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27/11/2012 04:10 EST | Actualisé 27/01/2013 05:12 EST

Un historien dénonce certaines recherches financées par les cigarettiers

MONTRÉAL - Un historien témoignant dans le cadre du recours collectif intenté au Québec contre les trois grands cigarettiers soutient que les recherches présentées par l'industrie pour démontrer que la population connaissait depuis longtemps les effets néfastes du tabac contredisent leurs propres documents internes.

Robert Proctor a commencé à témoigner mardi en Cour supérieure en faveur de la poursuite, qui réclame aux manufacturiers 27 milliards $ au nom de 1,8 million de Québécois. Les compagnies visées sont Imperial Tobacco Canada, JTI-Macdonald et Rothmans, Benson & Hedges.

M. Proctor, de l'université Stanford, en Californie, se décrit comme un «historien de la cigarette» et un défenseur de la santé publique. Selon lui, les universitaires embauchés par les cigarettiers ont réalisé des recherches partiales, bourrées d'erreurs et d'omissions significatives.

En ignorant les propres données de l'industrie, ces historiens auraient peint un portrait trompeur de la situation en vigueur il y a 50 ans, selon lui.

Leurs recherches soutiennent qu'à l'époque, le public était déjà au courant des effets de la cigarette alors que d'après le professeur Proctor, les documents internes des producteurs de tabac prouvent exactement le contraire.

«Les trois (historiens) ont omis de consulter la documentation interne de l'industrie du tabac, qui démontre pourtant l'existence depuis des décennies d'un complot visant à minimiser les risques du tabagisme», a-t-il fait valoir. Se faisant, ils ont «ignoré la campagne négationniste de l'industrie du tabac qui, dans l'ensemble, devrait être considérée comme l'une des conspirations les plus mortelles de l'histoire de la civilisation humaine».

Le témoignage du professeur Proctor, qui s'est ouvert officiellement mardi, a été marqué par plusieurs objections de la part des avocats des manufacturiers. La veille, ces mêmes procureurs s'étaient battus pour que le témoin n'obtienne pas le statut d'expert, parce qu'il est biaisé et non qualifié pour décrire l'industrie du tabac au Canada et au Québec.

L'expertise du professeur Proctor est largement basée sur la situation aux États-Unis, mais il affirme que celle qui prévaut au Canada est similaire. Le juge a retenu cet argument lundi.

Le témoignage de l'historien américain devrait se poursuivre jusqu'à la fin de la semaine.

Un autre témoin-vedette, Jeffrey Wigand, devrait comparaître en décembre. L'histoire de ce cadre d'une grande compagnie de tabac devenu dénonciateur a inspiré en 1999 le film «L'Initié» (The Insider), mettant en vedette Russell Crowe.

Plusieurs témoins ont déjà comparu devant la Cour supérieure du Québec depuis le début du procès, en mars, dont plusieurs cadres, actuels ou anciens, de l'industrie du tabac. La cause a maintenant dépassé le cap des 80 jours de témoignages. Des milliers de pages de documents ont été déposés en preuve.

Il a fallu 13 ans avant que le procès ne se rende à cette étape. Il découle de deux poursuites déposées en 1998, certifiées et consolidées en 2005 par la Cour supérieure du Québec. Des motions, des délais et des appels ont été entendus par la suite. C'est finalement en 2012 que s'est ouvert le procès, qui devrait durer environ deux ans.

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