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Manifestations rivales en Egypte après les pouvoirs élargis du président

23/11/2012 03:46 EST | Actualisé 22/01/2013 05:12 EST

Les opposants du président islamiste Mohamed Morsi et ses partisans ont commencé à se rassembler pour des manifestations rivales au Caire, au lendemain du renforcement considérable des pouvoirs du chef de l'Etat, accusé de devenir un dictateur par ses détracteurs.

Cette décision, considérée par l'opposition comme une menace pour la marche vers la démocratie du pays et un "coup d'Etat" remettant en cause les acquis de la révolte qui a renversé en 2011 le président autocratique Hosni Moubarak, a valu à M. Morsi d'être qualifié de "pharaon", comme son prédécesseur.

Selon son entourage, le chef de l'Etat pourrait prononcer un discours dans la journée afin de défendre ses décisions, mais aucune confirmation n'a pu être obtenue.

Elu en juin premier président civil et islamiste du pays le plus peuplé du monde arabe, M. Morsi s'est arrogé dans une "déclaration constitutionnelle" le droit de "prendre toute décision ou mesure pour protéger la révolution" de 2011.

"Les déclarations constitutionnelles, décisions et lois émises par le président sont définitives et ne sont pas sujettes à appel" tant que ne sera pas achevée la nouvelle Constitution, attendue à la mi-février, selon cette déclaration.

M. Morsi cumule déjà les pouvoirs exécutif et législatif -la chambre des députés ayant été dissoute en juin-, et entretient des relations tendues avec une grande partie de l'appareil judiciaire. Il avait renforcé son pouvoir en écartant en août le ministre de la Défense de l'ex-régime, Hussein Tantaoui.

Après la prière hebdomadaire musulmane, les partisans de M. Morsi ont commencé à se rassembler devant le palais présidentiel dans le nord du Caire. Parmi eux, la puissante confrérie des Frères musulmans dont est issu le président.

"Le peuple soutient les décisions du président", ont-ils scandé.

Ses opposants, en majorité des libéraux et des laïques, se regroupaient place Tahrir, dans le centre de la capitale égyptienne, qui fut l'épicentre de la révolte pro-démocratie de janvier-février 2011.

Ils devaient être rejoints par Mohamed ElBaradei, un ancien chef de l'agence nucléaire de l'ONU, et Amr Moussa, un ancien chef de la Ligue arabe. M. ElBaradei a accusé la veille M. Morsi de s'être "proclamé nouveau pharaon".

"C'est un coup d'Etat contre la légalité (...) Nous appelons tous les Egyptiens à protester vendredi sur toutes les places d'Egypte", a dit Sameh Achour, chef du syndicat des avocats, jeudi soir au côté de MM. ElBaradei et Moussa. "Morsi conduit le pays vers un enfer politique", selon lui.

Tous trois ont accusé le président de "monopoliser les trois branches du pouvoir", et de chercher à "anéantir l'indépendance du pouvoir judiciaire".

M. Morsi a notamment demandé "de nouveaux jugements" dans les procès sur les meurtres de manifestants durant la révolte, ce qui fait planer une menace sur certains hauts responsables militaires ou de la police, et pourrait entraîner un nouveau procès pour M. Moubarak, en détention à perpétuité.

Le président a, dans ce contexte, limogé le procureur général, Abdel Meguid Mahmoud, nommé du temps de Moubarak, et l'a remplacé par Talaat Ibrahim Abdallah pour quatre ans.

Selon un bilan officiel, 850 manifestants ont été tués durant les affrontements avec les forces de l'ordre lors de la révolte de 2011.

M. Morsi a aussi décidé qu'aucune instance judiciaire ne pouvait dissoudre la commission chargée de rédiger la future Constitution. Il ôte ainsi le droit à la Haute cour constitutionnelle d'examiner un appel contre la composition de cette commission constituante, dominée par les islamistes.

Il a même étendu de deux mois le mandat de la commission, qui devait initialement prendre fin mi-décembre. Une fois achevée, la loi fondamentale doit être soumise à un référendum et des élctions législatives doivent suivre.

Ces décisions visent à "nettoyer les institutions" et "détruire les infrastructures de l'ancien régime", a expliqué le porte-parole de la présidence, Yasser Ali.

"Morsi, dictateur temporaire", a titré le journal indépendant Al-Masry Al-Youm.

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