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Les rebelles syriens s'emparent de la Base 46, garnison clé de l'armée

22/11/2012 04:19 EST | Actualisé 21/01/2013 05:12 EST

"Bachar al-Assad, ou personne!". Le graffiti de peinture noire à l'entrée des baraquements militaires fait sourire les rebelles. Car ce sont eux désormais qui tiennent la Base 46, une des dernières place-fortes de l'armée dans le nord-ouest de la Syrie.

Après deux mois de siège, les insurgés ont pris en début de semaine, au terme d'un assaut de 24 heures, le contrôle de cette garnison stratégique sur la route d'Alep, la grande métropole du nord syrien.

Trois jours plus tard, les cadavres ensanglantés des soldats gouvernementaux jonchent encore les bâtiments éparpillés sur l'immense base, dont le périmètre grillagé s'étend sur une trentaine d'hectares d'une triste plaine caillouteuse.

Les nouveaux maîtres s'affairent dans l'immeuble ravagé de l'état-major, l'ancien QG de la base, en grande partie noirci par les flammes. L'odeur de charogne imprègne les couloirs maculés de sang séché. Ici ont trouvé refuge les derniers défenseurs de la caserne.

Leurs dépouilles sont tirées par les chevilles des étages, puis jetées à l'arrière d'un camion sous d'immondes couvertures. "Lui c'était un capitaine", lance un rebelle, gants chirurgicaux et foulard sur le nez, devant un corps entièrement blanchi par la poussière de plâtre, projetée sans doute par l'explosion qui lui a coûté la vie.

Un bulldozer enfouit les cadavres sous une nuée de mouches dans une fosse commune à quelques dizaines de mètres de là.

Près de 300 soldats du régime ont été tués lors de l'assaut, selon les rebelles. "Certains d'entre eux ont été tués par leur propre frère d'armes alors qu'ils tentaient de se rendre", prétend Abou Bakr, qui a participé à l'attaque.

Soixante-dix autres militaires ont été faits prisonniers. "Moins de dix rebelles sont tombés en martyr".

Depuis des mois, l'armée arrosait à intervalles réguliers de ses obus d'artillerie, villes et villages de la région acquise à la révolution, à la limite des provinces d'Alep et Idleb (nord-ouest), cristallisant la haine des populations contre le régime.

Pour la rébellion, c'est une "victoire majeure", sans doute "la plus grande depuis le début" de la révolte en mars 2011, selon le général Ahmad al-Faj, qui dirigeait le siège.

La chute de la Base 46 marque la "libération" quasi-complète d'une grande partie de la province d'Idleb. L'autoroute allant de la frontière turque jusqu'à Alep est maintenant totalement libre.

La ligne de front est stabilisée à environ 7km en périphérie ouest d'Alep, a-t-on constaté. Le régime conserve dans la région une dernière garnison d'importance, la base de Cheikh Souleimane, à 25 km au nord-ouest d'Alep, théâtre de violents combats depuis trois jours.

Pour l'armée, la chute de la Base 46 signifie aussi la perte de nombreux matériels. Le gros de ces armes et des munitions a été presque immédiatement emporté par les unités ayant pris part à l'assaut, membres de l'Armée syrienne libre (ASL) mais également les islamistes du Harakat Fajr al-islam.

Une dizaine de chars T-72 de fabrication soviétique, des mortiers, des batteries de lance-roquettes et des canons d'artillerie lourde ont été ainsi ramenés à une trentaine de km de là, vers le poste-frontière avec la Turquie de Bab al-Hawa, où sont stationnés plusieurs de ces katibas (bataillons) de l'ASL.

La Base 46 est maintenant sous la garde du commandant Nizan Barakat et de ses hommes de la "brigade des martyrs d'Atareb", venus de la ville voisine éponyme, qui empêchent curieux et pillards de rentrer.

Des rebelles, certains à moto, se hasardent par petits groupes à visiter les lieux, le garage, le bureau des sports, le mess des officiers... déjà grossièrement fouillés. Tous les bureaux ont été ouverts, les armoires éventrées et leurs contenus jetés à terre avec les détritus.

Les portraits officiels du président Bachar -en uniforme, en civil avec sa famille, à cheval ou lunettes noires sur le nez- sont partout. Les visiteurs du jour ne s'attardent même plus à les piétiner ou à les déchirer.

hba/sk/hj

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