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26/11/2012 02:05 EST | Actualisé 26/01/2013 05:12 EST

Crise politico-judiciaire en Égypte: le président Morsi ne recule pas

LE CAIRE, Égypte - Le président de l'Égypte a déclaré aux plus hauts juges du pays, lundi, qu'il n'avait pas usurpé leur autorité en s'attribuant des pouvoirs quasi absolus la semaine dernière, ouvrant la porte à une impasse prolongée à la veille d'une grande manifestation prévue par les opposants du président islamiste.

Cette position sans compromis a été annoncée lors d'une réunion entre le président Mohamed Morsi et les membres du Conseil judiciaire suprême, dans une tentative de résoudre la crise qui a plongé l'Égypte dans une nouvelle ronde d'instabilité. Les manifestations et les affrontements survenus depuis quatre jours dans le pays ont fait un mort et des centaines de blessés.

Le pouvoir judiciaire, principale cible des amendements constitutionnels annoncés la semaine dernière par Mohamed Morsi, a répliqué en affirmant qu'il s'agissait d'une «attaque» contre l'indépendance de la justice. De nombreux juges et procureurs ne se sont pas présentés au travail dimanche et lundi dans la capitale et dans d'autres villes du pays.

Selon un porte-parole de la présidence, M. Morsi a déclaré aux juges qu'en annonçant des amendements constitutionnels le plaçant au-dessus de tout contrôle judiciaire, il avait agi de plein droit en tant que seule source législative du pays. Le président a étendu cette même immunité aux deux assemblées dominées par ses alliés islamistes, soit l'assemblée chargée de rédiger une nouvelle Constitution et la chambre haute du Parlement, considérée comme une assemblée sans véritables pouvoirs.

M. Morsi a assuré les juges que les amendements constitutionnels n'empiétaient en aucun cas sur leur pouvoir, que ces mesures étaient «temporaires» et qu'elles ne concernaient que les «questions liées à la souveraineté», d'après le porte-parole.

Ce compte-rendu de M. Ali laisse penser que le président Morsi n'est pas prêt à faire marche arrière ni à trouver un compromis, faisant craindre une nouvelle explosion de violence entre partisans et opposants du président.

Les deux camps avaient annoncé deux manifestations distinctes mardi au Caire, mais un porte-parole des Frères musulmans, dont est issu Mohamed Morsi, a déclaré lundi que le mouvement avait annulé son rassemblement de soutien au président. Les Frères musulmans ont annulé leur manifestation pour «alléger la congestion routière» et éviter les «tensions publiques», a indiqué le porte-parole.

Les militants de l'opposition dénoncent les récentes mesures annoncées par le président Morsi, qu'ils qualifient d'abus de pouvoir, et refusent tout dialogue tant que les amendements constitutionnels ne seront pas annulés.

Mohamed Morsi a vigoureusement défendu ses nouveaux pouvoirs, affirmant qu'ils représentaient une mesure temporaire nécessaire pour mettre en place des réformes urgentes et protéger la transition vers la démocratie, après le soulèvement de l'an dernier qui a mené au renversement du président Hosni Moubarak.

Le président affirme vouloir maintenir ses nouveaux pouvoirs jusqu'à l'adoption d'une nouvelle Constitution par référendum et jusqu'à la tenue des prochaines élections parlementaires, ce qui ne devrait pas intervenir avant le milieu de 2013.

De nombreux membres du système judiciaire ont été nommés sous la présidence d'Hosni Moubarak, et certains observateurs, incluant des opposants du président, estiment qu'ils tentent de perpétuer les pratiques corrompues de l'ancien régime. Mais les opposants de M. Morsi dénoncent le fait que les amendements constitutionnels le placent au-dessus de tout contrôle judiciaire.

Ces nouveaux développements contredisent le ministre égyptien de la Justice, Ahmed Mekki, qui avait annoncé plus tôt lundi que la résolution de la crise politico-judiciaire était «imminente».

Le ministre de la Justice a indiqué qu'il agissait comme médiateur entre les magistrats et la présidence pour atténuer la crise, mais il n'a pas dit sur quoi se basait son annonce.

De nombreux affrontements ont éclaté lors des manifestations organisées un peu partout à travers le pays au cours des derniers jours pour dénoncer ou appuyer le président Morsi.

Le ministère de la Santé a annoncé lundi que le bilan des blessés s'élevait à au moins 444 personnes depuis vendredi, dont 49 sont encore hospitalisés, d'après un communiqué publié par l'agence de presse officielle MENA.

Tard dimanche soir, un adolescent a été tué dans la ville de Damanhoor, dans le delta du Nil. Au moins 40 personnes ont aussi été blessées lorsqu'un groupe de manifestants opposés à Mohamed Morsi a tenté de faire irruption dans des bureaux des Frères Musulmans.

Au Caire, quelque 10 000 manifestants se sont réunis lundi sur la place Tahrir pour l'enterrement d'un autre adolescent tué dans des affrontements avec la police lors d'une manifestation contre les Frères musulmans plus tôt cette semaine, avant l'annonce des amendements constitutionnels. Gaber Salah, âgé de 16 ans, a succombé à ses blessures dimanche.

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