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27/11/2012 11:00 EST | Actualisé 27/01/2013 05:12 EST

Manifestation massive au Caire contre le président islamiste

Des dizaines de milliers d'Egyptiens étaient rassemblés mardi sur la place Tahrir au Caire pour protester contre la décision de Mohamed Morsi de s'octroyer des pouvoirs exceptionnels, la plus forte mobilisation contre le président islamiste depuis son élection en juin.

Plusieurs cortèges sont arrivés dans l'après-midi sur la célèbre place du centre de la capitale égyptienne, pour dénoncer également le puissant mouvement dont est issu le président, les Frères musulmans.

"Dégage!", scandaient de nombreux manifestants, reprenant le slogan emblématique de la révolte populaire qui avait chassé du pouvoir le président Hosni Moubarak en février 2011.

"Les Frères musulmans sont des menteurs", pouvait-on lire sur une pancarte brandie par un manifestant, tandis qu'une banderole déployée à une entrée de la place proclamait: "Interdit aux Frères musulmans".

"Nous resterons à Tahrir tant que Morsi n'aura pas annulé sa déclaration", a dit Ahmed Fahmy, un chômeur de 34 ans qui campe sur cette place où un village de tentes a été érigé par les militants anti-Morsi depuis le 23 novembre, au lendemain de la décision du président de se doter de larges pouvoirs.

Plus tôt dans la journée, des heurts sporadiques avaient eu lieu près de Tahrir, aux abords de l'ambassade des Etats-Unis, entre des jeunes et la police anti-émeutes qui répondait aux jets de pierres par des tirs de gaz lacrymogènes.

Ces accrochages, qui ont lieu depuis une semaine, étaient néanmoins dénoncés par de nombreux manifestants anti-Morsi présents à Tahrir, désireux de garder un caractère pacifique à leur manifestation.

L'Alliance populaire, un petit parti de gauche, a affirmé qu'un de ses militants avait été tué dans ces affrontements mardi, mais l'information n'a pu être confirmée de source médicale. Si c'est le cas, il s'agirait du troisième décès provoqué par les troubles des derniers jours, au Caire et en province.

A Alexandrie, deuxième ville du pays, des milliers de personnes hostiles au président étaient rassemblées sur une grande place bordant la Méditerranée, que deux grands cortèges devaient rejoindre.

Quelques dizaines de Frères musulmans qui tentaient une contre-manifestation se sont fait expulser de l'endroit.

Et plusieurs centaines de personnes sont descendues dans les rues de la station balnéaire réputée de Charm el-Cheikh, sur la mer Rouge.

Après une rencontre avec la hiérarchie judiciaire lundi, M. Morsi a décidé de maintenir le décret controversé par lequel il s'est autorisé à prendre toute mesure jugée nécessaire pour "protéger la révolution".

Ce décret, annoncé le 22 novembre, a provoqué la colère d'une grande partie du monde judiciaire et de la classe politique, en plaçant les décisions présidentielles à l'abri de tout recours en justice.

Unique inflexion apparente, seuls ses "pouvoirs souverains" -dont la définition reste vague- sont hors d'atteinte des juges, a indiqué la présidence, laissant entendre que les décisions de routine pourraient toujours être soumises aux magistrats.

Le décret empêche également la justice d'examiner les recours contre le processus de rédaction de la Constitution, que ses adversaires estiment dominé par les islamistes.

Les partisans de M. Morsi soulignent que ces pouvoirs exceptionnels donneront au président les moyens d'engager des réformes indispensables à la marche vers la démocratie et assurent qu'ils cesseront avec l'adoption prévue dans quelques mois de la nouvelle Constitution.

Dans son décret, le président a aussi demandé "de nouveaux jugements" dans les affaires de meurtres de manifestants lors de la révolte de 2011, faisant planer une menace sur certains hauts responsables de la sécurité, voire un nouveau procès pour Hosni Moubarak. Ce point répond à une demande pressante de l'opposition et d'une grande partie de l'opinion.

Alors que l'Egypte a besoin d'aide pour relancer son économie, le Fonds monétaire international a averti qu'un "changement majeur" dans la politique économique du pays pourrait remettre en cause le pré-accord sur le plan d'aide de 4,8 milliards de dollars.

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