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26/11/2012 11:21 EST | Actualisé 26/01/2013 05:12 EST

Égypte : le président Morsi prêt à faire des concessions

Selon le ministre de la Justice égyptienne, Ahmed Mekki, le président Morsi serait disposé à restreindre la portée des pouvoirs spéciaux qu'il s'est arrogés la semaine dernière pour calmer la fureur des mouvements d'opposition.

Le président Morsi doit d'ailleurs s'entretenir lundi avec le Conseil suprême de la justice pour tenter de trouver une issue à la crise déclenchée jeudi par un décret qui place le président et ses alliés islamistes au dessus du processus judiciaire.

Les mouvements d'opposition accusent le nouveau président de profiter de sa position pour consolider sa présence et celle de son parti, lié aux Frères musulmans, à la tête de l'État égyptien.

Cette manoeuvre a mis le feu aux poudres et déchaîné la colère des mouvements laïques et libéraux au cours des quatre derniers jours.

Samedi, les juges du pays ont appelé les citoyens à la grève générale pour protester contre l'élargissement des pouvoirs du président islamiste qu'il ont qualifié d'« attaque féroce contre la justice ».

Le tribunal administratif d'Égypte doit étudier le 4 décembre prochain une demande d'annulation de la « déclaration constitutionnelle » élargissant les prérogatives du président Mohamed Morsi, a annoncé lundi le chef adjoint du Conseil d'État, Abdel Meguid Al-Moqannen.

Selon M. Al-Moqannen, une douzaine de plaintes ont été déposées devant la justice, notamment par le chef du Club des juges Ahmed al-Zind.

Quatre jours de violence

Au moins deux personnes ont été tuées et plus de 400 autres ont été blessées lors des violents affrontements qui se sont déroulés dans le pays entre opposants et partisans du président Morsi.

Les hostilités ont été déclenchées jeudi, à Alexandrie, par le saccage et l'incendie du siège du Parti de la liberté et de la Justice (PLJ), qui est l'appareil politique de la confrérie des Frères musulmans, dont provient Mohamed Morsi.

Sur la place Tahrir, au Caire, des groupes de manifestants ont érigé des campements pour faire pression sur le pouvoir. Un grand rassemblement de l'opposition doit avoir lieu mardi sur ce site qui a vu naître la révolte qui a renversé le régime de l'ex-président Hosni Moubarak, en février 2011.

Les militants islamistes, partisans du président Morsi, ont quant à eux prévu de se rassembler près de l'université du Caire, sur l'autre rive du Nil.

Le feu aux poudres

Le président Morsi a déclenché cette crise jeudi dernier en s'arrogeant des pouvoirs étendus et en limogeant le procureur général.

Mohamed Morsi a décrété que toutes les décisions qu'il a prises depuis son arrivée au pouvoir, en juin, jusqu'à l'adoption d'une nouvelle constitution, ne pourraient faire l'objet de contestations judiciaires.

Il a également accordé l'immunité complète à la commission chargée de rédiger une nouvelle constitution, pour empêcher qu'elle soit dissoute à la suite d'une décision de justice.

Il a accordé la même protection à la chambre haute du Parlement. Ces institutions sont dirigées par des alliés islamistes du président égyptien, lui-même issu des Frères musulmans.

Le président s'est également accordé le droit de prendre toute disposition qu'il jugerait nécessaire pour « la défense de la révolution ». Une phrase qui inquiète au plus haut niveau ses adversaires qui redoutent l'installation d'une nouvelle dictature à la tête de l'État égyptien.

L'une des figures de proue du mouvement laïque et libéral, Mohamed ElBaradei, a exigé de nouveau lundi le « retrait pur et simple » de ces décrets présidentiels.

« Nous sommes face à un président qui impose une dictature », a expliqué Mohamed ElBaradei lors d'une entrevue accordée à un journal indépendant.

« Je ne serais pas étonné si l'armée descendait à nouveau dans les rues pour empêcher le chaos et protéger la patrie », a poursuivi M. ElBaradei en référence au fait que l'armée a assuré le pouvoir après la chute de l'ex-président Hosni Moubarak jusqu'à l'élection de Mohamed Morsi.

Un mal nécessaire, plaident les partisans du président

De leur côté, les partisans du président Morsi estiment qu'il a besoin de ces nouveaux pouvoirs pour mener à bien les importantes réformes politiques, sociales et économiques promises au peuple égyptien lors du renversement du régime Moubarak.

Les partisans de Mohamed Morsi estiment également qu'il est temps d'abréger la transition en cours à la tête de l'État. Une transition qu'ils jugent trop longue et chaotique.

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