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Dictateur ou sauveur de la démocratie: les Egyptiens divisés sur Morsi

23/11/2012 10:34 EST | Actualisé 23/01/2013 05:12 EST

Le renforcement des pouvoirs de Mohamed Morsi est dénoncé comme un retour à la dictature par ses adversaires, mais pour ses partisans cela donne au président islamiste égyptien les moyens de réduire une période de transition vers la démocratie jugée trop longue et chaotique.

Des manifestations pro et anti-Morsi ont eu lieu vendredi dans plusieurs villes, au lendemain de l'annonce surprise d'une nouvelle "déclaration constitutionnelle" donnant des pouvoirs accrus au président, en particulier face à l'appareil judiciaire avec qui il entretient des relations houleuses.

Le président, qui détient déjà les pouvoirs exécutif et législatif, a privé les instances judiciaires, dernier organe de contrôle de ses pouvoirs, de la possibilité d'examiner des appels contre ses décrets.

Le pouvoir judiciaire ne peut plus non plus dissoudre la commission constituante, comme le souhaite l'opposition libérale et laïque, qui dénonce sans relâche la domination des islamistes sur cette instance.

M. Morsi se réserve également le droit de prendre toute décision au nom de la "défense de la révolution" qui a mis fin en février 2011 au régime de Hosni Moubarak.

Ces prérogatives exceptionnelles doivent cesser avec l'adoption d'une nouvelle Constitution, un processus actuellement enlisé.

Le président élu en juin dernier dispose ainsi de prérogatives que même son très autocratique prédécesseur n'avait pas, soulignent les opposants à Mohamed Morsi.

M. Morsi, issu des Frères musulmans, est de surcroît accusé de vouloir imposer graduellement la charia (loi islamique), comme cela apparaît dans des dispositions d'un avant-projet de Constitution.

"Aujourd'hui, Morsi a usurpé tous les pouvoirs et s'est proclamé nouveau pharaon d'Egypte. Un énorme coup porté à la révolution qui pourrait avoir d'épouvantables conséquences", a écrit l'opposant et Nobel égyptien Mohamed ElBaradei sur Twitter après l'annonce du président.

Une fois que la Constitution aura été ratifiée, une nouvelle Chambre des députés doit être élue pour remplacer celle dominée par les islamistes, dissoute par un tribunal juste avant l'élection de M. Morsi en juin.

"Nous devons faire bouger les choses dans la bonne direction", a en revanche déclaré Mourad Ali, le porte-parole du Parti de la Liberté et la Justice (PLJ) dirigé par M. Morsi jusqu'à son élection.

"Nous avons besoin de stabilité. Cela n'arrivera pas si nous recommençons à autoriser les juges, à dissoudre, pour des raisons personnelles, la commission constituante et prolonger encore la phase de transition", a-t-il estimé.

L'actuel président est arrivé au pouvoir en promettant de s'attaquer aux racines de la corruption, de la pauvreté et du chômage qui ont alimenté début 2011 le soulèvement anti-Moubarak.

Mais cinq mois après l'élection de M. Morsi, peu de choses ont changé et de plus en plus d'Egyptiens grondent contre son apparente incapacité à mettre en oeuvre ses promesses alors qu'il bataille avec ses opposants et une justice hostile.

"On ne peut rien concrétiser, c'est ce que veulent ses adversaires", justifie Mourad Ali.

"Le problème avec le décret de Morsi, c'est qu'il est très ouvert", dit Issandr El-Amrani, un analyste basé au Caire et associé de l'European Council on Foreign relations.

"A première vue, il s'agit de clore la transition", dit-il. "En même temps, cela ouvre la voie à d'autres décisions et à la possibilité d'imposer d'autres choses. Par exemple, une loi électorale à l'avantage des Frères musulmans".

Les dispositions annoncées jeudi contiennent aussi des mesures réclamées de longue date par beaucoup de membres de l'opposition, comme le limogeage du procureur général, Abdel Meguid Mahmoud, nommé du temps de M. Moubarak et accusé de saboter les procès d'anciens responsables pour obtenir leur acquittement.

Heba Morayef, directrice de l'ONG Human Rights Watch en Egypte, estime par exemple que le procureur général "devait changer".

Mohamed Morsi a aussi frappé un pouvoir judiciaire qui insiste pour être indépendant.

"Il y a un problème fondamental avec l'indépendance de la justice en Egypte", assure Mme Morayef, en redoutant toutefois que les méthodes de M. Morsi "ne fassent qu'aliéner le monde judiciaire".

Mais "le problème fondamental, qui menace l'Etat de droit et tout l'équilibre démocratique, c'est de donner une immunité face à la justice à tous ses décrets en attendant qu'il y ait une nouvelle Constitution", ajoute-t-elle.

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