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23/11/2012 01:01 EST | Actualisé 23/01/2013 05:12 EST

Centenaire IAAF - Harrison Dillard, un pan d'histoire par-dessus les haies

L'Américain Harrison Dillard, le seul athlète masculin à réaliser le doublé 100 m (1948) et 110 m haies (1952) aux JO, a dévoilé un pan de l'histoire de l'athlétisme en doyen des invités aux festivités du centenaire de la Fédération internationale (IAAF), vendredi à Barcelone.

Toujours bon pied bon oeil -qualités indispensables pour franchir les haies hautes- à 89 ans, M. Dillard a traversé des temps de guerre et de segrétation raciale.

Lors de la campagne d'Italie (1943-44), il avait combattu au sein du 92e d'infanterie, composé uniquement de soldats noirs, les Buffalo soldiers.

Natif et encore résident à Cleveland, Harrisson fut "inspiré" par Jesse Owens, le triple champion olympique de sprint en 1936 à Berlin, qui le précéda dans la ville de l'Ohio.

Outre Owens, Mister Dillard a connu une autre figure des Jeux berlinois, John Woodruff, médaille d'or du 800 m. En 1996, lors des JO d'Atlanta, "Long" John, ainsi surnommé en raison de son immense foulée, avait rappelé les "tristes conditions" des athlètes noirs aux Etats-Unis, avant et après la seconde guerre mondiale, fûssent-ils champions olympiques.

Avec le temps et l'âge, tout s'atténue et se pacifie. Dillard n'en rajoute pas, mais ne désavoue pas les propos virulents qu'avaient tenus Woodruff. Et puis, le quadruple champion olympique -en totalisant les ors des relais 4X100 m en 1948 à Londres et en 1952 à Helsinki-, a réussi sa reconversion.

"Il a été en charge pendant dix ans de la communication des Cleveland Indians (équipe de baseball, ndlr). Il avait aussi une émission de télévision et de radio. Et il a ensuite été responsable des achats au service éducation de la ville", a précisé à l'AFP sa fille Terry, qui l'a accompagné dans son voyage transatlantique.

Harrison Dillard a fait une cure de jouvence vendredi au milieu de trois autres hurdlers qui, commme lui, ont imprimé leurs marques au record du monde du 110 m haies.

Il y avait les Américains Aries Merritt, la référence actuelle (12.80) et médaille d'or à Londres, et Renaldo Nehemiah, qui stoppa sa carrière à 22 ans en détenteur du record (12.93 en 1981) pour se consacrer au football américain, plus lucratif, ainsi que le Britannique Colin Jackson, qui lui avait succédé (12.91 en 1993).

Heureux "d'avoir vécu cette aventure", Harrison Dillard (13.6 en 1948) a eu la délicatesse de ne pas afficher de préférence dans la galerie des hurdlers qui ont ponctué les grandes heures de la discipline.

Avec sa légitimité, il a mis sur un piédestal l'épreuve des haies, qu'il a comparée à "un art", "un ballet", ce que n'est pas le 100 m. En 1948, Dillard n'avait pu se qualifier aux Trials sur 110 m haies, terminant troisième sur la ligne droite. Sa chance. Surnommé +Bones+ (tas d'os), eu égard à son gabarit de poids léger, Dillard remporta la finale du 100 m à Londres, à la photo-finish.

Ce monsieur délicat a eu une pensée pour son compatriote Mal Whitfield, double champion olympique du 800 m (1948/952). Quasiment paralysé, "Marvelous" Mal n'a pu faire le voyage. A Barcelone, il aurait pu raconter qu'il fut mitrailleur dans l'US Air Force durant la guerre de Corée.

asc/gd

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