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01/12/2012 03:19 EST | Actualisé 30/01/2013 05:12 EST

Les Chinois séropositifs victimes de discrimination dans les hôpitaux

Wang Pinghe veut se faire opérer d'une tumeur au foie avant de risquer d'en mourir, mais ce villageois de 28 ans sait qu'il aura du mal à trouver un hôpital pour l'opérer, puisqu'il est porteur du VIH.

En Chine, de nombreux établissements rejettent les patients séropositifs par crainte d'une contamination ou de ternir leur réputation. Après avoir nié le problème pendant des années, la Chine a amélioré la prise en charge des séropositifs, mais des réticences persistent.

« Dans ma ville, aucun hôpital ne veut opérer des personnes contaminées par le VIH', explique Wang Pinghe, qui a quitté son village du comté de Runan, dans la province du Henan, pour se rendre à Pékin afin d'attirer l'attention sur ce problème en l'évoquant auprès de la presse internationale. « Ce n'est pas la discrimination d'une seule personne, mais d'un pays dans son ensemble', a-t-il déclaré à l'Associated Press.

Malgré certains progrès, les malades du sida restent stigmatisés en Chine: de façon tout à fait officieuse, l'accès à la fonction publique, par exemple, leur est refusé. Mais de plus en plus de voix s'élèvent pour protester contre ces discriminations.

Un homme est récemment allé jusqu'à falsifier son dossier médical pour dissimuler sa maladie afin de pouvoir être opéré d'un cancer du poumon. Le patient, qui s'est présenté sous le pseudonyme de Xiaofeng, a expliqué aux médias chinois qu'il avait été renvoyé chez lui par deux hôpitaux. Son histoire a suscité de vives critiques, non seulement à l'encontre des deux établissements, mais également contre lui. Il s'est en effet vu reprocher d'avoir exposé le personnel médical à des risques dont ils n'étaient pas informés.

Le futur premier ministre chinois, Li Keqiang, a été contraint de diffuser un communiqué rappelant que les établissements de santé ne doivent pas faire preuve de discrimination à l'encontre des patients séropositifs. Lors d'une réunion lundi avec une dizaine d'associations militantes, il a affirmé que ces abus devaient être réprimées, selon Li Hu, un militant.

Cas nombreux

S'il est interdit en Chine de refuser des soins aux séropositifs, les associations affirment que la discrimination se poursuit, car les sanctions sont minimes. Et de nombreux patients n'ont ni le temps ni les moyens de poursuivre les hôpitaux en justice. Au cours d'entretiens avec des patients, leurs proches et des militants, l'Associated Press a mis au jour une demi-douzaine de cas de discrimination, avec des médecins ayant refusé de les traiter dès la découverte de la maladie.

Dans la province du Henan, un hôpital a refusé d'opérer la femme d'un cultivateur de céréales qui souffrait d'un cancer de l'utérus. Zhu Weidong a raconté qu'il avait dû emmener sa femme, âgée de 45 ans, jusqu'à la capitale provinciale. Entre le voyage et d'autres dépenses, la procédure leur a coûté 40 000 yuans (6500 $ US), une somme qu'ils ont dû emprunter à leurs proches.

Un jeune fonctionnaire de 31 ans de Chongqing, dans le centre du pays, a raconté de façon anonyme que son médecin lui avait conseillé une biopsie du foie, avant de refuser de la pratiquer lui-même lorsque des analyses avaient révélé sa séropositivité. Il a dû patienter un an avant de pouvoir bénéficier à Shanghaï d'un tel examen, qui a révélé que son foie avait perdu la moitié de ses fonctions.

Selon l'Alliance chinoise des personnes vivant avec le VIH, une étude a montré l'an dernier que des cliniques avaient refusé de soigner plusieurs dizaines de patients. Certains en sont morts.


Associated Press

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