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Rapport sur les meurtres intrafamiliaux: mieux détecter la détresse des hommes

22/11/2012 03:28 EST | Actualisé 22/01/2013 05:12 EST

QUÉBEC - Il faut mieux détecter la détresse, surtout celle des hommes, et mieux coordonner l'action gouvernementale visant à prévenir des tragédies familiales, conclut un comité d'experts dans un rapport remis au ministre de la Santé, Réjean Hébert, et rendu public jeudi.

Le rapport avait été commandé il y a un an par son prédécesseur, Yves Bolduc, qui voulait qu'on lui formule des recommandations de mesures susceptibles d'éviter que se répètent de terribles tragédies familiales, qu'on pense à l'ex-cardiologue Guy Turcotte qui a poignardé à mort ses deux enfants en février 2009.

Au Québec, chaque année, on déplore une trentaine de meurtres commis au sein de la cellule familiale.

Le ministre Hébert a choisi de donner suite au rapport en annonçant aussitôt l'ajout d'une subvention de 1,1 million $ aux organismes qui viennent en aide aux hommes violents.

«Voilà une mesure concrète qui va faire une différence importante demain matin pour donner accès à ces hommes qui sont en situation de détresse», a commenté le ministre Hébert en conférence de presse.

Il a également indiqué que la ministre de la Condition féminine, Agnès Maltais, allait déposer incessamment un nouveau plan d'action visant à contrer la violence conjugale.

Le comité d'experts, dirigé par Gilles Tremblay, a noté que la moitié des homicides survenant à l'intérieur de la famille se produisaient dans un contexte de rupture amoureuse, réelle ou appréhendée. Dans la grande majorité des cas (80 pour cent), l'homme est l'auteur du meurtre. Deux fois sur trois, il souffre de dépression.

Le rapport, d'une cinquantaine de pages, inclut 38 recommandations.

Le comité avait pour mandat d'analyser l'ampleur du phénomène, dresser un portrait des services déjà disponibles, recenser les meilleures pratiques et formuler des recommandations.

Il recommande notamment d'améliorer la formation des intervenants en santé mentale, afin qu'ils puissent mieux évaluer le risque qu'un patient commette l'irréparable.

Le comité rappelle aussi l'importance de mieux contrôler les armes à feu.

Il pointe également du doigt les médias, qui peuvent avoir tendance à faire preuve de complaisance dans l'étalage d'images violentes ou de détails scabreux dans leurs reportages. Le comité se demande dans quelle mesure certains reportages peuvent avoir une influence sur des personnes à risque et invite le Conseil de presse à se pencher sur la question.

Ce dernier a aussitôt réagi en disant qu'il allait procéder à une recension de la littérature sur ce sujet et proposer au besoin des lignes directrices.

La détection de problèmes de santé mentale paraît au coeur de la prévention de tels drames familiaux. «L'identification de la dépression s'avère être un élément important dans la prévention des homicides intrafamiliaux», peut-on lire dans la rapport.

Le ministère de la Santé devrait donc, selon les auteurs, mettre l'accent sur l'amélioration des services (24 heures par jour, sept jours sur sept) en lien avec la violence conjugale, la détresse psychologique, les troubles de l'humeur, les troubles mentaux graves et la maltraitance envers les enfants. Et ce, de façon égale sur tout le territoire du Québec, ce qui n'est pas toujours le cas actuellement, comme l'a reconnu le ministre.

«On a les outils, ils sont là, dans le réseau ou dans les organismes communautaires. Il faut les développer davantage, notamment dans certaines régions. Deuxièmement, il faut les faire connaître, pour que l'entourage, les collègues de travail puissent y faire appel. Troisièmement, il faut améliorer la concertation, la coordination entre ces différentes organisations. Ce sont les trois messages que le réseau doit retenir du rapport», a résumé le ministre.

Il a indiqué que son ministère planchait sur une politique de prévention des maladies, qui aura un volet sur la santé mentale.

Québec doit aussi rendre public incessamment un bilan du plan d'action de santé mentale, suivi du dépôt d'un nouveau plan d'action en santé mentale, qui pourra inclure des mesures découlant du rapport Tremblay.

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