La présidente de la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction France Charbonneau se porte à défense du travail accompli par la commission jusqu'ici et de sa décision de suspendre les audiences publiques jusqu'au 21 janvier.

« La nature et l'ampleur de notre mandat nous amènent régulièrement vers de nouveaux horizons. Aussi, estimons-nous qu'il est responsable d'arrêter à ce moment afin de prendre le temps de bien analyser tout ce que nous possédons », a-t-elle déclaré dans une déclaration de huit minutes lue depuis la salle d'audience de la commission.

« Une commission d'enquête, c'est différent d'un procès parce que l'enquête évolue quotidiennement et constamment. À chaque jour, nous recevons de nouvelles informations extrêmement pertinentes à notre mandat, qui nous oblige parfois à revoir l'ordre de présentation des témoins et de la preuve.

« Les prochains jours seront aussi consacrés à la rencontre et à l'interrogatoire de plusieurs témoins. Les procureurs de la commission s'assurent de rencontrer chaque témoin avant de les faire entendre en audiences publiques. Rien ne doit être laissé au hasard. L'improvisation n'est pas gage de succès », a-t-elle encore dit.

« Si je ne peux d'aucune façon commenter la preuve déjà entendue, en revanche, je peux vous mentionner que nous continuerons à la mi-janvier d'entendre des témoins qui aborderont les thèmes de collusion et de corruption, ainsi que celui du financement des partis politiques, tant provinciaux que municipaux », a ajouté la commissaire.

France Charbonneau a aussi annoncé que la commission a entendu les doléances des avocats concernant la production des déclarations préalables des témoins (des will say, dans le jargon juridique).

De nouveaux procureurs et le retour du commissaire Macdonald

La commissaire Charbonneau a repris à son compte les propos de la procureure en chef de la commission, Sonia Lebel, selon lesquels la démission des deux principaux procureurs, Sylvain Lussier et Claude Chartrand, a un impact sur les travaux.

« Me Lebel a candidement expliqué qu'il fallait prendre un recul pour mieux avancer et que dans ce contexte, la perte de deux avocats se fait nécessairement sentir », a-t-elle souligné.

« Nous devrons donc, dans les semaines qui viennent, embaucher d'autres procureurs et avocats. Cette tâche n'est pas simple, étant donné que nous devrons éviter tout conflit d'intérêts, et nous assurer de la compétence et de l'expérience des gens que nous choisirons ».

En annonçant sa démission du poste de procureur en chef, le 16 octobre, Sylvain Lussier avait évoqué les doutes soulevés à son sujet « quant à de possibles apparences de conflits d'intérêts.

La commissaire Charbonneau a aussi fait savoir que le commissaire Roderick A. Macdonald, qui n'a jamais siégé en raison de problèmes de santé, va « de mieux en mieux et collabore de plus en plus au travail de la commission ».

Un quotidien de Montréal a fait état plus tôt cette semaine du mécontentement de plusieurs avocats des participants, qui se plaignent d'être laissés dans le noir par les procureurs de la commission.

De la volonté de protéger la réputation des personnes

La commissaire Charbonneau a aussi assuré qu'elle reste préoccupée de préserver la réputation des personnes ont les noms sont mentionnés dans le cadre des travaux.

L'ex-maire de Montréal, Gérald Tremblay, s'est notamment ouvertement plaint, en annonçant sa démission, de ne pas avoir été entendu par la commission, en déplorant qu'il ne faisait « pas partie du plan de match » de la commission.

« Tel que nous l'avons déjà mentionné, les personnes qui veulent être entendues le seront, si nous jugeons que leur témoignage est pertinent et selon le déroulement de la preuve », a dit France Charbonneau.

« Tel que le mentionnait le juge Gomery, agir trop rapidement pourrait être interprété aussi bien comme un exercice bâclé en vue de disculper certaines parties de tout blâme ou reproche, ou bien encore comme un exercice visant à identifier des coupables à tout prix. C'est évidemment ce qu'il faut éviter ».

« Il est parfois nécessaire, pour décrire un système, de faire entendre un ou plusieurs témoins », a-t-elle ajouté. « Il peut aussi être nécessaire, puisque la crédibilité en général de tous les témoins devra être analysée, de confirmer les dires d'un témoin. De même, on ne peut pas tout faire en même temps.

La commissaire avait entrepris sa déclaration en remerciant « tout le personnel de la commission pour le travail admirable accompli à ce jour » et des audiences « présentées avec minutie ».

« Certains travaillent souvent jusqu'aux petites heures de la nuit pour assurer la qualité des audiences », a-t-elle souligné.

