Le 21 octobre 1977 avait lieu le premier match de l'histoire de la Ligue Nationale d'Improvisation, sous l'œil attentif de ses créateurs, Robert Gravel et d'Yvon Leduc. Quelque 35 ans plus tard, la LNI souligne son anniversaire avec un week-end des étoiles (concours d'habiletés et match des meilleurs joueurs), une tournée printanière en France, l'intronisation d'une équipe complète au Temple de la renommée, en plus de mettre la table pour la nouvelle saison qui débutera le 17 février prochain.

Produit par le Théâtre Expérimental dans une volonté de recherche, le spectacle d'improvisation qui devait être présenté seulement quatre soirs s'est transformé en ligue, avant de se répandre dans plus de 30 pays. Si bien que plusieurs acteurs peuvent maintenant dire qu'ils ont grandi avec l'improvisation. «J'ai fait mes débuts en troisième secondaire et je n'ai jamais arrêté d'en faire depuis, souligne le directeur artistique de la LNI, François-Étienne Paré. J'en ai aussi fait au cégep et dans des ligues amateurs de très bon niveaux, avant d'être recruté par la LNI en 1998. On m'avait appelé pour remplacer Patrick Huard, qui s'était désisté parce qu'il était trop occupé avec sa carrière d'humoriste. Je me sentais petit dans mes joggings !»

Bien que l'improvisation serve encore de recherche théâtrale, la LNI est désormais associée à un grand divertissement populaire. «L'impro a quelque chose de spectaculaire et de performatif. Notre but n'est pas de puncher à tout prix, mais comme chaque joueur écrit son texte dans l'instantané, s'il lui arrive de se sentir coincé, il peut avoir le réflexe de sauver sa peau avec l'humour. Il s'arrange pour marquer l'imaginaire du spectateur. Mais depuis quelques années, on se bat contre ça. Les joueurs deviennent plus patients.»

Aux dires de François-Étienne Paré, les nouvelles générations d'improvisateurs possèdent un sens de l'image incroyablement efficace. «Les jeunes ont le talent de créer des images riches qui frappent le spectateur, alors que les plus vieux maîtrisent davantage la cohérence d'ensemble. Quand on se retrouve tous sur la patinoire, ça nous permet d'offrir aux spectateurs un mariage très intéressant entre l'expérience du jeu et l'énergie brute.»

Parmi les choses qui ne changent pas depuis 35 ans, Paré note la nécessité absolue de s'abandonner et d'éviter la censure. «Il faut accepter d'avoir l'air fou, de se tromper et de frapper un mur. Faire de l'impro, ça demande une grande humilité. Les joueurs doivent comprendre qu'en se perdant lors d'une improvisation, ils peuvent découvrir quelque chose de bien plus riche que ce qu'ils auraient trouvé en optant pour la facilité. J'ai toujours cru que la création était plus grande que nous.»

Pratiquée à travers le monde depuis plus de trois décennies, l'improvisation n'en demeure pas moins le bastion des Québécois. «En évoluant parmi les francophones d'Amérique du Nord, je crois que les acteurs québécois ont su profiter des écoles de pensée européennes et américaines. Les Européens sont souvent plus cérébraux et il leur arrive de manquer d'incarnation. Du côté des Américains, c'est l'inverse : ils sont plus ancrés dans le corps, plus émotionnel et animal, mais ils manquent un peu d'intellectuel. Au Québec, on est entre les deux.»

La nouvelle saison de la LNI débutera le 17 février prochain au Club Soda de Montréal. Pour plus d'informations, cliquez ici.