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Des milliers d'Égyptiens manifestent contre leur président sur la place Tahrir

23/11/2012 10:28 EST | Actualisé 23/01/2013 05:12 EST

LE CAIRE, Égypte - Plus de 200 000 Égyptiens étaient rassemblés mardi soir sur la place Tahrir, dans le centre du Caire, pour protester contre la décision du président islamiste Mohamed Morsi de s'arroger des pouvoirs quasi absolus.

Les grandes manifestations de mardi au Caire et dans plusieurs autres villes du pays, dont Alexandrie, étaient comparables à celles du soulèvement populaire de l'année dernière, qui a renversé le régime autoritaire du président Hosni Moubarak.

Brandissant le drapeau rouge, blanc et noir de l'Égypte et scandant des slogans contre le président et les Frères musulmans, les manifestants en ont rejoint plusieurs centaines d'autres qui campent sur la place Tahrir depuis vendredi pour demander la révocation des amendements constitutionnels annoncés la semaine dernière par Mohamed Morsi.

Des affrontements ont éclaté dans plusieurs villes quand des opposants du président ont tenté d'attaquer des locaux des Frères musulmans, mettant le feu à au moins un bureau.

Les manifestants ont afflué tout l'après-midi sur la place Tahrir. En soirée, ils semblaient être plus de 200 000. La place résonnait des slogans entendus lors du Printemps arabe de l'an dernier: «Le peuple veut renverser le régime!» et «Erhal, Erhal!», un mot arabe qui signifie «pars».

«Les Frères musulmans ont détourné la révolution», a lancé Rafat Magdi, un ingénieur qui se rendait à la manifestation. «Les gens ont ouvert les yeux. (...) Aux prochaines élections, il n'auront pas de voix», a-t-il ajouté.

«D'un seul coup, Morsi promulgue une loi qui fait de lui le législateur absolu, concentrant tous les pouvoirs entre ses mains», a dénoncé Mona Sadek, une manifestante de 31 ans diplômée en génie qui porte le voile islamique. «Notre révolte contre ces amendements se transforme en protestation contre les Frères musulmans.»

Un haut conseiller des Frères musulmans et du parti politique affilié, Gehad el-Haddad, a estimé que l'opposition était «très divisée» et a assuré que le président ne cèderait pas à la pression. «Nous n'abrogerons pas les amendements constitutionnels», a-t-il déclaré à l'Associated Press.

Amr Moussa, ancien candidat à la présidentielle devenu le principal leader de l'opposition, a estimé que la manifestation avait montré «où les forces politiques de la nation se situent par rapport au projet constitutionnel».

«La sagesse voudrait que la disposition constitutionnelle soit reconsidérée», a déclaré M. Moussa, ancien chef de la Ligue arabe, dans une entrevue téléphonique avec la chaîne américaine CBS.

Mohamed Morsi, qui a accédé à la présidence en juin, affirme que les amendements constitutionnels annoncés la semaine dernière sont nécessaires pour protéger les acquis de la révolution et assurer la transition du pays vers la démocratie.

Le président égyptien a considérablement renforcé ses pouvoirs en adoptant des amendements constitutionnels qui lui le placent au-dessus de toute supervision judiciaire. Cette mesure a pour effet de neutraliser le pouvoir judiciaire, qui est la seule branche du gouvernement capable de contrebalancer le pouvoir de M. Morsi, qui détient non seulement l'autorité exécutive, mais aussi l'autorité législative.

Le président a également accordé l'immunité à la commission chargée de rédiger une nouvelle Constitution pour empêcher qu'elle soit dissoute par une décision de justice, ainsi qu'à la chambre haute du Parlement. Ces deux instances sont dominées par les alliés islamistes de M. Morsi.

Les magistrats de la plus haute cour de justice égyptienne ont déclaré samedi que ces amendements constitutionnels représentaient «une atteinte sans précédent à l'indépendance du pouvoir judiciaire et ses décisions».

Les organisateurs de la manifestation de mardi sur la place Tahrir ont appelé à la tenue d'une autre manifestation vendredi. Si les Frères musulmans décident d'organiser leur propre rassemblement le même jour, comme l'ont laissé entendre certains leaders du mouvement, de nouveaux affrontements entre manifestants pourraient éclater.

Alors que la foule affluait dans le centre du Caire mardi, des affrontements ont opposé de jeunes manifestants qui lançaient des pierres à des policiers tirant des gaz lacrymogènes dans la rue qui relie la place Tahrir à l'ambassade des États-Unis. Des affrontements se déroulent dans ce quartier depuis plusieurs jours, alimentés par la colère de la population contre les abus de la police.

Un photographe travaillant pour l'Associated Press, Ahmed Gomaa, a été sévèrement battu par des policiers armés de bâtons alors qu'il couvrait la manifestation. La police a saisi son équipement et M. Gomaa a été transporté à l'hôpital pour être soigné.

Dans la ville industrielle de Mahalla el-Kobra, dans le delta du Nil, des travailleurs et des militants de l'opposition ont tenté d'entrer de force dans les bureaux du parti des Frères musulmans, mais ils en ont été empêchés par des membres de la confrérie qui formaient une chaîne humaine autour du bâtiment. Les deux camps se sont affrontés à coups de pierres et de cocktails Molotov, tandis que la police a tiré des gaz lacrymogènes. Une centaine de personnes ont été blessées, selon les autorités.

Partisans et opposants du président Morsi se sont également affrontés à Alexandrie. Des manifestants sont entrés dans un bureau des Frères musulmans et ont tenté d'y mettre le feu, sans succès. Des manifestants ont par ailleurs incendié des bureaux de la confrérie à Mansoura.

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