France Charbonneau a aussi remercié les médias pour « leur travail essentiel », et les procureurs des parties « qui font preuve de professionnalisme et facilitent le travail des procureurs de la commission »

Elle a aussi salué la collaboration du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) de la Sûreté du Québec et du Service de police de la Ville de Montréal. Elle n'a pas mentionné la Gendarmerie royale du Canada, avec laquelle la commission a eu des démêlés juridiques le printemps dernier.

Une commission qui soulève des interrogations

Plusieurs éditorialistes et chroniqueurs se sont aussi questionnés sur la façon dont les travaux ont été menés ces dernières semaines en général, et cette semaine en particulier.

La divulgation mardi et mercredi d'une liste d'évènements ayant eu lieu au très sélect club privé 357C de Montréal soulève notamment de nombreuses questions.

Ces évènements, auxquels ont participé des élus provinciaux et municipaux, des entrepreneurs en construction, de hauts dirigeants de firmes de génie-conseil, des responsables d'Union Montréal et des fonctionnaires municipaux, ont été énumérés sans aucun contexte par l'enquêteur de la commission appelé à la barre des témoins.

Vous pouvez consulter ici le contenu des listes dévoilées devant la commission Charbonneau.

De nombreuses personnes se retrouvent du coup éclaboussées par simple association avec d'autres, qui sont aujourd'hui accusées au criminel ou qui ont été mises en cause par de précédents témoins à la commission.

« Le témoignage de M. Erick Roy s'est limité aux besoins exclusifs des prochains témoignages qui s'en viennent en janvier [...] parce qu'il y aura des questions spécifiques à des témoins sur des présences à ce club privé », s'est borné à dire le procureur en chef adjoint, Denis Gallant. « C'est pour ça qu'on a cru bon de le faire à ce stade-ci »

La commission avait préalablement annoncé qu'elle conclurait ses audiences publiques de l'automne en se penchant sur les règles d'octroi de contrats à la Ville de Montréal. L'avocat de la Ville, Martin Saint-Jean, a lui-même annoncé mercredi matin que cela était annulé.

Au début des travaux automnaux, le 17 septembre, la commission avait aussi annoncé qu'elle parlerait des contrats à Laval, ce qui n'a pas été le cas. Il avait aussi été question d'entendre un policier de la SQ sur les motards criminels, ce qui ne s'est pas produit non plus.

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  • Jean Roberge

    Le directeur général adjoint de la Ville de Laval, Jean Roberge, a confirmé avoir pris part au système de collusion à la Ville de Laval. « J'y ai moi-même participé », a-t-il confié à la commission Charbonneau. Jean Roberge a pris part à ce système alors qu'il était à la tête de la firme d'ingénieurs Équation Groupe Conseil, de 2002 à 2007. (Source: Radio-Canada)

  • Gaétan Turbide

    Le directeur général de la Ville de Laval, Gaétan Turbide, devait ouvrir le chapitre sur la ville de Laval, mais la commission Charbonneau a mis de côté son témoignage à la dernière minute. Vers 10:30 le matin même où devait débuter son témoignage, la procureure en chef Sonia Lebel a expliqué que la commission avait obtenu de nouvelles informations à son sujet. « À 9 h 15 ce matin, les procureurs de la commission ont appris des informations qui leur font sérieusement mettre en doute la crédibilité du prochain témoin, Gaétan Turbide ». C'est donc l'adjoint de Gaétan Turbide, Jean Roberge, qui est venu témoigner sur les malversations alléguées à la Ville de Laval. (Source: Radio-Canada)

  • Gérald Tremblay

    L'ex-maire de Montréal, Gérald Tremblay, a affirmé avoir congédié le collecteur de fonds Bernard Trépanier après avoir appris qu'il aurait exigé un pot-de-vin de 1 million$ à un promoteur. Le collecteur de fonds aurait demandé cette somme au promoteur SmartCentres pour un projet immobilier dans l'arrondissement Villeray-St-Michel-Parc-Extension. Par ailleurs, Gérald Tremblay a soutenu que son parti, Union Montréal, n'a jamais bénéficié de la fameuse cote de 3% que Bernard Trépanier aurait récolté auprès des firmes de génie collusionnaires. (Source: Radio-Canada)

