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26/11/2012 11:32 EST | Actualisé 26/01/2013 05:12 EST

Egypte: la justice continue de défier le président, qui cherche une issue

Les juges ont annoncé lundi l'examen d'un recours contre les pleins pouvoirs de fait que s'est octroyés le président Mohamed Morsi, alors que le chef d'Etat rencontrait la hiérarchie judiciaire pour chercher une issue à la plus grave crise depuis son élection.

Partisans et adversaires du chef de l'Etat islamiste en appellent également à la rue, avec des manifestations concurrentes prévues mardi à travers le pays, déjà secoué par des troubles qui ont fait deux morts depuis plusieurs jours.

Le ministre de la Justice, Ahmed Mekki, a laissé entendre que M. Morsi était disposé à restreindre le champ de ses décisions échappant à tout recours en justice, afin de calmer la colère des juges et de l'opposition.

Mais avant même le début de la rencontre entre M. Morsi et le Conseil suprême de la justice, une cour administrative du Caire a annoncé qu'elle allait examiner le 4 décembre des demandes d'annulation du décret renforçant les pouvoirs du président.

Cette procédure défie les dispositions mêmes du décret présidentiel, qui interdit tout examen en justice des décisions du chef de l'Etat.

Place Tahrir au Caire, où un village de tentes est érigé depuis vendredi pour demander le retrait des mesures présidentielles, une banderole affirme "Interdit aux Frères musulmans", la formation islamiste dont est issu M. Morsi.

Les partisans du président ont participé par ailleurs aux obsèques d'un jeune islamiste tué la veille dans des heurts à Damanhour, dans le delta du Nil.

Les anti-Morsi se sont de leur côté rassemblés dans une mosquée de la place Tahrir pour les funérailles d'un militant mort dans la nuit de blessures reçues la semaine dernière.

Selon le ministre de la Santé, 444 personnes au total ont été blessées dans les affrontements des derniers jours.

Le décret présidentiel permet également à M. Morsi --qui cumule déjà pouvoirs exécutif et législatif-- de prendre toute disposition qu'il jugerait nécessaire pour "la défense de la révolution", une formulation vague qui, pour ses adversaires, ouvre la voie à une dérive dictatoriale.

Human Rights Watch (HRW) a dénoncé le décret, estimant qu'il ouvrait la voie à de possibles violations des droits de l'Homme incontrôlées et portait atteinte à l'Etat de droit.

"Si Morsi devait valider une loi violant les droits de l'Homme, les victimes n'auraient aucun moyen de contester la loi selon leurs droits prévus dans la déclaration constitutionelle du 30 mars 2011", souligne l'organisation basée à New York.

M. Morsi a aussi décidé que la Haute cour constitutionnelle ne pouvait plus examiner les recours déposés par de nombreux opposants contre la commission chargée de rédiger la future Constitution, commission dominée par les islamistes.

L'une des figures du camp laïque et libéral, Mohammed ElBaradei, a exigé une nouvelle fois lundi le "retrait pur et simple" de ces mesures. "Nous sommes face à un président qui impose une dictature", a-t-il insisté dans un entretien au journal indépendant Al-Masry al-Youm.

En revanche, le ministre de la Justice a laissé entrevoir un compromis qui pourrait être discuté lors de la rencontre lundi entre M. Morsi et le Conseil suprême de la justice.

M. Mekki a évoqué l'introduction d'un "amendement" qui préciserait que seuls ses "pouvoirs souverains" ne pourraient faire l'objet d'un recours, pas les simples décisions administratives.

Le président a répété dimanche que ses pouvoirs exceptionnels étaient "temporaires" et cesseraient avec l'adoption d'une nouvelle Constitution, qui doit être rédigée d'ici la mi-février et soumise à référendum, et l'élection dans la foulée d'une nouvelle Assemblée.

Dans son décret, il a demandé "de nouvelles enquêtes et jugements" dans les affaires de meurtres de manifestants lors de la révolte de 2011, faisant planer une menace sur certains hauts responsables militaires ou de la police, voire un nouveau procès pour Hosni Moubarak, actuellement en détention à perpétuité.

Mais pour ce faire, le président "crée une nouvelle cour pour juger (...) des personnes en vertu de lois mal définies et trop générales datant du règne de Moubarak et qui ont historiquement permis des abus", souligne HRW.

Les partisans du président Morsi soulignent que ces pouvoirs doivent lui permettre de mettre en oeuvre les réformes politiques, sociales et économiques indispensables pour réaliser les promesses portées par le soulèvement anti-Moubarak et abréger une période de transition jugée trop longue et chaotique.

La Bourse du Caire, qui avait perdu 9,6% dimanche, a repris des couleurs lundi (+2,6% en clôture).

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