NOUVELLES

Commission Charbonneau: pour Excavations Panthère le début de la fin avec le MTQ

22/11/2012 10:51 EST | Actualisé 22/01/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - Pour André Durocher, président d'Excavations Panthère, quand le ministère des Transports du Québec (MTQ) a placé son entreprise sur une liste noire en 2010, à cause d'un rapport de rendement insatisfaisant, ça a été «le début de la fin» pour l'entreprise familiale.

À cause de ce rapport de rendement insatisfaisant pour un contrat de ponceaux, Excavations Panthère n'a pu obtenir de contrats du ministère après 2009, a-t-il relaté à la Commission Charbonneau, jeudi.

«Quand on veut empêcher un entrepreneur de soumissionner au ministère des Transports, on fait quoi? On sort une liste noire», s'est-il exclamé devant la commission, laissant entendre que le représentant de la firme privée de génie qui surveillait le projet avait été particulièrement dur avec lui. «Ça, je l'ai sur le coeur!» a-t-il lancé à l'avocat du Procureur général, Me Benoît Boucher.

Me Boucher a cependant précisé que le rapport de rendement en question «a été préparé par un employé du MTQ et par la firme Dessau», et non pas par la seule firme de génie.

Néanmoins, M. Durocher n'a pas apprécié que son entreprise familiale se soit ainsi retrouvée sur une liste d'entrepreneurs ayant fait de la fausse facturation ou de la fraude, alors que lui n'avait eu qu'une cote de rendement négatif pour un contrat.

Il a affirmé avoir dit à l'ingénieur de Dessau, qu'il connaissait: «je ne comprends pas que tu m'aies donné autant de misère sur ce fameux contrat-là, puis que je ne suis pas payé». Et l'ingénieur en question lui aurait répondu: «André, ça vient de plus haut que moi ce que je t'ai fait».

M. Durocher a admis ne s'être jamais intéressé à ce qu'il a appelé les «mariages entrepreneurs-ingénieurs» et avoir même eu maille à partir avec certaines firmes de génie lorsqu'il oeuvrait encore dans la construction. Son entreprise est aujourd'hui placée sous la protection de la Loi sur les faillites.

Il a écrit une lettre au ministère pour protester contre ce rapport de rendement insatisfaisant, mais n'a jamais obtenu de réponse.

Pourtant, de 1996 à 2002, il avait obtenu des contrats totalisant 1,4 million $ de la part du ministère, puis, d'août 2002 à 2010, sept contrats de construction totalisant 7,45 millions $, sans compter des contrats de déneigement. Et il n'avait jamais eu de problèmes avant, ayant une bonne cote avec le ministère, a-t-il soutenu.

Lors de ce contrat problématique en 2009, il affirme qu'il avait beaucoup plu, au point de retarder le chantier.

Le rapport de rendement négatif lui reproche d'ailleurs d'avoir débuté les travaux plus tard que prévu et d'avoir utilisé un batardeau en argile plutôt qu'en poches de sable. Les batardeaux servent à empêcher l'eau de couler dans un ouvrage de construction.

Excavations Panthère réclame encore de l'argent au ministère pour deux contrats datant de 2009 qui n'ont pas été payés en totalité.

M. Durocher a témoigné du fait que les affaires allaient «très bien» pour lui avec le ministère des Transports avant «le mariage ingénieurs-entrepreneurs» qui a commencé à prendre forme en 2002, selon lui.

L'entrepreneur aujourd'hui retraité a relaté que pour l'essentiel, c'est de 2002 à 2009 que les problèmes qu'il a déjà dénoncés devant la Commission se sont multipliés.

À compter de 2009, selon son témoignage, grâce à l'escouade Marteau et aux reportages dans les médias, les effets du mariage entrepreneurs-ingénieurs n'ont pas cessé, mais se sont à tout le moins atténués.

Mascouche

Par ailleurs, la Commission a levé une partie de l'ordonnance de non-publication qui frappait le témoignage de M. Durocher livré mercredi et jeudi matin.

M. Durocher y a décrit la proximité qui existe selon lui entre l'entrepreneur Normand Trudel, de Transport et Excavation Mascouche, et le maire de Mascouche, Richard Marcotte.

«Normand Trudel et le maire Marcotte, c'est le même monde», a-t-il résumé.

Selon lui, les entreprises CJRB et Transport et Excavation Mascouche ont tour à tour obtenu la majorité des contrats à Mascouche pendant six ou sept ans.

Pour un contrat à Mascouche auquel il était intéressé, M. Durocher a relaté avoir été appelé par un dénommé Gilles Cloutier, qu'il décrit comme un organisateur politique qui travaille dans toutes les municipalités de la Rive-Nord, sauf Sainte-Thérèse.

L'homme lui conseillait de ne pas soumissionner pour le projet, lui disait que s'il avait «la tête moins dure», il pourrait faire de l'argent tout le temps. M. Durocher a refusé.

L'entrepreneur Normand Trudel lui a aussi affirmé que l'appel d'offres serait annulé si Excavations Panthère le remportait. Panthère n'a finalement pas déposé de soumission pour ce projet.

MM. Trudel et Marcotte font partie d'un groupe de 15 personnes qui ont été arrêtées par l'Unité permanente anticorruption en avril dernier et qui font face à divers chefs d'accusation d'abus de confiance et fraude.

PLUS:pc