  • Frank Zampino

    La commission a prouvé que Frank Zampino et Tony Accurso ont fait un voyage ensemble à Las Vegas en septembre 2006, en dévoilant quelques photos faites lors de ce voyage. La commission a du même coup dévoilé quelques photos d'un autre voyage que M. Zampino a effectué avec M. Accurso à Las Vegas, en février, cette fois en compagnie de l'ex-directeur général de la Ville, Robert Abdallah. L'ancien bras droit du maire Gérald Tremblay a admis qu'il a séjourné sur le bateau de l'entrepreneur en construction Tony Accurso avec sa famille dès 2005, sans payer quoi que ce soit. Ce voyage n'avait jamais été révélé, contrairement à ceux qu'il a effectués en février 2007 et 2008, soit avant et après le lancement de l'appel d'offres dans le dossier des contrats d'eau. <em>Le Huffington Post Québec avec Radio-Canada</em>

  • Bernard Trépanier

    Bernard Trépanier a reçu des honoraires de 900 000 $ de Dessau entre 2002 et 2010, dont quelque 150 000 $ alors qu'il occupait le poste de directeur du financement d'Union Montréal. (Source: Radio-Canada.ca)

  • Rosaire Sauriol

    Moins d'une semaine après son témoignage à la commission Charbonneau, le vice-président de la firme Dessau, Rosaire Sauriol, a annoncé qu'il démissionnait du poste qu'il occupait au sein de l'entreprise depuis 1986. (Source: Radio-Canada)

  • Pierre Lavallée

    L'ancien président de BPR Inc., Pierre Lavallée, a confirmé qu'il a accepté de payer la ristourne de 3 % demandée par le directeur du financement d'Union Montréal Bernard Trépanier pour avoir accès aux contrats de la Ville de Montréal. « C'est stupide, on n'aurait jamais dû faire ça, mais on l'a fait ». Pierre Lavallée a démissionné de son poste de président de la firme BPR, qu'il occupait depuis 2008, le 26 mars 2013.

  • Yves Cadotte

    Le Parti libéral du Québec et le Parti québécois sollicitaient directement SNC-Lavalin pour obtenir des contributions politiques, a affirmé le vice-président principal de la firme de génie-conseil, Yves Cadotte. La firme récoltait ensuite les chèques des cadres supérieurs qui voulaient contribuer et les remboursait par des bonis versés spécifiquement à cette fin. (Source: Radio-Canada)

  • Claude Meunier

    Un autre ingénieur, Charles Meunier, qui travaillait cette fois pour la firme BPR, a confirmé qu'il a servi d'intermédiaire pour remettre des milliers de dollars comptant à Bernard Trépanier, l'ancien responsable du financement d'Union Montréal.

  • François Perreault

    Genivar a eu recours à de la fausse facturation pour pouvoir faire du financement politique municipal, a admis un ex-vice-président. François Perreault, qui a été vice-président de Genivar, a assuré que si la firme donnait aux partis politiques, c'est parce qu'elle était sollicitée pour le faire."Si on n'avait pas joué le jeu, je ne crois pas qu'on aurait survécu dans ce monde-là. C'est presque une obligation" au municipal, a-t-il lancé. (Source: Radio-Canada.ca)

  • Christian Ouellet

    Le mode de financement du parti Union Montréal, de 2004 à 2008, venait en partie de celui du Parti libéral du Québec, a expliqué à la Commission Charbonneau Christian Ouellet, ancien directeur général du parti Union Montréal, qui a aussi travaillé au PLQ. Par ailleurs, M. Ouellet, a reçu quelque 60 000 $ par année de la firme de génie-conseil Roche. Il disait n'y voir aucun conflit d'intérêts, n'a jamais avisé de cela le comité exécutif de la Ville ou le maire et a maintenu qu'il ne faisait que cumuler deux mandats à titre de consultant. (Source: Radio-Canada.ca)

  • Claude Léger

    L'ex-directeur général de la Ville de Montréal a admis à la commission Charbonneau que Frank Zampino lui a fait des demandes inappropriées, mais qu'il n'en a jamais parlé à Gérald Tremblay, par crainte... « Est-ce que vous vous seriez qualifié de naïf, que c'est peut-être l'image que vous projetiez? » lui a alors demandé la commissaire France Charbonneau. « Je pense que oui », a répondu Claude Léger. (Source: Radio-Canada)

  • Robert Marcil

    Lors de son témoignage, l'ex-directeur de la réalisation des travaux publics à la Ville de Montréal, Robert Marcil, a assuré qu'il n'était pas au courant que des entrepreneurs en construction faisaient de la collusion pour se répartir des contrats publics.

  • Joseph Farinacci

    L'ex-directeur de la Direction des stratégies et transactions immobilières de la Ville de Montréal, Joseph Farinacci, a affirmé que la vente du site Marc-Aurèle Fortin au promoteur immobilier Petra-St-Luc s'est produite de façon « irrégulière », après que l'ex-président du comité exécutif Frank Zampino, eut intervenu dans ce dossier.

