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30/11/2012 08:34 EST | Actualisé 30/01/2013 05:12 EST

Après le vote sur la Palestine, le Canada rappelle à Ottawa des diplomates

OTTAWA - Le gouvernement Harper est allé trop loin en rappelant ses diplomates à l'ONU et ceux basés en Israël et en Palestine, ont dénoncé les partis d'opposition.

Il ternit de plus la réputation du Canada sur la scène internationale, ont-ils scandé à Ottawa vendredi.

La cause de leur ire? Le rappel temporaire à Ottawa des chefs de mission canadiens en Israël et à Ramallah, de même que ses représentants permanents à l’ONU à New York et à Genève, effectué par le ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird, en réaction au vote tenu jeudi à l’Assemblée générale des Nations unies.

La très grande majorité des pays de l'organisation internationale avaient alors voté en faveur d'accorder à la Palestine un statut d'«État observateur non-membre». La majorité, mais pas le Canada ni les États-Unis, qui sont de solides alliés d'Israël.

M. Baird a dit maintenant vouloir évaluer les répercussions du vote.

«Le Canada est profondément déçu mais non surpris du résultat du vote tenu hier à l’Assemblée générale des Nations unies, a dit le ministre par voie de communiqué.

«La position de notre gouvernement est claire: seule la négociation mènera à une paix juste et durable, et non les mesures unilatérales», a-t-il réitéré.

Dans une entrevue accordée à la télévision anglaise de Radio-Canada, M. Baird a dit vouloir consulter les diplomates qui sont au coeur de l'action.

«Je veux essayer de comprendre dans quelle direction aller maintenant», a-t-il confié.

Aussitôt faits, aussitôt dénoncés: le Nouveau Parti démocratique (NPD) s'est opposé aux choix du gouvernement Harper.

«Je crois que plusieurs pourraient dire qu'ils sont allés trop loin et je serais l'un d'entre eux», a affirmé le porte-parole néo-démocrate en matière d'Affaires étrangères, Paul Dewar.

«Ce n'est pas la façon de faire de la diplomatie et franchement, au bout du compte, cela va nous coûter notre réputation», a martelé M. Dewar.

Il a rappelé la réputation du Canada qui était celle d'un constructeur de ponts entre les nations et d'un arbitre pacifique.

«Les gens venaient à nous pour que l'on règle un problème. Nous ne serons plus considérés comme étant capable de résoudre un problème car nous serons vus comme étant biaisés», a-t-il expliqué.

Le chef intérimaire du Parti libéral, Bob Bae, n'a pas été plus tendre.

«Malavisé et un manque de vision évident» sont les mots qu'il a choisi pour dénoncer les gestes du gouvernement Harper.

«Couper les liens diplomatiques avec l'Autorité palestinienne ou couper l'aide pour une meilleure gouvernance et administration en Cisjordanie est complètement contre-productif», a-t-il écrit sur son compte twitter.

Le rappel des diplomates est une réaction complètement exagérée, tranche pour sa part le député André Bellavance du Bloc québécois.

«De jeter de l'huile sur le feu c'est vraiment pas, il me semble, le rôle du diplomate-en-chef du Canada qui est John Baird. Et plus ça va, pire c'est». M. Baird prend des positions radicales, ajoute-t-il.

Sans remettre en question le vote canadien, le ministre québécois des Relations internationales, Jean-François Lisée, a enjoint le Canada à reconnaître le résultat et à maintenir son aide à l'Autorité palestinienne.

«Il faut prendre acte et ne pas punir l'Autorité palestinienne pour avoir joué le jeu de la diplomatie internationale, a-t-il dit. L'aide canadienne contribue à la paix et à la sécurité.»

Le Canada réévaluera maintenant tous les aspects de ses relations bilatérales avec l’Autorité palestinienne, a précisé M. Baird dans son communiqué.

Selon lui, la décision de l'Assemblée générale des Nations unies constitue un obstacle à la paix.

Il exhorte de nouveau l'Autorité palestinienne et Israël à reprendre les négociations sans conditions préalables, pour le bien de leurs populations.

Le Canada compte parmi la poignée de pays qui ont voté contre la résolution, qui a été adoptée à 138 votes contre 9 avec 41 abstentions.

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