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25/11/2012 04:18 EST | Actualisé 24/01/2013 05:12 EST

Élections en Catalogne: le leader qui a appelé au référendum perd des sièges

BARCELONE, Espagne - Les électeurs de la Catalogne ont servi une leçon dimanche au leader politique qui a fait d'un référendum sur l'indépendance le point central de sa campagne, privant son parti d'une majorité absolue en lui retirant une dizaine de sièges, selon les premiers résultats.

Artur Mas, le président de cette puissante région industrielle du nord-est de l'Espagne, avait convoqué des élections anticipées dans le cadre de sa lutte avec le premier ministre conservateur Mariano Rajoy concernant la contribution de la Catalogne aux coffres de l'État.

Ce qui avait commencé par une bataille sur des questions fiscales est rapidement devenu un test pour l'intégrité territoriale de l'Espagne.

M. Mas avait demandé à l'électorat de lui confier une majorité absolue pour donner du poids aux politiques de centre-droit de son parti, CiU, qui comprennent notamment la tenue d'un référendum. Mais il a plutôt perdu 18 sièges et devra former une coalition s'il veut rester au pouvoir.

Le CiU détient maintenant 50 sièges au Parlement sur un total de 135.

En seconde place figure l'ERC, le parti de gauche indépendantiste, qui a beaucoup critiqué les mesures d'austérité implantées par Artur Mas.

Selon Ferran Requejo, un professeur de science politique à l'université Pompeu Fabra de Barcelone, le vote est fragmenté mais le message est clair.

«Les deux tiers des électeurs ont voté pour des partis qui sont en faveur d'un référendum sur l'indépendance, mais M. Mas a été durement frappé en raison de ses mesures d'austérité», a-t-il résumé.

Artur Mas a remercié ses partisans dans un discours diffusé à la télévision et a reconnu que, maintenant qu'il était à la tête d'un gouvernement minoritaire, il ne pourrait plus gouverner seul.

Il a aussi souligné que les partis en faveur du «droit de choisir» formaient maintenant «une grande majorité au Parlement».

Les deux formations politiques militant pour l'unité de l'Espagne, le Parti populaire de M. Rajoy et le Catalan Ciutadans, ont fait des gains modestes, remportant sept sièges de plus pour un total de 28.

La Catalogne représente environ un cinquième de la production économique espagnole et de nombreux Catalans estiment que le gouvernement central rend trop peu à la région par rapport à sa contribution.

Les Catalans ont fait valoir lors de manifestations que la Catalogne était plus durement touchée que d'autres par les mesures d'austérité visant à éviter la nécessité pour l'Espagne de recourir à une aide financière internationale comme l'ont fait la Grèce, l'Irlande, Chypre et le Portugal.

Traditionnellement, Madrid a toujours estimé que simplifier le modèle financier de l'État en excluant les coûts globaux comme ceux liés à la défense avait pour effet de présenter une image fausse de la manière dont les impôts et les dépenses sont ventilés.

Le sentiment indépendantiste a été ravivé lorsque le premier ministre Rajoy a refusé d'accepter le «pacte fiscal» proposé par la Catalogne afin de réduire ses impôts. Ce refus a poussé 1,5 million de personnes à descendre dans les rues de Barcelone lors d'un rassemblement en faveur de l'indépendance le 11 septembre dernier. Il s'agissait de la plus importante manifestation nationaliste à survenir en sol catalan depuis les années 1970.

La Catalogne a aussi ses propres traditions culturelles, qui ont été fortement réprimées par la dictature militaire de Francisco Franco de 1939 à 1975.

Au cours des dernières années, des groupes ont tenu des référendums non officiels sur l'indépendance dans des villes à travers la région et certains petits villages se sont même déclarés des «territoires catalans libres».

Les Catalans, qui sont perçus par la plupart des Espagnols comme des gens travailleurs et économes, ont été choqués de voir se creuser leur dette régionale, qui a atteint 42 milliards d'euros sur la dette de 140 milliards d'euros attribuée aux gouvernements régionaux espagnols.

La crise économique a mis en relief les coûts élevés associés au fonctionnement des 17 régions semi-autonomes de l'Espagne. Le gouvernement catalan a dû demander à Madrid une aide financière de 5 milliards d'euros, tout comme d'autres régions endettées.

Le gouvernement d'Artur Mas a fait valoir que la Catalogne versait chaque année 16 milliards d'euros de plus qu'elle ne recevait de l'Espagne. Il s'est aussi plaint que plusieurs projets d'infrastructures nécessaires pour raviver l'économie espagnole étaient sous-financés.

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