  • Nicolo Milioto

    « C'est quoi la mafia M. Milioto? », lui a demandé la procureure en chef Sonia Lebel.« Je ne sais pas », a répondu l'homme qui fréquentait pourtant Nicolo Rizzuto père au café Consenza. Nicolo Milioto dit ne rien savoir des activités criminelles alléguées de Rizzuto. Il dit avoir croisé certains lieutenants du clan Rizzuto au café Consenza, sans savoir ce qu'ils faisaient dans la vie. (Source: Radio-Canada)

  • Giuseppe Borsellino

    Giuseppe Borsellino a fait des aveux sur son financement d'Union Montréal. Le témoin a entre autres admis qu'il avait fait un voyage de pêche à Plattsburgh le 5 juin 2008 avec Yves Lortie de Genivar et Robert Marcil, à l'époque grand patron des travaux publics à la Ville de Montréal.

  • Michel Lalonde

    Le président de la firme Génius Conseil, Michel Lalonde, affirme que sa firme ainsi que plusieurs autres remettaient des montants en argent à des partis municipaux ou provinciaux pour obtenir des contrats. Union Montréal, Vision Montréal, différentes élus de la rive nord de même que le PLQ, le PQ et l'ADQ auraient notamment bénéficié de ces montants.

  • Le maire de Laval Gilles Vaillancourt démissionne

    Dans la foulée, après avoir été visé par des allégations devant la Commission Charbonneau et ciblé par l'Unité permanente anticorruption (UPAC), <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/11/09/maire-laval-gilles-vaillancourt-demission_n_2099363.html">Gilles Vaillancourt a démissionné</a>. Par ailleurs, le maire de Mascouche, <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/11/30/le-maire-de-mascouche-demission-marcotte_n_2217433.html">Richard Marcotte, a aussi quitté ses fonctions</a>. (Crédit photo: PC)

  • Le maire de Montréal Gérald Tremblay démissionne

    « On a trahi ma confiance, j'en assume l'entière responsabilité. » — <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/11/05/gerald-tremblay-retour_n_2075539.html">Gérald Tremblay</a>. (Crédit photo: PC)

  • Martin Dumont

    <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/10/30/martin-dumont-union-montreal-commission-charbonneau_n_2042857.html">Le témoignage de Martin Dumont</a>, ancien organisateur du parti de Gérald Tremblay, est un coup dur pour le maire de Montréal. Il affirme que ce dernier connaissait l'existence d'une double comptabilité dans son parti. (Crédit photo: PC)

  • Luc Leclerc

    Luc Leclerc, ancien surveillant de chantier à la Ville de Montréal,<a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/11/01/luc-leclerc-commission-charbonneau-jeudi_n_2055838.html"> a reconnu avoir reçu au moins 500 000 $ en pots-de-vin</a> de la part d'entrepreneurs en construction. (Crédit photo: PC)

  • Gilles Surprenant

    Gilles Surprenant a corroboré le témoignage de monsieur Zambito. Il a entre autres affirmé avoir reçu <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/10/24/commission-charbonneau-surprenant-_n_2008604.html">quelque 700 000 $ en pots-de-vin</a> de la part des dix entrepreneurs membres du cartel des égouts actif à Montréal entre 2000 et 2008.

  • Lino Zambito

    Lino Zambito a mis à nu le stratagème de corruption et de collusion. Pendant sept jours, <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/10/01/commission-charbonneau-lino-zambito-suite-temoignage_n_1928373.html">il explique que la mafia recevait 2,5 % des contrats</a>, le parti du maire Tremblay, 3 %. Il implique notamment le maire de Laval, Gilles Vaillancourt, et des organisateurs libéraux comme Pierre Bibeau. (Crédit photo: PC)

  • Joe Pistone

    La commission d'enquête sur l'industrie de la construction a entendu l'<a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/09/24/commission-charbonneau-joe-pistone-donnie-brasco_n_1908716.html">ex-agent vedette du FBI Joseph Pistone</a>. L'homme de 73 ans a témoigné derrière un paravent, au sujet des des liens que les clans mafieux montréalais ont entretenus avec la famille Bonanno de New York. (Crédit photo: PC)

  • Jacques Duchesneau

    <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/06/18/commission-charbonneau-duchesneau-lundi_n_1605415.html">La commission a entrepris ses audiences</a> avec un témoin incontournable pour mettre la table, Jacques Duchesneau. (Crédit photo: PC)