«Ici Chez Soi»: Hector, l'itinérance à la campagne

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Le pas pressé, les habitants de grandes villes comme Montréal, Toronto ou Vancouver ont tous déjà croisé le regard d'un sans-abri qui lutte pour sa survie. Assis sur le trottoir avec une bière entre les jambes ou tenant la porte d'une banque dans l'espoir de récolter un peu de monnaie, les individus en situation d'itinérance sont englués dans les préjugés et les stéréotypes que le public entretient à leur égard.

onf logoIci, Chez soi est un documentaire Web de l'ONF dans les coulisses de Chez Soi, une grande enquête de la Commission de la santé mentale du Canada pour stopper l'itinérance chronique. Le concept? Donner un toit aux sans-abri.

Ce qu'on sait rarement quand on habite une métropole, c'est que les villes de plus petite taille et les régions rurales sont aussi touchées par l'itinérance. C'est un phénomène à part, où les problèmes diffèrent de ceux vécus dans les grandes villes.

À Moncton, le problème de l'itinérance ressemble peu à celui que connaît Montréal. Ici, l'itinérance est souvent invisible : les familles hébergent la majorité des personnes en difficulté et les refuges de la ville accueillent quelques centaines de sans-abri chaque année.

« À Moncton, les personnes en état d'itinérance préfèrent planter une tente près de la rivière ou derrière une église », ajoute Sue Calhoun, experte de la question de l'itinérance dans la région. Cette agente de développement communautaire pour le Comité directeur pour les sans-abri du Grand Moncton affirme : « Et les personnes avec un problème de santé mentale habitent souvent chez un membre de leur famille. »

Pour le webdoc Ici, Chez soi, Hector Leblanc, un homme aux prises avec des problèmes de consommation et d'anxiété, se confie à la réalisatrice Louiselle Noël. Dans un portrait intimiste, on découvre l'histoire d'un homme brisé qui tente de reprendre sa vie en main. À 52 ans, il ne se fait pas d'illusions, mais retrouve quand même l'espoir et le courage nécessaires pour vivre - tout ça grâce à un toit sur la tête et au suivi de l'équipe de Chez soi.

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Comme ailleurs au pays, le projet Chez soi a recruté à Moncton des participants et des participantes à qui on a fourni un logement et des services pour quitter l'itinérance chronique. Un groupe-témoin a aussi été mis sur pied avec 95 participants qui ne reçoivent aucun soutien du projet. L'ONF suit le développement de cette étude pour savoir si on peut stopper l'itinérance chronique à moindre coût, en sortant les itinérants d'une précarité qui pèse lourd sur les systèmes hospitaliers, judiciaires et carcéraux.

Le projet Chez soi à Moncton

À Moncton et dans les environs, 124 personnes reçoivent le soutien de Chez soi : une centaine dans la ville et 25 dans des communautés rurales du Nouveau-Brunswick. L'objectif est de bien comprendre la réalité des participants vivant à la campagne et ceux vivant dans une ville de taille moyenne. Dans les deux cas, la situation est complètement différente de celle vécue au centre-ville de Montréal!

Un boom démographique à Moncton combiné à un ralentissement de l'activité agricole au Nouveau-Brunswick a créé un contexte unique sur lequel les chercheurs de Chez soi se penchent depuis 2008. Hector, ainsi que d'autres participants, est l'un des heureux élus qui a pu trouver du travail dans une ferme après avoir été logé. À Moncton, la situation des hommes et des femmes sans logement est bien différente. Un total de 30 % des participants de Chez soi sont des femmes, rappellent Sue Calhoun :« Ici, les femmes ne sont pas complètement itinérantes. Ce ne serait pas sécuritaire pour elles de dormir dans un parc, par exemple. Elles sont plutôt logées de façon précaire, souvent sur le divan d'un proche. »

La dépression et la consommation de drogues sont des problèmes criants chez les personnes recrutées à Moncton. De plus, 39 % des participants ont vécu sans logement durant quatre mois, ou plus, avant le début de l'étude. Plusieurs autres statistiques sur le site du webdoc aident à comprendre la situation particulière de Moncton.

Des défis uniques

« La solitude est le problème numéro un vécu par les participants du projet Chez soi, croit Sue Calhoun, travailleuse communautaire. Le réseau de ces individus tourne souvent autour des ressources communautaires, comme la soupe populaire. Dans une ville comme Moncton, c'est complexe de se déplacer quand on n'a pas de voiture. » Sans auto, c'est difficile de se rendre à l'épicerie ou de trouver du travail, surtout pour les participants qui ont été logé logés à l'extérieur du centre-ville.

Hector a confié à Louiselle que son emploi comme conducteur pour une ferme biologique de la région était une source d'angoisse pour lui. Comme le précise Sue Calhoun : « Souvent, ces individus ne peuvent pas travailler plus de 30 heures par semaine. Dans bien des cas, il faut oublier le 9 à 5. »

Le projet Chez soi a toutefois eu plusieurs répercussions heureuses à Moncton. En prenant en charge 124 individus de la région, le projet a permis de libérer plusieurs places dans le système de santé, pour les participants du groupe-témoin, lesquels peuvent maintenant compter sur des services plus faciles à obtenir. Cela dit, il en coûte beaucoup plus cher de passer une nuit à l'hôpital à Moncton que dans un logement trouvé par le projet Chez soi : 899 $ contre 49 $.

Un des constats qui ressort de l'histoire de Hector, c'est que l'itinérance, le mal de vivre et la consommation peuvent malheureusement toucher plusieurs membres d'une même famille. Bien qu'il aille mieux, Hector s'en fait pour son fils : chez les Leblanc, le cycle de la précarité et de la dépendance semble s'être transmis d'une génération à l'autre.

La réalisatrice Louiselle Noël est très préoccupée par le sort des individus avec des problèmes de santé mentale. L'espoir et le désarroi qui caractérisent la vie de bien des participants sont des thèmes auxquels elle est particulièrement sensible dans son approche.

Sur le web

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