BORDEAUX, 23 nov 2012 (AFP) - L'ancien président français Nicolas Sarkozy est sorti jeudi sans inculpation d'une longue audition par les juges qui enquêtent sur des soupçons de financement illégal de sa campagne présidentielle de 2007.

Après avoir été entendu pendant douze heures au palais de justice de Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, M. Sarkozy a été placé sous le statut de témoin assisté, un statut intermédiaire entre celui de simple témoin et celui de mis en examen (inculpé) et qui permet à l'avocat d'avoir accès au dossier.

"Il n'y a pas eu de mise en examen", a souligné à l'AFP l'avocat de M. Sarkozy, Me Thierry Herzog.

Il a de plus indiqué à la radio RTL qu'il n'y avait pas d'autre convocation en vue pour son client.

"Il n'y a pas de convocation prochaine", a déclaré l'avocat, évoquant "une affaire qui n'existait pas et qui n'existe plus".

Me Herzog a vu dans l'absence de mise en examen de M. Sarkozy "une victoire de la justice". "En tout cas, c'est la fin, judiciairement, des soupçons, des mises en cause dans la presse qui n'avaient aucun fondement", a-t-il dit à RTL.

L'avocat a précisé que l'audition s'était déroulée dans une ambiance "normale" et "courtoise".

A l'issue de son audition, M. Sarkozy est rentré à Paris en fin de soirée, selon son entourage.

Un député proche de l'ancien président, Patrick Balkany, a rapporté que M. Sarkozy lui avait confié être "soulagé" et "heureux" après la fin de l'audition.

"Il m'a dit: 'Tu vois, il faut avoir confiance dans la justice de son pays'", a déclaré m. Balkany à la chaîne d'information en continu BFMTV.

L'absence de mise en examen de M. Sarkozy, qui s'est retiré à 57 ans de la vie politique après sa défaite en mai contre le socialiste François Hollande, devrait mettre du baume au coeur de ses partisans, au moment où son parti, l'UMP, sombre dans le chaos, faute d'accord sur son successeur.

L'ancien président français avait été convoqué à Bordeaux dans le cadre de l'"affaire Bettencourt", du nom de Liliane Bettencourt, 90 ans, héritière de l'un des géant mondiaux des cosmétiques et femme la plus riche de France.

Le parquet de Bordeaux a précisé dans un communiqué que M. Sarkozy s'était vu "notifier le statut de témoin assisté" dans le cadre de "l'information judiciaire suivie à raison de faits d'abus de faiblesse, d'abus de confiance aggravés, d'escroqueries aggravées au préjudice de Mme Liliane Bettencourt".

Ses partisans soulagés

L'affaire avait été déclenchée par l'ex-comptable des Bettencourt, qui avait déclaré à la police en juillet 2010 s'être vu réclamer au début de 2007 150.000 euros en liquide par l'ancien homme de confiance des Bettencourt, Patrice de Maistre. Celui-ci lui avait assuré, selon elle, vouloir les donner à Eric Woerth, alors trésorier de campagne de Nicolas Sarkozy.

Jeudi soir, les partisans de M. Sarkozy ne cachaient pas leur soulagement, insistant sur le fait que les juges de Bordeaux n'avaient pas de "charges suffisantes contre lui".

Une mise en examen aurait en effet compromis un éventuel retour de Nicolas Sarkozy dans la vie politique. Depuis sa défaite, il est demeuré muet sur ses intentions, mais il reste de loin le mieux placé parmi ceux que les sympathisants de droite voudraient voir les représenter à la prochaine élection présidentielle de 2017.

Ceux-ci ont de fait des raisons d'être désespérés par les deux candidats à sa succession à la tête de l'UMP, l'actuel secrétaire général Jean-François Copé et l'ex-Premier ministre François Fillon, qui ont transformé l'élection dimanche du nouveau président du parti en un psychodrame sans fin.

Vainqueur controversé avec 98 voix d'avance sur 175.000 suffrages exprimés, M. Copé a accepté jeudi une médiation d'Alain Juppé, fondateur de l'UMP et ex-chef de la diplomatie française, dont l'intervention avait été sollicitée par M. Fillon.

M. Juppé a annoncé la mise en place d'une commission collégiale chargée à partir de dimanche de réexaminer les résultats de l'élection en vue de conclusions "sous 15 jours".

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