux missiles utilisés ont été récupérés il y a deux semaines lors de la capture par les insurgés de la Base 46, autre caserne de l'armée dans le nord-ouest syrien.

"Imposer nous-mêmes la zone d'exclusion aérienne"

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"Nous en avons assez aujourd'hui pour abattre tous les avions de l'armée syrienne", affirme-t-il. "Désormais nous sommes prêts, 24H/24. Nous allons imposer nous-même la zone d'exclusion aérienne, et sans aucune aide des pays étrangers".

De fait, plus aucun aéronef, hélicoptère ou chasseur-bombardier, n'a depuis lors survolé ou bombardé Cheikh Souleimane et sa région.

De nombreuses sources rebelles ont annoncé que des missiles sol-air avaient été récupérés dans l'arsenal de la base.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), les rebelles ont en outre reçu des missiles anti-aériens de l'étranger. Le Washington Post, citant des responsables du renseignement, a rapporté que les insurgés disposaient de 40 missiles sol-air, récemment livrés par le Qatar.

Le SA-16 Gimlet développé dans les années 1980 a une portée de 5.000 mètres et est efficace jusqu'à 3.500 mètres d'altitude. Il est tiré à l'épaule par un seul homme, avec un guidage infra-rouge et optronique.

D'autres tireurs rebelles sont en train d'être formés à son maniement, assure Abou Omar, qui lui-même a été militaire dans une unité de défense anti-aérienne.

"La zone exacte de déploiement des missiles est secrète, même moi je l'ignore", dit cet ancien étudiant en géographie que ces frères d'armes considèrent d'ores-et-déjà comme un héros.

"Ce que je peux vous dire, c'est que ces missiles sont en sécurité, sous le contrôle de l'ASL", insiste-t-il.

"Les Occidentaux n'ont aucune inquiétude à avoir sur le fait qu'ils puissent tomber entre de mauvaises mains. Aucun autre groupe ne pourra les acheter ou s'en emparer par la force", assure Abou Omar.

Au moins sept groupes rebelles, dont des islamistes, ont mené le siège de la Base 46 et sont donc susceptibles d'avoir récupéré ces redoutables engins. Plusieurs de ces groupes, qui comptent des combattants étrangers, assiègent aujourd'hui Cheikh Souleimane.

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