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Marois accepte d'étudier un projet d'oléoduc, mais rappelle qu'elle est souverainiste

23/11/2012 09:09 EST | Actualisé 23/01/2013 05:12 EST

HALIFAX - La première ministre Pauline Marois a rappelé à ses collègues du Conseil de la fédération qu'elle dirige un gouvernement souverainiste, vendredi, après avoir accepté d'étudier un projet d'oléoduc vers l'est dont l'Alberta fait ardemment la promotion.

Mme Marois a conclu sur une note positive sa participation à cette rencontre des premiers ministres des provinces et territoires canadiens, dont son prédécesseur Jean Charest a été l'architecte.

Lors de la conférence de presse de clôture de l'événement, placé sous le thème de l'économie, la première ministre a commenté le communiqué final en insistant sur le fait qu'elle place les intérêts du Québec avant ceux du Canada.

«Chacun des termes est bien choisi pour dire nous voulons travailler ensemble à améliorer l'économie canadienne, moi je dis que je veux travailler à améliorer l'économie québécoise et jamais je refuserai de partager des expériences», a-t-elle dit.

En 2009, Mme Marois avait réclamé l'abolition du Conseil de la fédération, jugeant cette instance inutile. Mais vendredi, elle l'a comparée aux rencontres que les premiers ministres des provinces de l'est du Canada ont périodiquement avec les gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre.

«Je n'ai peut-être pas la même perspective qu'en avait le premier ministre du Québec qui m'a précédée, mais quant à venir discuter avec mes collègues, je n'ai aucun problème», a-t-elle dit.

Avec ses collègues, Mme Marois a réservé sa première intervention pour leur rappeler que son gouvernement, bien que minoritaire, a la souveraineté pour objectif.

«Je tenais à réitérer que ça demeurait notre perspective, ma perspective et que même s'ils pouvaient ne pas être d'accord nous pouvions quand même continuer à dialoguer parce que cette souveraineté nous ne voulons pas la faire contre les Canadiens, nous voulons la faire pour les Québécois», a-t-elle dit.

La rencontre a été marquée par la décision de Mme Marois de mettre sur pied, à la suite d'une rencontre avec son homologue albertaine Alison Redford, un comité chargé de déterminer quels seraient les avantages d'un projet de pipeline transportant jusqu'à Montréal du pétrole traditionnel ou des sables bitumineux.

Assise à la longue table où avec ses collègues elle rencontrait la presse en concluant la réunion du Conseil de la fédération, Mme Marois a cependant bien pris soin de souligner qu'aucune décision n'est encore prise.

«On n'a pas décidé d'importer du pétrole, on a décidé de discuter de ce que ça pourrait avoir comme impact, autant pour l'Alberta que pour le Québec», a-t-elle dit.

Mme Redford avait sollicité cette rencontre, qui est survenue après que le ministre québécois de l'Environnement, Daniel Breton, ait exprimé des réserves au sujet de ce projet, piloté par la société Enbridge, qui inverserait vers l'est le flux d'un pipeline reliant les raffineries de l'est montréalais à Hamilton, en Ontario.

L'Alberta s'est déjà heurtée à des opposants à deux projets d'oléoducs qui auraient permis d'acheminer son pétrole vers la côte Ouest, en Colombie-Britannique, ou vers les États-Unis.

L'est du Canada apparaissait comme une nouvelle option, jusqu'à ce que le Québec émette des réserves la semaine dernière.

Faisant valoir que les provinces atlantiques dépendent d'importations de pétrole, le premier ministre du Manitoba, Greg Selinger, a affirmé vendredi que le projet d'oléoduc contribuerait à la sécurité énergétique du Canada.

Mais le Québec n'est pas la seule province avec qui l'Alberta, qui fait la promotion d'une stratégie nationale en matière d'énergie, a des discussions concernant le transport de pétrole vers l'est.

Le premier ministre du Nouveau Brunswick, David Alward, a affirmé que ses fonctionnaires ont déjà commencé la même démarche depuis plusieurs mois.

Des raffineries sont installées au Nouveau-Brunswick, mais M. Alward ne s'est pas avancé sur la possibilité que le pétrole albertain transite par le Québec jusque vers l'Atlantique.

«C'est une possibilité mais il y a encore beaucoup de travail à faire et ce n'est pas seulement le Québec et les provinces atlantiques, c'est toutes les provinces entre elles», a-t-il dit.

Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Darrell Dexter, a affirmé qu'il était favorable à un oléoduc, même si sa province n'est pas en mesure de raffiner des sables bitumineux.

«Plus nous sommes intégrés, mieux c'est pour l'économie du Canada atlantique», a-t-il dit.

La première ministre Kathy Dunderdale, de Terre-Neuve-et-Labrador, a pour sa part affirmé que l'enjeu du transport des sources d'énergie est important dans l'Atlantique.

Mme Dunderdale a notamment rappelé que sa province s'est entendue avec la Nouvelle-Écosse pour établir des lignes de transmission qui lui permettront d'exporter une partie de la production d'hydro-électricité de son projet de la Basse Churchill.

Cette option s'est concrétisée quand Terre-Neuve s'est retrouvé devant l'impossibilité de faire transiter sa production par le réseau de transport québécois.

«Nous devons nous entendre au sujet de l'énergie, nous devons avoir des discussions positives, même les plus difficiles», a-t-elle dit.

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