AFFAIRE BETTENCOURT - Nicolas Sarkozy devrait en savoir plus sur son sort dans le cadre de l'affaire Bettencourt, jeudi 22 novembre. L'ancien président de la République pourrait achever son audition au Palais de Justice de Bordeaux par une mise en examen, ou un simple placement sous le statut de témoin assisté, beaucoup moins lourd.

Nicolas Sarkozy, arrivé à l'aéroport de Bordeaux-Mérignac par un vol privé, circulait à bord d'une Renault Espace gris foncé, suivie de deux motos transportant des policiers en civil, tandis qu'une seconde voiture de sa suite est arrivée quelques minutes plus tard par l'autre côté de la rue. Un énorme dispositif policier avait été mis en place autour du Palais de Justice, depuis 07h30 jeudi, digne du déplacement d'un chef d'Etat en exercice.

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Au final, que veulent savoir les juges ?

Les juges veulent savoir si Nicolas Sarkozy a pu toucher de l'argent directement, la remise d'enveloppes de billets à des hommes politiques ayant été, à en croire certains membres du personnel, une habitude bien ancrée chez les Bettencourt, du vivant de l'ancien ministre André Bettencourt, décédé en novembre 2007.

Ils veulent aussi déterminer si ses activités politiques ont pu être aidées par une partie des quatre millions d'euros en liquide que l'ancien homme de confiance des Bettencourt Patrice de Maistre a fait revenir depuis un compte suisse des milliardaires de 2007 à 2009. Patrice de Maistre et Eric Woerth, l'ancien ministre et ex-trésorier de campagne de NicolasSarkozy en 2007, ont déjà été mis en examen dans cette affaire.

Les juges voudront aussi demander à Nicolas Sarkozy pourquoi il a paru surveiller de si près l'évolution du dossier Bettencourt, semblant notamment recevoir à huit reprises, de 2008 à 2010, l'ex-procureur de Nanterre Philippe Courroye, initialement en charge de cette affaire.

Patrice de Maistre a pour sa part déjà justifié auprès des juges cet intérêt du président par l'aspect stratégique pour l'économie française du groupe l'Oréal, qui pèse 62,5 milliards d'euros et dont le groupe suisse Nestlé est le deuxième actionnaire après les Bettencourt avec 30% des parts.

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C'est la seconde fois qu'un ex-président de la Ve République doit faire face à la justice, après Jacques Chirac, impliqué dans différentes affaires d'emplois fictifs, au RPR et à la mairie de Paris. Jacques Chirac avait été entendu pour la première fois en juillet 2007, à son bureau de la rue de Lille, par le juge Alain Philibeaux, comme témoin assisté. Il avait été mis en examen à deux reprises, en novembre 2007 et en décembre 2009, avant d'être condamné le 15 décembre 2011 à deux ans de prison avec sursis, alors que le parquet avait requis une relaxe.


Les éléments qui ont conduit à la convocation de Nicolas Sarkozy

  • L'intérêt porté dès le début par l'Elysée à l'affaire

Au moment des enregistrements du majordome dans le salon de Liliane Bettencourt, de mi-2009 à mi-2010, "l'affaire Bettencourt" se résume à la plainte pour "abus de faiblesse" déposée fin 2007 par la fille de la vieille dame contre le photographe François-Marie Banier. Pourtant, l'Elysée suit apparemment déjà de près les mésaventures familiales de l'héritière de l'Oréal.

Le 12 juin 2009, par exemple, Patrice de Maistre, homme de confiance de Liliane Bettencourt, lui déclare qu'il "a été appelé", alors qu'il "n'avait rien demandé", par "l'Elysée", en fait le conseiller en charge de la Justice, qui "veut le voir". Patrice de Maistre ajoute que Nicolas Sarkozy "suit l'affaire". D'autres échanges avec l'Elysée sont évoqués dans ces conversations.

  • Les révélations de la comptable

L'ex-comptable des Bettencourt Claire Thibout, révèle à la police le 5 juillet 2010 la demande de 150.000 euros en liquide "pour M. (Eric) Woerth", alors trésorier de campagne de Nicolas Sarkozy, que lui a faite début 2007 Patrice de Maistre. Dans une interview à Mediapart le lendemain, elle assure que Nicolas Sarkozy est déjà venu en personne chez les Bettencourt "pour récupérer de l'argent". Le 7 juillet, elle nie avoir tenu des propos aussi directs sur Nicolas Sarkozy, maintenant ceux sur Eric Woerth.

  • Les témoignages d'autres membres du personnel

Le personnel des Bettencourt a confirmé aux juges le ballet des enveloppes d'argent dans la maison, et y avoir vu Nicolas Sarkozy, entre autres personnalités politiques. Personne ne dit cependant l'avoir vu toucher de l'argent. Une gouvernante, morte depuis, aurait cependant confié à un chauffeur, que pendant la campagne "Nicolas Sarkozy était venu voir Monsieur et Madame très rapidement, que c'était pour demander des sous".

  • Le témoin d'Isabelle Prévost-Desprez

Dans le livre Sarko m'a tuer, des journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme, la juge de Nanterre Isabelle Prévost-Desprez assure que l'ex-infirmière de Liliane Bettencourt a confié à sa greffière: "J'ai vu des remises d'espèces à Sarkozy, mais je ne pouvais pas le dire sur procès-verbal". L'infirmière a démenti publiquement ces propos.

  • Le journal de François-Marie Banier

François-Marie Banier prête dans son journal, le 26 avril 2007, ces propos à Liliane Bettencourt: "De Maistre m'a dit que Sarkozy avait encore demandé de l'argent. J'ai dit oui". "Comment puis-je savoir s'il lui donne vraiment?", aurait-elle néanmoins demandé.

  • La réponse par avance de Nicolas Sarkozy

L'ex-président a spontanément fait adresser en juin une copie de son agenda 2007 aux juges, accompagnée d'une lettre de son avocat, Me Thierry Herzog, destinée à démontrer l'impossibilité matérielle des visites qu'on lui prête -- il était alors ministre de l'Intérieur -- au domicile des Bettencourt début 2007, à l'exception d'une seule, le 24 février

  • Les rapatriements d'argent depuis la Suisse

Patrice de Maistre a ordonné sept rapatriements d'argent des Bettencourt depuis la Suisse de 2007 à 2009, dont deux de 400.000 euros, le 5 février et le 26 avril 2007, soit juste avant un rendez-vous entre lui et Eric Woerth et le jour-même de la mention dans le journal de François-Maire Banier.

  • Les rencontres présumées avec l'ex-procureur de Nanterre Philippe Courroye

Les agendas de Nicolas Sarkozy récupérés lors d'une perquisition le 3 juillet chez lui et à son bureau, mentionnent huit rendez-vous avec Philippe Courroye, ou avec un certain "Ph. C", à des moments importants de l'affaire dont ce magistrat, alors procureur de Nanterre, était en charge jusqu'à novembre 2010. Philippe Courroye a jugé "outrageant" d'y voir de possibles pressions, ce mois-ci devant les juges.

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