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29/11/2012 10:55 EST | Actualisé 29/01/2013 05:12 EST

Un mois après l'ouragan Sandy, des blessures toujours béantes

Sur la plage, des maisons éventrées, pliées en deux, et des étiquettes rouges : "Ne pas entrer. Dangereux". Sur les trottoirs, des piles de meubles et débris détrempés.

Un mois après l'ouragan Sandy, le quartier des Rockaways à New York n'est toujours pas revenu de l'enfer du 29 octobre.

Dans cette langue de terre au bord de l'Océan, non loin de l'aéroport JF Kennedy, la vie a repris lentement, très lentement.

L'électricité est revenue mais pas partout. La solidarité s'est organisée, mais l'heure est encore au nettoyage et à la démolition. Et pour des milliers de personnes, à la survie au jour le jour.

Garry Hamilton, la cinquantaine, s'affaire à arracher le sol de sa maison dans la rue Beach 69. Quand l'océan a déferlé, il a inondé sous-sol et 1er étage, jusqu'à un mètre de haut. "Nous avons presque tout perdu" dit-il. Et toujours pas d'électricité, faute de passage d'un électricien certifié, pas de chauffage et pas d'eau chaude. "C'est invivable". Il n'y dort pas, mais y travaille le plus possible, chauffant un peu parfois le soir avec un générateur.

Combien de temps lui faudra-t-il pour réparer ? "Peut-être six mois", estime-t-il philosophe. Mais cela fait 38 ans qu'il habite les Rockaways. Et il est heureux car "vivant". "C'est joli ici, vous devriez venir en été".

"On nous a promis beaucoup d'aide", ajoute-t-il. "Mais on verra ce qu'on aura".

Dans la maison voisine, quatre jeunes missionnaires mormons entassent des gravats dans la rue. Ils sont en train d'abattre les cloisons d'un sous sous-sol complètement détrempé. Dans la cour, un invraissembable bric à brac à jeter, qui était il y a un mois encore la vie d'une famille.

"Depuis Sandy, je n'ai pas arrêté", confie l'un d'eux, Steven Bush. "Beaucoup des gens du quartier sont partis", dit-il aussi.

Ceux qui restent survivent au mieux. Avec de l'entraide, des couvertures et des générateurs, qui servent aussi toujours parfois pour l'éclairage public.

De nombreux centres de secours sont toujours ouverts dans la péninsule, FEMA (agence fédérale des situations d'urgence), mairie, églises...

Même si la plage attire l'été certains bobos New-Yorkais, les Rockaways et ses 130.000 habitants étaient déjà "l'une des communautés les plus pauvres des Etats-Unis" avant Sandy, confie le pasteur de l'Eglise nazaréenne de Far Rockaway, le révérend Les Mullings. Dans l'Est, les immeubles HLM hérissent le paysage désolé.

"Le progrès est lent, le retour à la normale prendra longtemps", dit-il à l'AFP. "C'est frustant".

Habituellement, sa paroisse aide chaque semaine 500 personnes. Actuellement c'est 2.500 par jour. Devant l'église, deux camions distribuent de la nourriture chaude. Une troisième distribution a lieu à l'intérieur. Et à quelques mètres, sur le trottoir, une longue file patiente malgré le froid qui pince, dont beaucoup de femmes avec des charrettes de marché qu'elles rempliront de vêtements, couvertures et produits de nettoyage.

"Nous ouvrons à 8h00, et à 7h30 du matin la file est déjà là", soupire le pasteur.

"Il y a encore des gens sans électricité, sans chauffage, sans eau chaude, sans gaz, des familles déplacées, des enfants sans école, qu'on a répartis dans d'autres écoles. Et autour d'ici, 600 personnes dans des centres d'hébergement temporaire", ajoute-t-il.

Carla Gomez, une Salvadorienne, a reçu une couette et un repas chaud. Elle dort actuellement chez une amie, Bilma, venue avec ses deux jeunes enfants.

Mais après ? "Je voudrais quelque part où dormir, où faire à manger, dit-elle.

A quelques kilomètres à l'ouest, ce qui était jusqu'à récemment le parking de la plage, dans le parc Jacob Riis, est devenu une immense montagne de milliers de tonnes de gravats, sur laquelle s'activent des dizaines de pelles mécaniques et semi-remorques.

"C'est fou. Mais la semaine dernière c'était deux fois ça", commente Miguel, un jeune employé.

Sur la plage, au niveau de la rue Beach 125, des curieux, lentement, viennent photographier au soleil couchant les maisons éventrées, terrasses explosées, voitures écrasées sous leur auvent.

On aperçoit un lit encore fait, au premier étage d'une maison à la facade béante. Le drap vole au vent.

Un mois déjà que Sandy est passé, et ici rien n'a bougé.

bd/jca

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