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Commission Charbonneau: demande de récompense pour avoir pu vendre des tuyaux

22/11/2012 04:57 EST | Actualisé 22/01/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - Un fabricant de tuyaux d'égout s'est fait demander 150 000 $ pour «récompenser» trois fonctionnaires de Montréal qui avaient réussi à convaincre la Ville d'accepter finalement ses tuyaux en pvc.

Michel Cadotte, directeur des ventes chez le fabricant de tuyaux Ipex, a affirmé jeudi à la Commission Charbonneau que son entreprise vendait ses tuyaux dans presque toutes les municipalités du Québec, sauf à la ville centre de Montréal. Et ses tuyaux coûtent moins cher que les tuyaux de fonte.

Après des années à faire des représentations, en vain, il croyait avoir finalement réussi à percer le marché montréalais en 2006. Il avait constaté sur un chantier de Montréal que l'entrepreneur installait des tuyaux non approuvés par le Bureau de normalisation du Québec ou son équivalent canadien, le CSA. Il avait pris des photos et les avait montrées au chef de la division de la voirie de Montréal, Robert Marcil, réussissant à le convaincre.

Il avait également rencontré l'entrepreneur Paolo Catania, qui lui avait présenté Nick Milioto, de Mivela Construction.

M. Milioto a semblé intéressé par ses tuyaux en pvc appelés Terra Brute. M. Cadotte a eu l'impression que M. Milioto, un entrepreneur, décidait pour la Ville et pour les entrepreneurs quelles entreprises allaient travailler sur le territoire de la ville de Montréal.

En juillet 2006, une directive écrite de Robert Marcil a donc suivi, indiquant que compte tenu des problèmes de qualité encourus avec les conduites en fonte, qui devenaient corrodées, les nouveaux tuyaux prescrits seraient en pvc d'Ipex.

Ipex a donc investi de 600 000 $ à 800 000 $ pour garnir son inventaire avec les tuyaux Terra Brute et répondre à la demande de son futur client.

Après que les ventes de tuyaux eurent effectivement commencé, M. Cadotte a été convoqué par l'entrepreneur Milioto à ses bureaux.

«M. Milioto me dit 'là, M. Cadotte, ça va bien, c'est parti. Il y a juste une chose qu'il faut que vous sachiez, c'est que dû au fait de l'acceptation de vos produits à la Ville de Montréal, j'ai du monde à récompenser'. Il mentionne un montant de 150 000 $ qu'Ipex devrait verser au comptant, à M. Milioto, pour récompenser trois personnes de la Ville de Montréal qui ont fait le travail pour qu'on en arrive là», a affirmé M. Cadotte

Surpris, M. Cadotte n'a pas demandé de noms ni d'autres détails.

Plus tard, il a vérifié auprès des patrons d'Ipex, qui ont refusé net de verser de l'argent pour pouvoir vendre leurs tuyaux à la Ville. «Je lui ai dit qu'Ipex ne travaille pas comme ça», a-t-il relaté.

Quand la commission lui a demandé pourquoi Ipex avait refusé, M. Cadotte a été on ne peut plus clair: «on n'embarque pas dans les 'gimmicks' où on peut faire des profits sur le dos des contribuables».

L'entreprise s'est retrouvée avec un inventaire invendu de tuyaux Terra Brute et il semble qu'elle n'ait plus vendu de ses tuyaux à la Ville de Montréal.

Une seconde directive a été émise par le chef de la division de la voirie, M. Marcil, en avril 2007, donnant le choix aux entrepreneurs entre les tuyaux de fonte (qui venaient d'être rejetés pour les tuyaux en pvc d'Ipex) et des tuyaux en pvc R-18. Il n'était plus question des tuyaux Terra Brute d'Ipex.

M. Cadotte a tenté de savoir ce qui s'était passé en appelant l'ingénieur Gilles Surprenant, qu'il connaissait, et qui travaillait à un niveau inférieur, au même service. «Je me suis fait dire qu'il ne pouvait rien faire pour moi, que c'était terminé», a-t-il résumé.

M. Cadotte a trouvé ironique qu'Ipex, une entreprise qui a son entrepôt dans l'arrondissement de Saint-Laurent et qui paie ses taxes à Montréal, ne puisse parvenir à vendre ses tuyaux à la Ville de Montréal, alors qu'elle les vend partout ailleurs au Québec.

Son témoignage se poursuivra lundi.

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